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416 APPENDICE. CHAPITRES IIIe, IVe ET Ve.

« Apres avoir conféré avec... homme de la relligion, qui séjourne en cette province pour s'en aller en celle d'Anjou où il demeure 3 je discourus avec lui dans toutes les complaisances dont je me pus aviser. Ensuitte il s'est ouvert à moi, jusques à me dire que Dieu avoit tousjours aimé la France, et que l'on devoit espérer qu'il ne permettroit pas longtemps que le Roy demeurast à la discrétion et gouvernement de personnes estrangeres, et qu'il y auroit en peu de bons François, signalés de qualité, qui contribueroient leurs biens et leur sang pour mettre sa Majesté en liberté, et pour la faire instruire et nourrir en sorte que les peuples de ce royaume fussent soulagés de tant d'oppressions ; que monseigneur le duc d'Orléans seroit cause en partie de la ruine de l'Estat, si l'on n'y remédioit, à cause des complaisances qu'il rendoit à la Reyne et des souffrances qu'il permettoit que le peuple ressentist; que la trop grande bonté et facilité de ce prince le rendroit un jour misérable et le Roy aussi, s'il n'y estoit remédié; que ceux de la maison de Lorraine avoient de tout temps conspiré contre cette couronne, et espéré de s'en rendre maistres; bref, que l'on verroit dans peu de temps les affaires de l'Estat changer de face; que telles personnes, de qualité qui en apparence sont les plus complaisans apuyeroient en peu le dessein des bons François. C'ont été là les dernières paroles à nostre séparation. »

Ibid., p. 174.

« Du 2 de juillet 1645.

« Monsieur, deux jours après estre arrivé chez moi, je suis allé à Tours, auquel lieu j'ai visité une demoiselle qui a tousjours été extrêmement aimée de la duchesse de Chevreuse , et avec laquelle elle a tousjours eu depuis deux ans parfaite intelligence. C'est celle-là avec qui j'ai conféré diverses fois, et laquelle porte avec des ressentiments non pareils l'absence de sa bonne amie. Ses plaintes sont excessives, et lui ont fait dire plus que je pense qu'elle ne feroit dans un autre temps.

« Les particularités que j'ai cru vous devoir dire sont que l'on n'eut jamais cru que la Reyne eut voulu permettre que son authorité eut servi à venger les passions des ennemis de sa bonne amie, qu'elle dit estre ceux des maisons de Condé et de Longueville et Monseigneur, que Dieu ne permettra pas longtemps les persécutions que l'on lui fait,

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et dans un temps où elle n'avoit d'autre pensée qu'à songer à son salut, que bientost on verra les effets de la justice de Dieu qui châtie ses créatures quand il lui plaist , et puis brise ses verges. Ses parenthèses tombent sur son Altesse royale qu'elle dit estre le plus ingrat de la terre d'avoir abandonné celle que la conscience et l'honneur Fobligeoient de protéger comme ceux de la maison de Vendosme et de sa bonne amie. Elle n'a pu s'empescher de donner en passant un coup de langue au duc son mari; et après une grande confusion de langages elle m'a demandé si je n'avois point vu un jeune homme de Vendosme, qui avoit passé en Flandre, lequel lui avoit dit des nouvelles de sa bonne amie. Elle ne me put dire son logis, mais bien que je pourrois sçavoir de ses nouvelles chez Mlle Des Cremilliers; et peu après je le rencontrai, et c'estoit celui duquel je vous ai escrit diverses particularités dans ma première depesche, il y a un an et plus. Celles que j'ai apprises à présent sont assez considérables pour vous les déduire exactement, ainsi que je ferai ensuitte, après vous avoir assuré que, si cette demoiselle dit vrai, ceux d'Orléans n'ont jamais plus regretté la mort de leur Pucelle que ceux de Tours sa bonne amie.

