MADAME DR CHAT1LL
notre duchesse obtienne de ce cupide qui « dort avec un million à son chevet » le paiement de son douaire (i).
Elle s'en désintéresserait désormais totalement si les circonstances ne l'obligeaient à tourner encore vers lui ses regards. Elle a conservé intactes ses relations avec la maison de Brunswick. Sur les quatre princes qui composaient cette maison à l'époque de son voyage politique, trois vivent encore. M. « l'évêque », tout en conservant son évcché, a succédé à son frère Jean-Frédéric de Hanovre. Le duc de Zell garde ses états antérieurs et le duc de Wolfenbutel, sa régence. Mais le traité, forgé par Mme de Mecklembourgesttombé en désuétude. Le Brunswick, agrégé à la ligue d'Augsbourg, compte à nouveau parmi les ennemis les plus redoutables de la France.
La révocation de l'Édit de Nantes contribua particulièrement à susciter l'animosité du duc Georges-Guillaume et de Mme Éléonore. Cette dernière, oubliant sa nationalité pour ne se ressouvenir que de sa religion, appela vers elle tous les protestants émigrés. Une haine profonde germa dans son cœur contre Louis XIV qui
(1) A. E., Mecklemboarg, Suppl. 1632-1757, f» 92. Ils s'accordèrent par acte du 22 février 1685. Le même Spanheim consacre à Mme de Mecklembourg un chapitre de son volume : Relation de la cour de France en 1690, édit. Schefer, 1858, pp. 122 et s.
M''"' DE MECKLEMBOURG AMBASSADRICE Sllî
refusait de respecter la personne et les biens de sa famille demeurée en Poitou. Les années passèrent et cette haine vivace subsista.
Or Mme de Mecklembourg, au milieu de ses tristesses et de ses tourments, essaie de reconstituer l'alliance rompue. Bien que les lettres de Mme Eléonore et celles du ministre Bernstorff ne lui laissent pas grande illusion sur le succès de son entreprise, elle persiste à se leurrer de cette chimère. Elle en parle à Pomponne ; elle l'en entretient par lettre. Le secrétaire d'état apprécie son habileté. Les plans qu'elle lui soumet lui paraissent ingénieux. La France ne peut que gagner à son entremise clairvoyante (i).
Notre duchesse sait que, d'après un pacte fait entre les maisons de Mecklembourg et de Saxe, les souverains de ces deux maisons se sont promis, en cas de décès sans héritiers mâles, leurs trônes réciproques à condition de doter les veuves, filles et sœurs survivantes. Conformément à ce pacte, Christian-Louis revendiqua, à la mort de Jules-François, le duché vacant dont Georges- Guillaume de Brunswick-Zell s'empara sans autre forme de procès (2). Ne pouvant réduire ce prince par la force, il supplia Louis XIV de le secourir. Mais le monarque
(1) A. E., Mecklembourg, 1GH7-1698, f" 453, Pomponne à Mme de Mecklembourg, 15 février lt!î»2.
(2) A. E., Mecklembourg, 1667-1698, T" 448 et s.