L'évoque de Limoges
à ce qu'elle connut. M^* Pommereul avoit telle peur que M^ Thomftssin n*y entrât, qu*elle lui ferma promptement et brusquement la porte de ladite chambre. Elle, voyant bien le jeu, attendit que ladite dame revint toute effarée ; alors M^« Thomassin lui dit qu*on m*avoit averti qu'elle ne m'étoit pas fidèle; de quoi elle fut fort troublée et piquée, et à l'instant lui demanda son caresse pour aujour» d'hui à onze heures. Or, qu'elle me trahisse ou non, je n'en sais rien; mais sais-Je bien qu'elle étoit fort entrecoupée et dans des contradictions avant-hier que je l'entretins durant deux heures; où ellf me dit qu'elle avoit parlé à la petite dans le grand cabinet delà* Reyne le jour précédent, qui lui avoit témoigné qu'elle avoit eu la volonté de me parler ht semaine passée que j'étois allé voir et confesser M""* de La Flotte >, lorsqu'après elle sçut que je parloîs à ladite gouvernante en sa chambre, et que je ne l'avois pas avertie qu'à raison de sa jeunesse ses parens la feroient sortir de la religii» par arrêt de la cour du Parlement. Je lui dis qu'elle l'assur&t que cela ne seroit pas, et que l'on y mettroit bon ordre. Je lui demandai en quelle disposition elle la trouvoit. Elle commença alors avec on labyrinthe de paroles à me dire qu'il n'y avoit pas apparence qa% présent elle effectu&t son désir; que dans un, deux, six mois, un in ou deux, cela se pourroit bien faire; que ce carême où le Roy iroit à Chantilly, elle ne verroît pas son oncle ; que néanmoins j'avisasse en quoi et comment je voulois qu'elle me servit, qu'elle le feroit de bien bon cœur, mais, etc. J'en sortis fort mal satisfait, sans néanmoins le lui témoigner. Je lui témoignai que deux raisons me pcfftoient à solliciter cette affaire, la première le salut de cette âme, la seconde le bien tant désiré de la paix, et que notre père Général me presse par toutes ses lettres d'y travailler selon mon possible, que je ne croyois pas que le Roy d'Espaigiie y entendit de bonne sorte tandis qu'il sçauroit que notre bon et saint Roy aimerait une antre que sa sœur, quoique ce soit avec une grande pureté et innocence, et qu'il me sembloit que tous ceux qui chérissoient le bien conunofl dévoient coopérer à cette bonne œuvre.
« M^*'' Thomassin m'a averti encore ce matin queM^* Fillandrelà avoit dit comment madame la tante* parloit à la Reyne en son lit, et lui disoit que ni elle ni sa nièce ne se gouvernerait plus par le bonhomme ( parlant de moi ).
« J'oubliois que la gouvernante me dit que Sanguin lui avoit dit à quoi étoit bon que M"** de La Flotte, elle, et M"* Fillandre sa confessassent à moi ; que par ce moyen je sçaurois tous les ae- , crets, etc. »
c Noviciat général, 1» février 1686. »
1. Dame d'atours, graad'môre de Mil* de Uautefort. 2 M«« de Sécocé.
Ibid., fol. 148.
■ N'ayant pu avoir le bien de parler à la petite, ni lui faire parler que par la gouvernante, que je n'y trouve pas tant portée ou qui %*j veut rendre nécessaire, elle donc dit hier à M^^* Thomassin que la petite s'étoit plainte à elle de ce que M<"' la marquise de Senecé v'avoit pas voulu qu'elle eût fait ses dévotions, et que l'on avoit eu grand tort de ce que l'on l'avoit empêchée d'entrer en religion, témoignant qu'elle en avoit toujours le dessein; et après ces paroles 4e la petite, la gouvernante auroit ajouté qu'il ne la falloit pas presser à l'exécution de ses desseins, ce qui convient fort bien au premier discours qu'elle m'en avoit fait. Sur quoi je demande avis d votre Éminence s'il est d propos d'avertir le Roy de ne faire si bon visage à la petite, afin que ses parens, qui regardoient plutôt leur appui que son salut, désistent de la détourner de son entreprise. L'on m'a averti que sans votre Éminence le Roy m'auroit banni de la France, à cause que j'avois eu la hardiesse d'aider une fille qu'il aime à entrer en religion. Outre que je n'ai pas cru cette impos* ture, j'ai pensé que ceux qui pour leurs intérêts particuliers font courir de pareils bruits, font un grand tort à la réputation de notre saint monarque, duquel votre Éminence m'a si souvent exagéré la pureté, sainteté et droite intention en toutes choses, que j'ai écrites à Rome, et je l'ai dit partout et à tous et l'ai fait prêcher : outre, dis-je, que je ne l'ai pas cru à cause de la contraire disposition que Totre Éminence a trouvée à sa Majesté et moi aussi, je me suis laissé facilement persuader que le Roy n'y auroit pas témoigné tant d'affection, si, comme l'on dit par Paris, il n'y avoit des personnes Vroche du Roy, qui jour et nutt cornent aux oreilles de Sa Majesté QV^U faut qu*il témoigne des passions, des langueurs, etc., pour tette fUle. Je demande donc avis à votre Éminence s'il est à propos d'en parler au Roy, et par qui, afin qu'il y témoigne plus d'indifférence, afin que la petite puisse plus facilement et sans résistance exécuter ses pieux desseins. Je demande aussi avis à votre Éminence s'il est à propos que j'écrive à la petite que j'en ai parlé au Roy et en ai obtenu son consentement, et que je suis aussi assuré des trente
mille livres qu'elle désire avoir pour être bienfaitrice M"« Fil-
iandre a dit à M^« Thomassin que M™* la marquise de Senecé avoit dit à la Reyne, parlant de la petite, qu'il y avoit eu des bonnes gens qui avoient pensé faire beaucoup de mal en pensant bien faire. La Reyne a interprété ce beaucoup de mal de la cessation du pouvoir que la tante et l'oncle avoient à raison de la petite.
