‹ Madame de HautefortChapitre 12 sur 182 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le cacher, elle le mit dans son sein. La Reine en badinant lui prit les deux mains, et dit au Roi de le prendre où il était. Louis XIII n'osa se servir de sa main et prit les pincettes d*argent qui étaient auprès du feu pour essayer s'il pourrait avoir ce billet ; mais elle l'avait mis trop avant, et il ne put l'atteindre. La Reine la laissa aller en riant de sa peur et de celle du Roi*.

Si la passion du Roi était innocente, elle était trop vive pour n'être pas mêlée de fréquentes et violentes jalousies. Le Roi savait quelle était la conduite de M"® de Hautefort, et que parmi tous les jeunes seigneurs qui brillaient à la cour^ elle n'en aimait autvm-, mais il aurait aussi voulu que personne ne l'aimât, que personne ne lui parlât, que personne même iie\a regardât avec quelque attention*. Souvent il lui disait qu'il serait mort de déplaisir si son père Henri le Grand eût été encore en vie, parce qu'assurément il eût été amoureux d'elle'. Ces bizarres jalousies, ces longues et fatigantes assiduités pesaient quelquefois un peu à la jeune ûlle, et avec son indépendance

i. Vie imprimée. Montglat, t. I, p. 237, rapporte différemment cette anecdote et la place dans un autre temps. Dans Montglat, ^ de Hautefort arrache des mains du roi une lettre qu*il ayait écrite au cardinal de Richelieu pour se plaindre d*elle; le roi essaye delà lui reprendre; elle, ne voulant pas la rendre, la met sous son inouchoir de cou, en ouvrant les bras, et disant : « Prenez-la tant que vous voudrez à cette heure. » L*action et le propos sont un peu \e&te& pour une jeune fille, et la première version est à la fois plus Spacieuse et plus vraisemblable.

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