CHAPITRE CINQUIÈME
de favori. Depuis, il avait bien gâté ses affaires par ses airs avantageux et par son évidente incapacité , surtout par sa liaison publique avec Mme de Montbazon ; mais la reine avait une assez grande faiblesse pour lui, et au bout de trois mois signer l'ordre de son arrestation était un grand pas , nécessaire , il est vrai, mais extrême, et qui était le signe manifeste d'un entier changement dans le cœur et les relations intimes d'Anne d'Autriche. La dissimulation même qu'elle mit dans cette affaire marque la fermeté réfléchie de sa résolution.
La journée du 2 septembre est vraiment solennelle dans l'histoire de Mazarin , et nous pourrions dire dans celle de la France , car elle a vu le raffermissement de la royauté, ébranlée parla mort de Richelieu et de Louis XIII , et la ruine du parti des Importants. Ils ne s'en relevèrent qu'au bout de cinq ans, en 1648 , à la Fronde, où ils reparurent toujours les mêmes, avec les mêmes desseins et la même politique au dedans et au dehors , et , après avoir soulevé de sanglants et stériles orages , vinrent de nouveau se briser contre le génie de Mazarin et l'invincible fidélité d'Anne d'Autriche.
Le 2 septembre au matin , Paris et la cour retentissaient du bruit de l'embuscade tendue la veille à Mazarin entre le Louvre et l'hôtel de Clèves. Les cinq conspirateurs qui avec Beaufort y avaient mis la main, à savoir le comte de Beaupuis, Alexandre et Henri de Campion, Brillet et Lié, avaient pris la fuite et s'é-
taient mis en sûreté. Beaufort et Mmc Gbevreuse ne pouvaient les imiter; fuir, pour eux, c'eût été se dénoncer eux-mêmes. L'intrépide duchesse n'avait donc pas hésité à paraître à la cour, et elle était auprès de la régente dans la soirée du 2 septembre , avec une autre personne , étrangère à ces trames ténébreuses et même incapable d'y ajouter foi, une bien différente ennemie de Mazarin , la pieuse et noble Mme de Hautefort. Pour le duc , insouciant et brave , il était allé le matin à la chasse , et à son retour il alla, selon sa coutume, présenter ses hommages à la reine. En entrant au Louvre il rencontra sa mère , Mmc de Vendôme, et sa sœur la duchesse de Nemours qui avaient tout le jour accompagné la reine et remarqué son émotion. Elles firent tout ce qu'elles purent pour l'empêcher de monter, et le conjurèrent de s'éloigner quelque temps. Lui , sans se troubler, leur répondit comme autrefois le duc de Guise : on n'oserait, et il entra dans le grand cabinet de la reine , qui le reçut de la meilleure grâce du monde et lui fit toute sorte de questions sur sa chasse, «comme si, dit M,ne de Motteville 1, elle n'avoit eu que cette pensée dans l'esprit. Le cardinal étant arrivé sur cette douceur, elle se leva et lui dit de la suivre. Il parut qu'elle vouloit aller tenir conseil dans sa chambre. Elle y passa suivie seulement de son ministre. En même