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Tancrède de Rohan, tué dans la guerre de Paris

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chef avec d'autres qu'ils ont encor en main. Il en envoira aussi un autre, conjointement avec madame de Chevreuse, au duc d'Espernon, pour le reunir avec le prince de Condé et les autres amis de ma ditte dame, et les obliger à faire pour cela tout ce qui sera nécessaire et que le Prince désirera.

« Il disposera aussi que nous pourrons faire une descente au bec d'Ambès, poste très important entre la rivière de Bourdeaux et la Dordogne, comme aussi un autre à Pile de Ré.

« 11 ira aussi de sa personne à Munster près la personne du duc de Longueville pour le disposer à seconder son beau frère de la grandeur duquel il est si désireux comme de sa conservation, qu'il ne souhaite rien tant sinon qu'il commence une chose de cette nature, pourvu que ce soit sur de bons fondements. De plus, comme le dict duc de Longueville est gouverneur de Normandie, il est en résolution, à quoi Saint-Ibal le poussera tousjours, de s'y rendre maistre du Havre de Grâce, le gouvernement particulier duquel il presse fort en France, et, si l'on ne lui donne, de s'en emparer. Il fera prendre aussi un sujet de mécontentement audict Duc avec Mazarin qui lui fait faire un personnage à Mûnsler qu le ruine sans avoir l'aucthorité de conclure la paix, ni d'y rien faire pour le bien de la France. Et comme on lui refuse de se retirer, ce qu'il ne pourra que mal content, en ce cas on trouverait encor autres expédients pour le gagner en ce que nous désirerions.

« Que si, enfin, sur toutes ces choses l'on prend une bonne resolution et on donne audict Saint-Ibal la satisfaction et confidence qu'il désire, aussitôt accordée, il se trouvera incontinent ici, ou en quelque lieu qu'on lui assignera, pour donner encor plus particulièrement conte des choses qu'il peut et désire faire, et en traiter avec M. le marquis de Castel Rodrigo, avant son voyage d'Espagne mesme s'il le désire, ou avec M. le comte de Schwartzemberg, et instruire l'un ou l'autre si particulièrement de toutes choses qu'on ne puisse douter du grand avantage que l'on recevra par son entremise et negotiation; d'autant plus que lui et madame la duchesse de Chevreuse m'ont assuré qu'encor bien mesme, à quoi il n'y a point d'aparence, qu'après les diligences qu'ils feront pour engager le prince de Condé, il retarderait ou demeurerait irrésolu, ils donneront des moyens certains aux Ministres et à S. A. que faisant la campagne qui vient une entrée en France en la manière et façon dont ils instruiront, il y aura des villes, ports de mer, provinces et parlements qui seconderont; et que cette

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entrée fera un tel effet qu'il obligera et nécessitera tousjours ledict Prince à entrer en parti et déclaration, et qu'alors Saint-Ibal se rendra à l'armée proche S.A. pour payer de sa personne en faisant exécuter tout ce dont il aura esté convenu avec madame la duchesse, lui, S. A. et les Ministres du Roy.

« Sur toutes lesquelles choses, si Ton prend de bonnes résolutions et promptes, outre que Saint-Ibal se trouvera pour en concerter avec le Marquis de Castel Rodrigo ou M. le comte de Schwartzemberg , Madame la duchesse, tonte chose estant conclue, et en estant priée, viendra à Bruxelles, l'hiver, pour estant sur les lieux aider et assister à tout autant quelle pourra. Si non, comme elle ne peut tousjours demeurer dans cette ambiguë et irrésolue conduite ordinaire de nos Ministres, luy estant offert de la part de la Reyne et de Mazarin pour elle et ses amis de grandes satisfactions, elle sera contrainte à s'accommoder; ce qu'elle ne fera pourtant jamais sans la participation du Roy, de S. A. et des Ministres. Pour Saint-Ibal, il est vray qu'il assure qu'encor que nous ne prenions nulle resolution sur tout ceci, il demeurera tousjours irréconciliable avec Mazarin, mais qu'il croira avoir grand sujet de blasmer nos conduites en esloignant par des fausses maximes des négociations dont il se peut tirer tant d'avantage sans rien risquer, lesquelles devant avoir un commencement avant d'en venir à la jouissance, il y faut travailler avec soing et application par tous les moiens possibles, autant que l'importance le requiert.

