‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 120 sur 215 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

homme à prendre l'épouvante sur de vaines apparences; et, d'un autre côté, il n'avait pas besoin de feindre des alarmes imaginaires, car le danger était certain, et, dans le progrès toujours croissant de son crédit auprès de la reine , quelle ressource , encore une fois, restait aux Importants, sinon l'entreprise qu'ils avaient autrefois tentée contre Richelieu, et qu'ils pouvaient aisément renouveler contre son successeur? Mazarin n'avait pas encore de gardes, et il connaissait assez Mme de Ghevreuse pour avoir pris fort au sérieux la proposition qu'elle avait faite dans les conciliabules de l'hôtel de Vendôme. Pesez bien cette considération : dans ses carnets Mazarin n'est pas sur un théâtre; il n'écrit pas pour le public; il montre ses sentiments vrais; et là on le voit, non pas intimidé, mais ému. 11 se sent environné d'assassins, et il est convaincu que c'est Mme de Ghevreuse qui les dirige. Il suit tous leurs mouvements; il recueille tous leurs propos ; il rassemble les moindres indices ; il compte et il nomme les chefs et les soldats.

« Mme de Ghevreuse fait entrer les frères Campion. »

« Chaque jour on fait venir une foule de gens. » « On trame certainement | quelque entreprise. On parle de me prendre dans le faubourg Saint-Germain. On a l'air de vendre ses chevaux en public et sous main on en achète.

« Plessis-Besançon (officier très-distingué, intendant militaire et conseiller d'État, attaché à Mazarin) a dit qu'autour de l'hôtel de Vendôme il y avoit plus de quarante personnes armées. »

« M. de Bellegarde m'a dit avoir su que, si, en revenant de Maisons, je n'avois pas été dans le carrosse de son Altesse Royale, Beaufort m'auroit assassiné. Tous les domestiques du comte d'Orval ont vu, pendant trois ou quatre soirs consécutifs, douze ou quinze personnes armées de pistolets, entre l'hôtel de Créqui et le sien, de manière que je devois être pris au milieu. »

« On est allé proposer au duc de Guise et à ses parents de me tuer ; mais ils n'ont pas écouté cette proposition. »

«L'Argentière a rencontré Beaufort et Beaupuis (le comte de Beaupuis, fils unique du comte de Maillé) qui rentraient ■ au Louvre, d'où le premier était sorti quand la reine s'étoit retirée dans son oratoire. L'Argentière lui dit : «Mon maître, il faut qu'il y ait quelque querelle, car j'ai rencontré quinze "ou vingt gentilshommes à cheval, bien montés et avec des pistolets. » Beaufort a répondu : « Que veux- tu que j'y fasse? »

« J'ai reçu avis que l'on vouloit me prendre, quand j'allois en voiture, chez M. le duc d'Orléans, dans le faubourg Saint- Germain (le duc d'Orléans demeuroit au Luxembourg depuis la mort de

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