MAD\ME DE CHATILLO
ciera par une offrande de pistoles, la place dévotement parmi sa galerie de déités nourricières (i). La Mesnardière, poète essoufflé, la classe parmi ces pucelles assassines qui provoquent, chaque jour, cent homicides (2). Nicolas Charpy, regrattier de lettres qui voile sous la gentillesse des manières l'âme d'un escroc, comparant l'adolescente à son père, le duelliste, trace ces rimesadulatrices:
... Des rivières de sang coulèrent par ses armes, Vos rigueurs font couler des rivières de larmes. Partout, comme vos yeux, il vainquit sans effort;
Vostre gloire, pourtant, est moindre que sa gloire '^ Il sçavait, mieux que vous, user de la victoire. Car il donnait la vie et vous donnez la mort (3).
Voiture, rassasié de Mme de Saintot, pour tenter de s'acquérir cette belle dont il perçoit l'illustration future au déduit, fredonne, tourbillonnant dans son parfum:
(1) Rangouze, Lellres panégyriques aux plus grandes règnes du monde, aux princesses du sang de France, autres princesses et illustres dames de la cour, 1650, p. 99.
(2) Les poésies de Jules de la Mesnardière, 1656, p. 52.
(3) B. A., ms. Conrart, t. X, in-4, p.2i3 (n° 4115) ; t. XXIV in- 4° p. 503 (ir 4129) ; B. M., ms. n" 3940, s. p.: Bibliothèque de C/ianlillg, ms. n° 538, f» 16. Ce sonnet que M. de Ségur publie comme inédit n'est pas, à la vérité, inédit. On le trouve dans Recueil Sercy, 1" part., 2" édit., 1653, p. 169; 1661, 4« part., p. 226 et dans Nouveau recueil des plus belles poésies 16.54, p. 120. Il est généralement accompagné, dans ces recueils, d'un autre sonnet adressé à François de Bouteville- V. Tallemant, VII, 212, qui parle des circonstances danslesquelles Charpy les écrivit.
En grâce, en beautés, en attraits.
Nulle n'égalera jamais
Landrirette La divine Montmorency
Landriri (1).
Et Boisrobert la surprenant, un jour, en causerie avec la duchesse d'Enghien, par hasard, sortie des Carméhtes, oublie tout d'un coup que les conciles n'autorisent point les chanoines à glorifier les femmes, messagères du diable (2).
Isabelle goûte ces hommages et les provoque. Ils donnent du prix à la marchandise de chair qu'elle étale déjà avec outrecuidance. Et les chalands se présentent avec empressement. J'aime, dit Sarasin,
Bouteville aussy Et ne suis pas le seul qui l'aime, Maintes gens d'honneur font de môme (3).
(1) Voiture : Œuvres, 1701, 2» part., p. 56.
(2) BoiSBOBERT : Les Epistres, H'AT, Autres œuvres, p. 25. Il la célèbre sous le nom de Précieuse et Mme d'Enghien sous le nom de Daphné. Le duc d'Aumale, op. cil., V. 1889, p. 4, assure qu'aucun poète n'encensa Claire-Clémence de Maillé. C'est une affirmation un peu risquée que MM. O. Homberg et Fernond Jousselin ne relèvent pas dans leur volume : La Femme du Grand Condé, 1905. Outre la poésie précitée, Boisrobert en dédie d'autres à cette princesse. V. Les Epislres, 1659, p. 295 ; Recueil des plus beaux vers mis en chant, 1()61, 3° part., p. 419; Airs et vaudevilles de cour, 1665, I, 117. V. aussi, parmi les autres porteurs de lyre : Piccabdt, Les Poésies françaises, 1663, pp. 47, 105 ; Saint-Gabriel, Le Mérite des Dames, 1663, p. 294: Cotin, OEuvres galantes, 1665, I, 79; Aurélia Fedeli, Irifuti di Pindo, 1666, p. 23 ; Lettres de M. Perreneij, 1669, pp. 38, 40, 43, etc.
(■3) Nouvelles œuvres de M. Sarasin, 1674, II, 232 et s.