« Or, outre les services et avantages que l'on peut tirer en France par le moyen de Saint-Ibal, il m'a fait connoistre pour indubitables que les obligations principales que nous avons pour les bonnes dispositions qui sont en Hollande pour une paix, sont dues à la princesse d'Orange, la mère, les Ministres d'Estat P... et K..., le baron d'O... et un autre dont j'ai oublié le nom; il m'a aussi fait voir, en la présence mesme de l'un et l'autre, qui tous me Font avoué, que les instructions qu'il leur a données, la chaleur avec quoi il les a poussés, les a fait demeurer fermes contre la France et porté 0... à entreprendre le voyage dans les provinces pour en tirer leur consentement pour la paix, ce qui lui réussit si bien que de là sont venues les conclusions prises, et ce qui causa le grand différent entre le prince d'Orange, Brederode et autres contre ledict Obdem, qui pourtant estant tous unis à la mère et appuies des bons conseils de Saint-Ibal tiennent le Prince en estât de n'oser rien entreprendre contre eux. Et comme, encor que les apparences et dispositions soient grandes pour la paix avec la Hollande, la chose n'est

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pourtant encor assurée, ledict Saint-lbal promet et assure de tellement disposer le tout par des voies infaillibles qu'il nous fera connoistre, que pour certain il empêchera tousj ours que Ton entre en campagne l'année prochaine, et maintiendra le prince d'Orange * en tels sentiments qu'il contribueroit mesme ce qu'il pourroit pour causer une révolution grande en France, afin que de grands changements y arrivant il puisse espérer de monter à cheval pour la guerre qui est toute son ambition, et où il ne croit jamais parvenir que par de grandes disgrâces et révolutions en France, qui donnant jalousie aux Estats, il en prenne occasion pour les porter avec de bonnes raisons à lui laisser faire campagne , en quoi Saint-lbal saura tousj ours avec adresse le maintenir; ce qu'il peut mieux que personne, et lui faire faire ce que nous pouvons souhaiter, tant par la haute adresse qu'il a que par l'aucthorité qu'il a sur son esprit et celui de sa mère.

« Enfin, comme en cent manières nous pouvons tirer de grands services et avantages dudict comte Saint-lbal, ainsi que je l'ai reconnu et me paraît infaillible, comme en dissipant avec adresse les prétentions et menées que peuvent avoir les François en Hollande et Munster ou en donner des avis; faisons demandes pressantes de Saintlbal avant toute chose, premièrement que tout à l'heure on lui remettra en Hollande, par lettre de change, douze mil francs, tant pour pouvoir despecher en France les personnes ci-dessus nommées qu'autres choses nécessaires à faire; qu'on lui despechera un brevet d'assurance de pension de mil francs par mois , qu'on lui a desjà autrefois promis, de laquelle pourtant il ne prétend entrer en premier paiement que dans trois mois que l'on commencera à connoistre les effets de ses services; que par une forme de lettre S. A. l'assurera de donner assistance et entretenement aux particuliers qui s'emploieront au bien de cette affaire par l'ordre et commission dudict Saintlbal, selon la relation du mérite et importance de chacun d'eux qu'il donnera, que l'on mettra près de sa personne une qui soit confident et bien connu des Ministres de S. A., tant pour l'aider aux chiffres et choses de correspondance que pour l'aider en tout ce qu'il pourroit avoir à faire, et estre'tesmoing de sa conduitte en toutes les choses du bien de cette negotiation.

« Fait ce 27 septembre 1647.

« P. Ernest de Mercy. »

1. Guillaume de Nassau, mort en 1650, a l'âge de 24 ans, père de Guillaume III, roi d'Angleterre.

NOTE SIXIEME

(Conservées à la bibliothèque Mazarine. 5 vol. in- fol. aux armes de Colbert.)

Affaire de Beaufort.