• Noviciat général, ce 13 fév. 1636. »
Ibid., fol. 150.
tt Monseigneur,
« Cette après-dinée étant allô au Louvre pour y parto à la goii« vernante, et elle en même temps m*étant venue chercher céans eui notre maison, étant de retour au Louvre elle m*a fait avertir de me trouver sur les quatre heures et demie chez M^* Thomassin, où ellej est venue après six heures, et m*a raconté ce que j'écrivis hier à j votre Éminence. Elle m'a ajouté aujourd'hui que parlant à la petite elle lui avoit fait connoltre comme Toncle et la tante ne rempfrchoient de son dessein que pour leurs intérêts particuliers, ce qoe la petite a reconnu; outre que ce matin la petite Vest venue trouver, et lui a dit qu*elle voyoit sensiblement que Dieu rattiroit à la religion, et que pour Vy contraindre il lui envoyoit mille petites diigrâces, lui en montrant une qui lui étoit arrivée cette nuit sur la joue droite tendant vers le menton, à sçavoir un petit furonclej es que Dieu m'envoie, dit-elle, pour me faire voir qu'il n'est pas coh' tent de mon retardement. Là dessus la gouvernante a pris son temps pour lui confirmer sa pensée, lui redisant encore ce que dessus de l*oncle et de la tante, et qu'assurément Dieu la vouloit en religioiL Comme je lui ai voulu là-dessus dire qu'elle avoit un beau champ pour aider cette fille à l'exécution de son dessein, elle m'a dit qu'elle ne pouvoit pas faire contre sa parenté. Je lui ai dit qu'en cela elle devoit regarder Dieu, l'intérêt du public, et le service et honoeor de sa maîtresse. Elle m'a répondu qu'elle avoit satisfait à sa conscience, et que pour la Reyne elle la traitoit comme une chann brière, et qu'elle n'y feroit pas davantage. Gomme je l'ai vue si opiniâtre, j'ai fait semblant d'être piqué, et je lui ai dit: Oh ! je vois bien que vous désirez tous conserver la faveur des parens de la petite ( qui sont aussi les siens ^ ) ; mais je vous assure que Dieu ne permettra pas que les uns ni les autres soient pour vous. Alors j V été contraint de lui déclarer, sous de grands secrets, que j'en avois parlé au Roy et à votre Éminence, que tous deux m'aviez donné votre consentement pour cet effet, et que ce qu m'y avoit plus induit étoit le salut de cette fille et le bien de la paix, pour toquelle
1. Cette gouvernante des filles de la Reine, parente de M»* de Séaeoé et des La Fayette, serait-elle MU« de Polignac? Bile était dans le serrice de la Reine (voyez plus haut, chap. !•', p. 22) comme MU* de Yieuz-Pont, eid*»bcnrd elle était du parti des La Fayette ( ibid.), dont elle pouvait fort bien être parente, étant d'Auvergne comme eux, et les Polignac s'étant d'ailleurs plusieurs fois alliés aux La Rochefoucauld, auxquels M*« de Sénecé appartenait.
M»* DE LA FAYETTE. 34t
TOire Éminence avoit goûté ma raison, et que si elle m*aidoit en eette affaire je lui en serois obligé et ferois savoir à votre Éminence la peine qu'elle y auroit prise en y coopérant, et la supplierois lui en savoir gré. Sur cette promesse, elle m*a promis de porter la fllle à rentière exécution. Je lui ai lu la lettre (dont j'envoie une copie i TOtre Éminence) que demain je ferai tenir à la petite par le garçon de M*^* Senault qui a mine de marchand; il la lui donnera pliée en façon de parties, lui disant tout doucement à Toreille qu'elle est de ma part, qu'elle la lise et la lui rende après, lui disant de vive voix ce qu'elle aura à me répondre. Je vois. Monseigneur, que Dieu travaille en cette affaire, et partant j'en ai une bonne et très-grande espérance. Craignant que la Reyne ne sorte de Paris, je presserai l'affaire tant que je pourrai.
