‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 8 sur 215 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ambitieux connétable était fait pour plaire au cœur hardi de la belle Marie, et elle l'aima très fidèlement 1. Elle en eut une fille, morte sans alliance dans la plus haute dévotion, et un fils qui joua un certain rôle au xvne siècle par ses liaisons au Port- Royal, traduisit en français les Méditations de Descartes, écrivit, sous le nom de M. de Laval, d'estimables livres de piété, et continua l'illustre maison. La duchesse et connétable de Luynes, restée veuve en 1621, épousa en secondes noces, en 1622, Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, un des fils de Henri de Guise, grand Chambellan de France, dont le plus grand mérite était celui de son nom, accompagné de la bonne mine et de la vaillance qui ne pouvaient manquer à un prince de la maison de Lorraine , d'ailleurs sans nul ordre dans ses affaires, et bien peu édifiant dans ses mœurs, ce qui explique et atténue les torts de sa femme. De ce nouveau mariage vinrent trois filles : deux qui moururent en religion 2, et la troisième, la belle et célèbre

en battant partout les protestants, et il entreprit le siège de Montauban, précurseur de celui de La Rochelle. En 1620 le Béarn fut définitivement incorporé à la couronne. C'est là en petit, comme on le voit, toute la carrière de Richelieu.

1. Mme de Motteville, t. Ier, p. 11 : « La duchesse de Luynes étoit très-bien avec son mari. »

2. L'une, Anne -Marie de Lorraine, est morte à vingt-huit ans , en 1652, abbesse du Pont-aux-Dames; l'antre, Henriette de Lorraine, a été abbesse de Jouarre. Il ne faut pas confondre cette dernière avec sa nièce, Mme Albert de Luynes, qui a été aussi, avec une de ses sœurs, religieuse à Jouarre, et à laquelle Bossuet a écrit tant de lettres tou-

M1!e de Ghevreuse, qui eut la faiblesse d'écouter Retz, à ce que Retz nous assure, et qu'en récompense il n'a pas oublié de peindre en caricature, pour divertir celle à laquelle il écrivait K

La nouvelle duchesse de Chevreuse avait été nommée, du temps de son premier mari, surintendante de la maison de la reine, et elle était bientôt devenue la favorite d'Anne d'Autriche, comme le connétable était le favori de Louis XIII. La cour était alors très-brillante, et la galanterie à l'ordre du jour. Marie de Rohan était naturellement vive et hardie; elle céda aux séductions du plaisir et de la jeunesse; elle eut des amants, et ses amants la jetèrent dans la politique. Retz lui-même en convient dans ce passage, trop fameux pour que nous puissions ne pas le donner ici , après avoir bien averti que, si le fond a quelque vérité, la couleur en est exagérée à plaisir : « Je n'ai jamais vu qu'elle, dit-il2, en qui la vivacité suppléât au jugement. Elle lui donnoit même assez souvent des ouvertures si brillantes qu'elles paroissoient comme des éclairs, et si sages qu'elles n'eussent pas été désavouées par les plus grands hommes de tous les siècles. Ce mérite toutefois ne

chantes. Henriette de Lorraine eut quelques contestations avec son évêque sur l'étendue du pouvoir des abbesses, et, après s'être soumise, elle se retira à Port-Royal, où elle mourut en 1694. Gallia Christiana, t. VIII, p. 1715; Vie de Bossuet, par M. de Beausset, t. II, livre vu.

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