Lettres italiennes, t. IV, fol. 188, al signore cardinale Bichi, 24 agosto, 1643.

«... Vostra Eminenza apprenderà dà moite parti lo stato mio in questa corte,onde li dirô solamente che ricevo ogni giorno grazie maggiori délia M aestà délia Regina e dal signore duca d'Orléans; e per il medesimo caso gl* invidiosi del posto che io tengo si animano sempre più, e non lasciano indietro diligenza alcuna per precipitarmi. Se io potessi sodisfare tutti, lo farei volontieri, ma il mio delitto consistendo in servire bene et in havere la buona gratia di sua Maestà, sono obligato di p.rocurare, per quanto potrô, di render mi ogni giorno più criminale. Gonosco la grandezza del posto nel quale mi trovo, ma conosco ancora che non essendo tentato dà alcun interesse particolare, questo posto non serve che a togliermi ogni riposo. Iddio l'ha voluto cosi , e nel conformarmi alla sua volontà so di non poter errare, ma vorrei bene che piacesse a sua divina Maestà di restituirmi alla quiète... »

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Lettres françoises, t. Ier, fol. 106, verso, lettre du 9 septembre 1643, au maréchal de La Meilleraie.

«Je trouve dans celle que vous m'avez fait la faveur de m'escrire du 6 de ce mois, tant de marques d'affection et de tendresse que je serois insensible si je n'en estois touché jusques au fond de Tàme. Après cette véritable protestation, permettez-moi de vous dire que, bien que j'estime comme je dois votre conseil, et que, voulant user des autres précautions que la prudence me conseillera pour ma conservation, je ne puis condescendre à celle-là, qui n'est, à mon avis, conforme ni à mon humeur, ni à la situation des temps et à la disposition des esprits. Quand même je me tromperois en ceci, le désintéressement de ma conduite, dont nulle considération du monde ne me fera départir, et la pureté de l'intention avec laquelle je regarde le bien del'Estat, la résolution ferme et inébranlable que j'ai de faire plaisir à qui je pourrai et de ne faire desplaisir à personne, me mettent en estât de ne rien craindre, et d'attendre sans émotion tout ce qu'il plaira à la divine Providence de permettre qu'il m'arrive. Si je voulois pourvoir à. mon repos et à ma sûreté, j'en saurois trouver le chemin infaillible sans abandonner même le service de la France; mais je suis trop obligé à la bonté du feu Roy, je dois trop à la confiance que la Reyne me fait l'honneur d'avoir en moi, et je chéris trop la France qui seule me tient aujourd'hui lieu de patrie, pour considérer ni mon repos ni ma vie, tant que je lui serai utile et jusqu'à ce que le vaisseau soit au port; ou je périrai dans la tourmente, et j'aurai cette satisfaction de n'avoir rien espargné pour aider à l'y conduire. Ce sont mes véritables sentiments que je veux croire que vous ne condamnerez point, comme je me promets aussi que vous agréerez la resolution que j'ai d'estre toute ma vie, etc., etc. »

Ibid. Fol. 107, v. 150, à M. le maréchal duc de Brézé, 11 septembre 1643.

«Bien que je n'eusse pas besoin pour vous croire mon ami des offres que vous me faites de votre affection, elles ne laissent pas de m'estre fort chères. Vous croirez aussi que je les ai reçues avec tout le ressentiment et tout le désir de m'en revancher, dont l'âme d'un

homme de bien est capable. Le sujet qui vous a excité à m'escrire a véritablement quelque chose de fâcheux. Je vous dirai pourtant comme à mon ami que, dans la certitude que j'ai de n'avoir jamais mêlé mon intérêt particulier avec le service que je rends au Roi et de n'avoir jamais perdu l'occasion d'obliger ceux que j'ai pu sans avoir jamais nui à personne , je me trouve une telle assurance Dontre tous les mauvais desseins qu'on pourroit faire contre moi , que rien n'est capable de l'ébranler. Si ce que je dois à la bonne volonté du feu Roi et à la confiance que la Reine me fait l'honneur d'avoir en moi, ne m'estoit pas plus cher que mon repos et la sûreté même de ma personne , il me serait fort aisé de m'ôter des occasions de l'envie et de la haine; mais mon devoir l'emportera toujours en moi sur mon repos et la sûreté de ma personne. Ce sont mes véritables sentimens que je m'assure que vous approuverez aussi bien que la résolution que j'ai faite d'estre toute ma vie et plus que personne du monde, etc., etc. »

Ibid. Fol. 108, recto, au cardinal Bichi, 12 septembre 1643.