« J'ai oublié à dire que la gouvernante m'a dit que depuis un an votre Éminence lui avoit fait la mine, et n'avoit quasi daigné la regarder. Je lui ai promis du changement, c'est à votre Éminence ui /Idelis prophêta inveniar. Priant Dieu avec tous ses petits serviteurs pour votre santé et prospérité toujours victorieuse, je demeure à jamais, etc.
a P. S. M^* Fillandre m'a confirmé aujourd'hui qu'elle avoit oui dire que l'oncle de la petite prétendoit par son moyen et de la tante de parvenir au gouvernement ; mais je ne puis croire un si grand aveuglement. Elle n'a pas voulu nommer de qui elle l'avoit appris. A ce que je puis juger de la gouvernante, si elle peut croire que votre Éminence lui saura gré aux occasions de cette affaire, elle y travaillera et s'y rendra nécessaire, etc.
c Noviciat général, ce 14 février 1G36, entre hait et neuf du soir. >
Ibid., fol. 151. Lettre du P. Carré à M^^ de La Fayette K
« Ma très-chèrement bien-aimée fille, l'unique et pur amour de Jésus-Christ vous soit pour très-humble salut. « Ayant sçu que vous aviez été indisposée, j'ai hasardé ce mot ne
I. Cette lettre est un chef-d'œuvre d'astuce et de fourberie. Chaque mot 6st admirablement calculé pour agir sur le cœur de la noble et fière demoiselle. On l'accuse de faire mine de se retirer pour engager davantage Louis XIII et en tirer de l'argeat. Toute la chrétienté a les yeux sur elle. Plus tard elle sera réduite à ce même parti et elle le prendra sans mérite et sans honneur, tandis qu'à présent elle se couvrira de gloire. Les conseils de sa famille sont intéressés; lui seul lui parle sans intérêt. Les discours de Tartufe sont au-dessous de cette lettre, comme la fiction au-dessous de la réalité.
Bçachant s'il pourra pénétrer jusques àyoas^pour exprimer Textrème affliction où a été mon pauvre cœur tous ces jours passés, entendant par la bouche de personnes de haute qualité les faux bruits que la calomnie a fait courir de vous, comme que ce n'a été qu^nne feinte et une mine prise à dessein pour plus profondément et puissamment pénétrer et posséder les affections de Sa llajesté et pour Unduire à vous donner une grosse somme. A quoi je me suis opposé de tous mes efforts, protestant hautement que votre vocation étoit véritable et non contrefaite. Mais je n*ai pu prévaloir contre le torrent de la calomnie que les intérêts particuliers de ceux qui mettent leur établissement en votre fortune vous ont attiré. Néanmoins j*espère que votre vertu et votre courage auront le dessus, et que toute la chrétienté verra au plus tôt ce que jamais elle n*a vu ni entendu. Sans vous arrêter à ce que Ton vous a menacé du Parlement, aussi bien que moi, duquel j'ai toute assurance en votre faveur, aussi bien que de Sa Majesté, à laquelle j'en ai parlé sans vous le dire, appréhendant ce qui est arrivé, laquelle m'a donné son pur et entier consentement, et j*ai aussi eu assurance de ce qu'il faut. Vous voyez, ma bonne et très-chère fille, la peine à laquelle je me suis engagé pour l'amour de vous et de votre salut. J'attends un mot de réponse, et que vous me renvoyez cette mienne lettre. Celai qui vous la rendra, vous en dira davantage, et recevra vos réponses de vive voix, si vous ne le pouvez faire par écrit. Toutes ces bonnes mères vous attendent et chérissent par-dessus tout ce que toos pourriez souhaiter. Faites un coup digne de votre piété, naissance, magnanimité et constance. Dieu, les anges, et les hommes vous en estimeront et aimeront davantage à présent qu'en un autre temps, où. Dieu ne bénissant pas votre retardement, les changemeos possibles en votre fkveur vous ôteront le moyen, le mérite et l'honneor de votre vocation, que vous pouvez à présent exécuter avec une ai grande gloire, et triomphe de toutes les vanités du monde, lesquelles en une autre saison vous quitteront plus tôt que vous ne les abandonneriez. Qu'est-ce donc qui vous retient, ma très-chère enfant en Jésus-Christ? Que sçavez-vous si en un autre temps il vous donnera la gr&ce et les moyens qu'il vous présente maintenant, et si, courroucé du mépris que vous faites à présent de sa voix, il ne vous fermera pas ci-après la porte de la religion, comme il ferma autrefois celle du Paradis aux cinq folles vierges ! Mais espérant que votre fidèle et prompte correspondance, sans en faire semblant à qui que ce soit, vous fera être du nombre des prudentes, de quoi je le prie et fais prier sans cesse, je demeure à jamais, ma trèschère etc.