« Le mesme jeune homme a esté laquais du duc de Beaufort, et un peu avant sa prison l'un de ses valets de chambre. Le commencement de ses discours fut fort changeant, car tantost il disoit qu'il venoit d'Italie, puis qu'il venoit de Flandre, et après seulement de Vendosme. Enfin il m'a confié qu'il estoit parti d'Italie , le 29 de mai pour s'en venir en Flandre, où il est arrivé le 21 de juin, et a donné deux lettres à la duchesse de Chevreuse qui estoient enfermées dans une canne, avec celles qu'il a apportées de Paris, auquel lieu il dit avoir séjourné sept jours, couché une nuit à l'hôtel de Vendosme , quatre à celui de Nemours, une à la maison du sieur de La Rochefoucauld, le mesme jour que le duc de Chevreuse ne voulut pas permettre qu'il couchast dans la sienne; la dernière nuit il coucha avec Lussant qui le mena le lendemain à Rochefort où il laissa quelques lettres. Je crois qu'il n'attend que l'arrivée du dit Lussant qui doit aporter quelques depesches pour Vendosme, et aussitôt il sera depesche pour l'Italie. Il ne m'a pu assurer s'il repassera par Paris. Si cela estoit et qu'il put estre arresté, l'on aprendroit des choses fort importantes. Il est bien certain que le nommé Hurliers qui est au comte de Brion lui a baillé, à l'insçu de son maistre, à ce qu'il dit, une lettre de faveur, adressante à l'escuyer du comte d'Acer (?), pour favoriser son embarquement à Mari. 27

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seille. Le dit Hurliers est frère d'un nommé Vaumorin qui est au duc de Vendosme.

« 11 m'a assuré que lorsqu'il partit d'Italie, le nommé Tierveville estoit allé de la part du duc de Vendosme à Rome pour y faire paroistre les doléances de son maistre, qui se plaint de ce que l'on ne veut, à ce qu'il dit , faire juger son fils au Parlement de Paris , et que l'on le veut faire périr comme Saint Philibert et Heudeville, prisoniers à la Bastille. Il y aj ouste les mépris dont il dit que Ton traite toute la famille de son maistre, les persécutions que l'on fait à ses sujets par des logemens de gens de guerre dont ils sont presque tous ruinés , mesme ceux d'Estampes ; les restrictions que l'on a encore fait depuis peu à son fils prisonier, auquel il avott charge de faire passer quelques lettres, lesquelles il dit avoir mises es mains d'un nommé Monuau.

« Pour conclusion il se repait d'espérances, et croit qu'il arrivera bientost quelques choses qui feront changer de face aux affaires de l'Estat.

« L'on croyoit, à ce qu'il assure, d'où il est parti qu'en arrivant en France, il y trouveroit la pluspart des provinces soulevées et protégées par le Parlement, ce qui fut, dit-il, arrivé sans la lâcheté des uns et l'avarice des autres qui les ont portés dans une desunion. Mais il a promis que , quoique puissent faire les hommes , Dieu secourra bientost les affligés par des moyens que les almanacs ne sauroient dire.

« La pluspart de ses discours n'ont pas grande liaison parce qu'il revient à dire les choses qui semblent le satisfaire le plus; mais ce que j'en ai pu ramasser m'oblige à vous assurer, Monsieur, qu'il est important de ne point laisser aprocher aucun homme de cheval qui ne soit bien cognu du carosse de Monseigneur, ni aussi peu de sa chaise, et particulièrement le soir lorsque son Éminence va de son palais à celui du Roy, ou qu'il en revient. Ce qui peut estre à craindre est à la sortie ou entrée de la rue venant du jardin. Les gardes peuvent facilement y soigner, et ceux de son Eminence lorsque sa personne sera en son carosse. Je vous supplie, Monsieur, d'apuyer cet advis à ce qu'il ne soit méprisé. Si l'on pouvoit se saisir de ce jeune homme qui est vestu de gris, le poil châtain, la barbe qui commence à lui percer, les cheveux fort longs, et à ses deux moustaches deux rubans noirs, et au chapeau deux glands l'un vert et l'autre orange , l'on sçauroit de lui choses si importantes que je voudrois qu'il m'en coustast de mon sang qu'il fut arresté. »

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lBiD.,p. 198. Lettre non datée.