« Monseigneur,

« Votre Eminence ne trouvera pas étrange la petite nouveauté qui est arrivée en cette cour puisqu'elle a esté de tout temps le théâtre de semblables aventures. Elle admirera plustost le bonheur de la Reyne et la sagesse de sa conduite qui a prévenu un mal lorsqu'il estoit sur le point d'esclater, et dissipé en un moment et presque sans bruit un orage qui se formoit de longue main, et qui ne pouvoit esclater qu'avec une grande violence. Votre Eminince saura donc que cette princesse, ayant inutilement employé la douceur et les bienfaits pour contenir certains esprits dans leur devoir, a esté contrainte de se servir d'une conduite plus forte pour les empescher d'achever la faute qu'ils avoient fort avancée. Je laisse à penser à V. E. combien cette princesse s'est fait violence en quittant le chemin de la bonté qui lui est si naturelle pour entrer dans ceux de la justice, et dans les moyens fâcheux d'une précaution nécessaire. Pour moi, je suis venu dans le ministère avec cette ferme résolution de n'y considérer jamais mes intérêts, et de n'y faire point desplaisir à personne, et d'y faire plaisir à qui je pourrai. J'avoue que ce m'a esté une très sensible douleur de n'avoir pas peu, comme j'eusse désiré, m'opposer à un accident qui ne m'est pas

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de ma retraite pour guérir les esprits malades , le remède m'eût et doux et facile, comme V. E. le pourra juger, et avec un repos qui n'eut pas été sans honneur. J'eusse pu retirer les autres des inquiétudes et des troubles qu'ils se sont donnés naturellement; mais le commandement absolu de la Reyne, la confiance qu'elle me fait l'honneur d'avoir en moi, et ce que je dois à la bonté du feu Roi, dont vous estes en partie témoin, seront toujours des motifs plus forts pour m'obliger à continuer dans le service , quelque hasard qu'il y ait à courir, que la moins fâcheux qu'à ceux qui le souffrent. S'il n'eût été question que considération de mon repos et de la sûreté même de ma personne pour me le faire abandonner en un lieu où Sa Majesté croit que je lui suis utile et en quelque façon nécessaire. Voilà mes véritables sentiments en cette occurrence que vous ne condamnerez pas, à mon avis, estant généreux et reconnaissant au point que vous estes. Au reste depuis cet accident, tout jouit ici d'un calme parfait, et toute la crainte et les alarmes qui agitoient les esprits, ont passé en un estât incroyable d'assurance. Pour ce qui est de nos affaires, elles sont partout florissantes, et nous espérons avec la grâce de Dieu recueillir des fruits de la prise de Thionville, qui feront que la fin de cette campagne ne démentira point le bonheur du commencement. Je suis de toutes les forces de mon âme, etc., etc.

Lettres françoises, t. 1er, à Beringhen, alors en mission en Hollande auprès du prince d'Orange. 16 avril 1644.

« .... On m'a donné avis que Brillet et Fouqueret1, qui sont les deux personnes qui ont eu le plus de part dans la confidence de M. de Beaufort, et auxquelles il s'est le plus ouvert dans la conspiration qui avoi esté faite contre ma personne, sont allés servir dans les troupes en Hollande, ayant pris de grandes barbes qu'ils ont laissé croître afin de n'estre pas connus, et ont changé de nom, Brillet se faisant appeler La Ferrière. Je vous prie de faire toutes les diligences possibles pour vérifier si cela est, et donner ordre, quand vous viendrez, à quelque personne confidente pour veiller de près à leurs actions, parce que nous songerions après au moyen de les avoir. »

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