R MADAME DE CHATILLON
midi, baguenaudé chez les marchands d'affiquets, de la rue Quincampoix au Palais. Elles rentrent et la marquise a voulu, jusqu'après le souper, garder sa sœur avec elle. Cette voie du Marais est solitaire. Les deux femmes marchent à pas lents. Elles vont pénétrer sous le porche de l'hôtel et le suisse leur fait déjà sa révérence.
Brusquement, sortant d'une encoignure qui les tenaient cachés, des hommes accourent. Ils s'emparent d'Isabelle et l'emportent. Elle lance de grands cris stridents auxquels répondent les clameurs de Mme de Valençay. Le suisse sort son épée et charge les fuyards. Une courte lutte. Le brave homme, transpercé d'un coup de dague, roule à terre et exhale sa vie. Des têtes apparaissent aux fenêtres. Déjà des gentilshommes armés s'assemblent, mais les cris s'apaisent et l'on entend le roulement d'un carrosse qui s'éloigne à toutes brides...
Dans ses bras, pressée contre son cœur, Gaspard de Goligny tient Isabelle tremblante, mais qui, déjà, se rassure et sourit. La comédie est bien jouée. Mme de Valençay, remuée par les cris désespérés de sa sœur, iémoignera de sa sincérité. Si ce n'est une violence que l'on lui a faite, du moins cela en a singulièrement l'apptrence. Le carrosse bruit d'une belle gaieté et l'on ne s'y préoccupe guère de ce sauveteur malencontreux qui paie de l'existence son geste de défense.
Pourtant Isabelle s'inquiète. On va nécessairement les poursuivre. Auront-ils une avance suffisante pour n'être point atteints ? Gaspard la tranquillise. M. le Duc s'est chargé de protéger leur fuite. Au sortir de Paris, ils quittent le lourd carrosse. Des chevaux les attendent. Ils prennent le galop, silencieux, fouettés par le vent nocturne, joyeux malgré leur appréhension. Tout est prévu sur la route. Des relais nombreux leur permettent d'échanger contre d'autres, toutes fraîches, leurs bêtes fourbues. Cavalcadant, à leur suite, des serviteurs leur évitent les soucis matériels. Au matin, pour un repos rapide, ils entrent à Fleury où commande le duc d'Enghien.
Ils ne s'y attardent guère que le temps d'un repas. Dans le soleil printanier qui dore les campagnes murmurantes, ils passent, éperdus, couverts dépoussière, traversant, en trombe, les villages odorants et vétustés. Et enfin, au long de la Marne, alignant ses maisons basses et ses maigres églises contenues par ses murailles jalonnées de tours, érigeant, sur une éminence, sa forteresse centrale, Château-Thierry se dresse devant eux. Selon le programme arrêté d'avance, cette ville constituera leur asile immédiat. Ils s'attendent à y pénétrer obscurément, en cachette, ne tenant pas d'ailleurs à signaler leur présence.
Mais M. le Duc n'a point voulu queColigny et