‹ Madame de Chatillon (Isabelle-Angélique de Montmorency)Chapitre 5 sur 30 · MADAME DE CHATII.I.ON · texte numérisé non relu

MADAME DE CHATII.I.ON

trave au mariage désiré pourvu que M. de Chatillon montre moins de morgue et d'intransigeance. Il n'en demande pas davantage. Il s'embarque d'un cœur léger. Qu'il fasse campagne pour le compte de la France ou pour celui de la Hollande, cela l'éloigné, de toutes façons, de la gracieuse fille qui le tient à merci. Il a d'ailleurs de bonnes raisons pour accepter avec résignation ce sacrifice. Il est fort appauvri. Son père refuse de lui donner jusqu'à un « gueux d'escu ». Il craint d'être à charge à ses amis. Ce n'est guère le moment pour lui de dédaigner les charges militaires qui le peuvent ravitailler.

Néanmoins, lorsqu'il se présente au palais du prince d'Orange, il ne trouve nullement ce dernier occupé à organiser d'importantes campagnes. Ils causent. Frédéric-Henri, habilement questionné, confesse quil ne souhaitait pas sa présence, qu'elle le ravit, mais qu'elle l'étonné davantage encore. Gaspard constate donc qu'il fut, par son père, « vilainement dupé ». Et parce que cette raison s'ajoute aux autres motifs de tristesse, il erre, comme une ombre, dans cette vaste ville de Gand dont les maisons colorées, les canaux sillonnés de barques lentes, les monuments en dentelles, toute la poésie du décor lui font sentir aigrement l'animosité des êtres, fanatiques et gras, perpétuellement préoccupés de négoces et de mangeailles. « Je fais en ce lieu icy, écrit-il au duc d'Enghien, la plus rude pé-

nitence du monde », D'ailleurs la persécution paternelle l'y poursuit avec acharnement. Car le prince dOrange reçoit, chaque jour, des lettres du maréchal, le suppliant de découvrir un prétexte de retenir tout l'hiver auprès de lui l'amant désenchanté. Le bonhomme essaie d'en toucher un mot. Mais il doit renoncer sans délai à ces manœuvres trop claires. « Je l'ay si bien mandalo far foutir, confie Gaspard à son correspondant de prédilection, que je ne pense pas qu'il lui arrive désormais de me dire chose pareille (i). »

Effectivement le prince garde un prudent silence. Et lorsque sont révolus les temps que le jeune homme doit consacrer à son commandement, il reprend le vaisseau de France dans une grande incertitude. Triomphera-t-il enfin des volontés qui s'ingénient à le désespérer?

Il traverse rapidement Paris et gagne Ghatillon-sur-Loing où son père, gravement malade, l'accueille d'un regard mélancolique. Ils restent tous deux silencieux, car ils ne se comprennent plus. L'un travaille au relèvement de sa maison. L'autre cherche à bâtir, sur des assises solides sa félicité présente.

Dès que le maréchal senties forces lui revenir, il aborde de nouveau le sujet qui les désunit.

(]) A. C. M., XXX, p. 4.56, Gaspard IV de Coligny à M. le Duc, Gand, !(> juillet 1644. Lettre publiée par cI'Aumale : op. cit., V. 428. V. aussi, M. XXXI, p. 122, Gaspard IV de Coligny à M. le Duc, août 1644.

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