‹ Madame de HautefortChapitre 101 sur 182 · IP · texte numérisé non relu

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régiment. C'est ainsi qu'il se rendit digne des grâces qu'il avoit reçues du Roi et des charitables soins de notre illustre duchesse.

Si je voulois mettre en détail toutes les actions pleines de charité que je lui ai vu faire, qui étoient toujours accompagnées d'humilité, il faudroit plus d'un volume. Je me contente d*en rapporter quelques-unes des plus remarquables. Je ne veux pas oublier celle-ci : Une demoiselle, qui étoit un peu sa parente, avoit un père fort méchant ménager, qui ayant très mal fait ses affaires, ne pouvant pas marier sa fille à un homme de sa qualité, se résolut de la donner à un bourgeois de Laval. Cette demoiselle se trouvoit assez heureuse de l'avoir épousé, à cause qu'il avoit raisonnablement du bien pour la mettre à son aise. Mais son père, aussi mauvais ménager du bien de son gendre qu'il Tavoit été du sien, le fit obliger à ses dettes, de manière qu'il vit en peu de temps sa fille aussi gueuse qu'elle étoit auparavant son mariage. Son mari fut arrêté prisonnier auChâtelet pour les dettes de son père; ce qui obligea cette demoiselle de s'en venir à Paris, et comme elle se trouvoit dans un état assez misérable, elle s'en alla trouver M™^ la duchesse de Schomberg, qui la reçut avec autant d'honnêteté que si elle avoit été dans un magnifique équipage. Ayant remarqué que cette pauvre demoiselle n' avoit qu'une Jupe sur elle et pas trop bonne, elle détacha aussitôt celle qu'elle avoit et la lui donna. Ensuite elle lui donna de quoi subsister, et lui fit tout le bien qu'elle put. Un jour qu'elle étoit venue voir cette duchesse avec un petit garçon qu'elle avoit, M. le marquis de Hautefort entra dans la chambre. Elle lui dit; « Mon frère, caressez un peu ce petit enfant-là; car il est votre parent comme à moi. » J'avoue que je demeurai toute ravie, fesant réflexion sur l'orgueil de la

plupart des gens, non-seulement de qualité, mais qui n'ont que des biens de fortune, qui ne connoissent plus leurs parents lorsqu'ils sont dans la pauvreté. Voilà comme elle ne laissoit jamais passer une occasion sans donner des marques de sa haute vertu et sans faire |uelque chose pour plaire à Dieu.

Depuis* la mort de la reine Marie-Thérèse, elle n'alla plus à la cour. Elle écrivoit au Roi quand il en étoit nécessaire pour des affaires, et elle a toujours eu raison d'être contente. En voici* une preuve authentique : ce fut dans le procès qu'elle avoit avec MM. de la Rochefoucauld pour le legs que feu M. le maréchal de Schomberg lui avoit fait du tiers de la comté de Duretal, située dans la province d'Anjou. Les gens d'affaires de ses parties, qui étoient bien aises d'éterniser ce procès, lui fesoient tous les jours de nouvelles chicanes. Voyant qu'elle se défendoit trop bien, ils s'avisèrent d'avoir des létjres d'État, croyant que son crédit ne seroit jamais assez graàd poiir- résister à de si grandes puissances comme étoit M. de Louvois, père de M"« de La Roche- Guyon. L'on coniSeilla. à M"® la duchesse de Schomberg d'écrire au Roi;* ce qu'elle fit. Gomme la copie de la lettre m'est tombée entre les mains, je la rapporterai ici : '■'■■.

« Sire,

(( J'ose dire à Votre Majesté que les gens d'affaires de mes parties se prévalent de ma vieillesse et de l'accablement où je suis par mes continuelles infirmités. C'est ce qui leur a donné lieu. Sire, de vous faire demander une chose si extraordinaire comme est celle dçs lettres d'État

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