‹ Madame de Ferneuse [par] Daniel LesueurChapitre 2 sur 6 · MADAME DE F F. R N E U S F · texte numérisé non relu

MADAME DE F F. R N E U S F

mystère féminin trop obsédant l'âme à la fois ouverte et secrète du prêtre.

— (( Mon Père, je suis peut-être importune... y> Il fit un geste de dénégation.

— « ... mais vous avez dit, à table, que vous vous rendiez dans la Selve...

— Certainement, madame la comtesse.

— Oserais-je vous demander par quel chemin vous y parviendrez, de quel côté vous comptez aborder cette région des forêts ?

— Par la Bolivie.

— Oh! » s'écria-t-elle avec une émotion singulière. « C'est donc la volonté du Ciel.

— Tout se fait, madame, par la volonté du Ciel.

— Sans doute. Mais... je veux dire... Notre rencontre est, pour moi, une grâce de la Providence.

— Elle en sera une pour moi aussi, madame, si je puis vous servir en chrétien.

— Vous pouvez, mon Père, m'être d'un incroyable secours.

— Est-ce possible?

— Je me rends moi-même en Bolivie. Je voudrais, moi aussi, pénétrer dans la forêt amazonienne. »

L'étonnement laissa le moine sans paroles. Quel étrange projet pouvait conduire cette femme appartenant à la plus haute société française, parisienne peut-être, habituée à tous les raffinements de la vie, dans des pays aussi éloignés de tout ce qui devait l'intéresser, vers des aventures au moins hasardeuses, et sans même un compagnon de route?

Devant le silence de l'octavien, Gaétane de Ferneuse craignit d'être mal comprise.

— (( Oh! » dit-elle vivement, « je n'ai pas la prétention de vous imposer une présence qui, dans un tel voyage, serait un embarras pour vous, mon Père. Peut-être, sans me montrer indiscrète, pourrais-je profiter, jusqu'à La Paz, de votre expérience, de votre connaissance de la langue espagnole, des indications pratiques que vous voudrez bien me donner. Mais c'est la moindre des choses. Le bienfait considérable que j'attends de votre bonté chrétienne, s'accorderait, j'espère, avec votre mission. »

Véritablement intrigué, le moine la pressa d'éclaircir des paroles si imprévues.

— « C'est une bien longue histoire, » murmura la comtesse de Ferneuse, avec une hésitation soudaine.

— « S'il n'est pas nécessaire que je la sache, ne croyez pas, madame, que je prétende la connaître pour mettre mon dévouement à votre service. Dans le cas contraire, je l'écouterai en confident respectueux et sûr, ou, si vous le souhaitez, en confesseur.

— En confesseur, » dit-elle, d'une voix défaillante. (( Car c'est ma faute que vous apprendrez, mon Père, avant de savoir à quel point je l'expie. »

Le moine vit ce beau visage qui se décolorait et s'amincissait de douleur dans la bleuâtre lueur de la nuit claire. Il fut remué, percevant l'humiliation qui, soudain, courbait cette créature de fierté. D'une voix paternelle, il vint en aide à son trouble.

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