MADAME DR CHATILLON
Aidé de sa femme, du matin au soir, il catéchise le jeune homme, lui montrant la nécessité d'être, en ce monde, lesté de pistoles. Sans lassitude, il ressasse les mêmes arguments et loue les séductions, surtout matérielles, de ses fiancées huguenotes.
Si bien qu'énervé, Gaspard déclare se refuser à épouser quelque fille, possédât-elle le Pactole, qui ne soit pas catholique. Cela clôt les discussions. Mais c'est désormais la guerre à outrance. Le maréchal et sa femme multiplient les vexations, les petitesses, les paroles venimeuses et vont jusqu'à défendre à leur fils de suivre les offices de Chatillon. Celui-ci se résoud dès lors à regagner la capitale. Là, Mme la Princesse et le duc d'Enghien le réconfortent. Anne d'Autriche, par goût de prosélytisme, promet d'influencer, dès son arrivée, le père récalcitrant (i).
Par malheur, M. de Chatillon apprend cette initiative royale. Sentant qu'il ne pourra point, sous couleur de religion, résister aux désirs de l'auguste médiatrice, il feint de n'être point guéri, se terre à Chatillon et^, délibérément, s'enfonce dans le scandale. Un procureur, sur son ordre, porte au Parlement, contre Mme de Bouteville et sa fille « une requeste injurieuse » qui déchaîne les colères. Toute la cour maintenant prend parti.
(1) A. C. M., XXXI, p. 541, Juslificalion du comle de Coligny précitée.
Gaspard hésite encore. II combat son indignation et ne veut pas user de violence contre ce père qu'il chérit malgré la bizarrerie de ses procédés. Lorsque le maréchal, forcé par des obligations impérieuses, réapparaît à Paris, il fait intercéder auprès de lui Mme la Princesse, M. le Duc et toutes les personnes capables de le ramener à la raison. Le cardinal Mazarin, à son tour, plaide la cause du jeune homme.
Si bien que M. de Chatillon paraît céder. Il répond à l'Eminence qu'il autorisera le mariage à certaines conditions. Mais il demande des faveurs telles que nul, et pas même Dieu, ne saurait les lui accorder. Cet homme qui pourtant, durant sa jeunesse, s'entendit généreusement à « rostir le bâton », lasserait la patience de tous les saints du calendrier.
C'est pourquoi, à la fin, Gaspard de Coligny sourit aux pensées artificieuses que le duc d'Enghien, préservant du côté de Mlle du Vigean ses propres intérêts, lui insinue avec ténacité. On remarque, à l'hôtel de Condé, leurs conciliabules et qu'Isabelle en partage les secrets. Que va-t-il advenir? Assiste-t-on à une scène d'adieux? Les jeunes gens échangent-ils d'éternelles promesses d'attente ? Rien ne transperce de ces conversations et les visages reflètent plutôt de la joie que de la mélancolie.
Or voici : c'est le soir, entre chien et loup. Mme de Valençay et Isabelle ont, tout l'après-