« Monsieur,

« Le malheur de mes affaires qui ne m'ont pu permettre de retourner à Vendosme depuis ma dernière depesche, m'a donné lieu d'aller néantmoins par diverses fois à Tours où j'ai appris des particularités qui me forcent de dire que la demoiselle Mandat, qui a toujours esté extrêmement confidente de la duchesse de Chevreuse, seroit mieux pour le bien du service de leurs Majestés esloignée de cette province que dedans. Les raisons sont, Monsieur :

« Premièrement qu'elle agit avec dextérité et puissamment selon les ordres de sa maîtresse. Les derniers lui ont esté apportés par un laquais que la mesme duchesse a amené d'Espagne, vestu haut en bas de chausses d'un gris sale , et le pourpoint de peau de mesme couleur. Il est de taille allignée, les cheveux noirs, et sans barbe. Il a séjourné quelques jours à Cousières, maison du duc de Montbazon, feignant n'y estre venu que pour apprendre la santé de l'enfant de Paquine, valet de chambre de la duchesse et de... Espagnole, sa femme de chambre. Mais enfin j'ai sçu, non sans difficulté, la plus grande partie des particularités de ces depesches qui me tentèrent fort de le faire arrester, et je l'aurois fait si j'eusse eu quelqu'un à qui me confier, osant vous assurer, Monsieur, qu'il a dit force choses qui donneroient de grandes prises sur le duc de Vendosme et la duchesse de Chevreuse et leurs partisans.

« Ces nouvelles sont que le mesme duc est à présent à Rome depuis un certain temps, où l'on avoit feint quelques jours ne le vouloir recevoir. Mais les industries et adresses de ses agents ont réussi, à ce qu'assure ce compagnon qui en venoit , et lequel a apporté l'ordre à Vendosme de faire conduire à Rome des dogues d'Angleterre que le duc de Vendosme veut donner à quelques cardinaux de ses amis. Et pour abuser les esprits des peuples de cette province, cette mesme demoiselle assure que l'on nous croit en Italie plus hérétiques que les protestants d'Allemagne ; assure de plus que l'on ne veut en France paix ni trêve, le tout pour favoriser les desseins des Suédois au préjudice , disent-ils, de la religion catholique, et pour donner lieu aux armes du Turc de piller la Sicile après avoir ruiné l'isle de Candie, ainsi qu'ils disent avoir commencé.

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« Voulant en outre cet esprit infecté de tant de nouvelles séditieuses persuader que les progrès des armes du Roy en cette campagne n'ont réussi que par la faveur de celles du Turc, allègue pour appuyer ces impostures l'attestation d'une damoiselle, femme d'un officier de l'un des vieux régiments, laquelle dit avoir reçu lettres de son mari estant au siège de Roses que sans cette armée turque cette place n'eust été prise par l'opposition des armées d'Espagne qui n'osèrent s'embarquer. Et a de plus, par un excès d'impudence , cette dite femme d'officier dit et redit, dans une pass:on deresglée fondée sur quelque vieille amitié d'Amboise, sur le sujet du décès du prisonier de Pignerol it des paroles si insolentes et si séditieuses qu'il est impossible de pouvoir rien adjouster au manque de respect; et feignant de plaindre la duchesse de Vendosme de laquelle elle est aimée, prédit des choses que peut estre elle ne croit pas, et qui ne peuvent estre, ainsi qu'elle les figure, que pour noircir les actions de quelques personnes de respect.

