‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 2 sur 215 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

rence un peu romanesque, c'est toujours ici un livre d'histoire, pour lequel nous osons réclamer le mérite d'une scrupuleuse exactitude, et où même, s'il nous est permis de le dire, on pourra reconnaître un premier essai d'une méthode assez nouvelle qui consisterait, d'une part, à laisser là les hypothèses, les conjectures, les aperçus généraux, les récits convenus, les abstractions et les à peu près, pour percer, à force de recherches, jusqu'aux faits réels et certains, si difficiles à retrouver après tant d'années; et, de l'autre, à ne se point contenter de la figure extérieure des événements et à tâcher de découvrir leurs causes, non pas des causes générales, éloignées et en quelque sorte étrangères , mais ces causes particulières, immédiates, vivantes, qui résident dans le cœur des hommes, dans leurs sentiments, leurs idées, leurs vertus et leurs vices; à poursuivre enfin dans l'histoire l'étude de l'humanité, qui nous est la grande et suprême étude, le fond immortel de toute saine philosophie.

Nous exposerons plus tard cette mé-

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lliocle en l'appliquant sur une plus grande échelle. Dans les limites de la biographie, elle était plus aisément de mise : on verra donc ici les passions des individus composer leur destinée, et sous les scènes extérieures auxquelles s'arrête ordinairement l'histoire, les scènes secrètes et mystérieuses de l'âme, dont les premières ne sont que la manifestation à la fois brillante et obscure. On entrera dans un commerce plus intime avec les deux grands Cardinaux qui ont continué et fait prévaloir la politique d'Henri IV; on apprendra à mieux connaître leur vrai caractère , les ressorts cachés de leur conduite , leur génie si semblable et si différent. On pourra aussi se faire une idée de ce qu'étaient les femmes en France dans la première moitié du xvue siècle par les deux types opposés que nous présentons.

Mme de Hautefort, si nous ne l'avons pas trop défigurée, est à peu près assurée de plaire par le pur éclat de sa beauté, la vivacité généreuse de son esprit, la délicatesse et la fierté de son cœur, et son irréprochable vertu. Nous ne donnons pas

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M,ne de Chevreuse comme un modèle à suivre; mais nous espérons que tant de grandeur d'âme, d'intrépidité, de constance, d héroïsme, bien ou mal employé, obtiendront grâce pour des fautes que nous n'avons pas voulu dissimuler. Nous sommes sûr au moins que son exemple ne sera point contagieux. En vérité, il ne semble guère à craindre que, sur les pas de Marie de Rohan, l'ambition ou l'amour égarent les femmes de notre temps jusqu'à leur faire entreprendre la guerre civile, tramer des conspirations, regarder en face deux victorieux tels que Richelieu et Mazarin, jeter au vent la fortune et toutes les douceurs de la vie, préférer trois fois l'exil à la soumission, et combattre sans relâche pendant trente années pour ne se reposer que dans la victoire, la solitude et le repentir. Non : le foyer où se pouvaient allumer de pareilles passions, est éteint : la haute aristocratie française, avec son énergie aventureuse, avec ses vertus et ses vices, est depuis longtemps descendue dans la tombe; il n'y aura plus de Mme de Chevreuse; le moule est brisé

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pour toujours, et l'on peut lire aujourd'hui sans danger le récit des orages de sa vie comme les discours de l'Emilie de Corneille.

Mais il reste démontré que désormais il est impossible d'écrire l'histoire de Richelieu et de Mazarin, c'est-à-dire l'histoire de la plus belle partie du xvne siècle, sans y faire à Mme de Chevreuse, comme à son amie la reine Anne, une place éminente, à côté ou du moins un peu au-dessous des deux grands politiques.

Nous ne craignons pas aussi d'appeler l'attention du lecteur sur les Appendices qui forment une partie considérable de ces deux volumes. Nous y signalons, pour l'histoire politique, un mémoire jusqu'ici inconnu de Richelieu sur les obscures affaires de 1633 qui amenèrent l'emprisonnement du garde des sceaux Chateauneuf, les interrogatoires, publiés pour la première fois, de La Porte et de l'abbesse du Val-de-Gràce en 1637, d'assez longs extraits des Carnets autographes de Mazarin, expliqués et développés par les rapports de sa police secrète et par plusieurs de ses

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lettres inédites; et, pour l'histoire des mœurs, des lettres nouvelles de la reine Anne au Cardinal , qui éclaircissent le problème tant controversé de leurs relations, surtout une vie manuscrite de Mme de Hautefort.

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