«• Je ne veux omettre à vous dire, Monsieur, que la confidente, qui a des intrigues à Vendosme aussi bien qu'ailleurs, m'a assuré que la dame du lieu lui avoit mandé que le père de Gondy, appuyé du père Vincent, avoit porté le Coadjuteur de l'archevesché de Paris 2 de faire en sorte que ceux qui iroient de la part de leurs Majestés vers les députés de l'assemblée trouvassent en lui forte opposition sur ce que l'on leur demande, et qu'ayant desjà fait voir les puissances de son bel esprit par de pressantes raisons qu'ils disent avoir esté alléguées par lui, il a promis qu'il ne fléchira point. Mais j ose dire, Monsieur, que de la sorte que je lui en ai ouï parler, il y a apparence que ce prélat soit prévenu par d'autres considérations que celles de la conscience.

« En attendant, Monsieur, que j'aye plus de moyens de servir plus utilement Monseigneur, je supplierai de jour à autre la divine providence de vouloir conserver S. Emin. en sa sainte garde, et vous, Monsieur, me faire l'honneur de vous ressouvenir de vostre pauvre serviteur qui est à présent le plus affligé homme de sa condition qui soit en ce royaume. »

1. Le président Barillon, mort dans la citadelle de Pignerol, le 30 août 1645. Cette lettre doit donc être postérieure à cette date, et on peut la mettre au commencement de septembre.

2. C'est la première fois que dans nos documents il est question du Coadjuteur, et en des termes qui font honneur à la sagacité de Cangé. Retz nous raconte cet incident de l'assemblée du clergé de 1645, t. 1er, p. 75.

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Ibid., p. 197. Dernière lettre où Cangé donne des renseignements

sur sa famille.

« Du 21 septembre 1645.

« Monsieur,

« Je vous envoyé cette depesehe qui est la troisième depuis mon partement de Paris. Ce n'est pas manque d'affection si je ne m'en acquitte plus souvent; mais, Monsieur, le malheur de mes affaires, qui me réduisent au dernier point de la nécessité, me prive des grandes et utiles conversations, et ne me laisse consolation quelconque que dans l'espoir de votre bonté, vous suppliant très-humblement, Monsieur, d'avoir compassion de Testât auquel je suis réduit pour me faire jouir au plustot de ce qu'il vous a plu me procurer auprès de Monseigneur. Outre que j'ai l'honneur d'estre vostre créature, j'ai eu un père qui a eu celui d'avoir esté extresmement aimé de feu Monsieur de Servien, vostre grand oncle, et feu mon frère aisné a eu l'honneur d'avoir esté son filleul et de feu Monsieur le premier président du Harlay lorsque la cour du Parlement fut réfugiée à Tours, où feu mon père commandoit les gens 'de guerre qui y furent establis, et au Plessis qui est un chasteau du Roy situé presque à la teste d'un des fauxbourgs qui estoit en ce temps la seule promenade des personnes de qualité qui estoient durant les mouvements de la Ligue reclus dans la ville ; ce qui lui donna moyen de faire quantité d'amis, et l'honneur d'estie aimé de feu Monsieur vostre oncle, dans un temps où la maison dont je porte le nom estoit autant considérée comme elle est à présent affligée, et laquelle je me resous d'abandonner à mes créanciers lorsque j'aurai reçu de son Éminence la grâce qu'il vous a plu me faire l'honneur de me procurer, ne pouvant vivre qu'en guerre perpétuelle avec eux, auxquels il m'a fallu consentir qu'ils aient pris les deux tiers du revenu de ma mesme terre cette présente année, de sorte que j'aurai bien de la peine de trouver de quoi vivre jusques à Noël. Je vous demande pardon, Monsieur, des importunités si fréquentes que je prends, osant me promettre, lorsque j'aurai esté soulagé dans mes misères par vostre généreuse bonté, de vous pouvoir tesmoigner plus utilement les services que je vous dois, en qualité de, Monsieur, vostre très humble, très affectionné et très obligé serviteur.

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