« Vous pouvez parler au donneur de la présente avec la même confiance qu'à moi. Il vous ira retrouver quand il vous plaira. J'ai
appris que l'on vous a fait protester de n*exécuter si tôt votre vocation. Je vous déclare que vous n'êtes pas obligée de suivre cette protestation, non pas même quand vous en auriez fait promesse, serment ou vœu ; au contraire, vous mériterez beaucoup en faisant tout le contraire. Je vous aime et conseille sans intérêt, etc. «
Ibid.« fol. 219.
« Je viens tout présentement de recevoir une lettre de la gouvernante par laquelle j'apprends qu'il y a bien du changement aux personnes cabalées et en la petite. Il faut que la chose soit vraie, et mineuse pour lesdites personnes, puisqu'elle m'écrit si apertement. comme votre Éminence pourra voir par son original, que je viens de lire, et verra l'esprit de la femme par la copie d'une autre lettre (pi'elle m'écrivit durant la pénultième fois qu'elle étoit en cette ^lle avec sa maîtresse, de laquelle je pris une copie et lui renvoyai son original, puisque la défiance la faisoit ainsi s'ombrager de moi. Qaoique par sa lettre présente elle ne me prie pas de la lui rendre, si elle venoit à me la redemander, je laisse à juger à votre Éminence si elle doit me la renvoyer. Tant y a. Monseigneur, que mon esprit est parfaitement et entièrement consolé de trois choses : la première est que la source de la division que le diable pou voit semer par cette cabale dans l'esprit de Sa Majesté d'avec votre Éminence est arrachée; la seconde est que le Roy se conserve le plus haut titre de réputation en la sainteté que tout le monde reconnolt en lui, BOUS vos très-sages et très-pieux conseils ; et la troisième est que l'âme de cette petite ne sera plus dans la rébellion à la grâce où ceux qui l'ont plus haïe qu'aimée l'ont posée. A Dieu en soit la ^oire, et la consolation à tous ceux qui l'aiment et le Roy et votre Eminence sans intérêt. J'attends que la marée prophétisée par votre Eminence le premier de ce mois arrive, et me renvoie la petite. J'ai *Çrit ce soir à notre P. Général ce que je mandai hier au soir à ^otre Éminence, laquelle je supplie très-humblement se servir de ^oi comme de son soulier ou botte que l'on enfonce dans la boue,
ûe cherchant que la gloire de Dieu et votre service, etc. »
• Noviciat général, ce 10 mars^ entre neuf et dix da 1G36. »
Ibid.^ fol. 223.
« Monseigneur,
« Je crois grandement contribuer au bien public de ce royaume en divertissant par mes lettres yotre Éminence tout occupée k de grandes affaires, pendant qu*elle abaisse et repose son grand esprit par la lecture des miennes. La gouvernante me dit hier qu'elle étoit venue expressément à Paris pour me parler, et m'eipliquer en particulier la déroute de la cabale, laquelle M. Sanguin a parfaitement bien commencée, et continue, à ce qu'elle m*a raconté, ayant rompa avec la petite ^, en lui parlant en particulier fort froidement et loi riant au nez, laquelle ne voyant pas le jeu, lui disoit : Oh ! je ne sçaarois pas supporter vos in^alités. Et tant plus elle s'en plaignoit, tant plus froid il lui faisoit, et lui faisoit des souris nondialans et dédaigneux. Et après il a rompu net et irréparablement avec Vieux- Pont, ce que j'admire davantage, et la gouvernante aussi, à cause que la liaison avoit été entre eux depuis huit ans. Il a fait bien plus : il a parlé au Roy contre la petite, laquelle est dépitée, et a demandé raison à Sa Majesté. Ledit Sanguin, après avoir frappé et assené son coup, fit un voyage à Paris, pendant lequel on disoit qu'il étoit disgracié; mais il est retourné à Saint-Germain plus résolu et hardi que jamais ; et pendant que le Roy entretient la petite, il s'approche de la Re3me, et en l'absence de la petite il s'approche du Roy. Il lui parle avec réserve et sans familiarité. Il est toujours mal avec M. le Premier >, et ne s'accorde avec lui qu'en un seul point qui est de ruiner la petite proche du Roy, qui auroit déjà chassé ledit sieur Le Premier par trois fois sans votre soutien. Or le bien est en cette affaire que l'on tient communément que votre Éminence n'approuve en aucune manière l'esprit de Sanguin, quoique M. Bouthillier ou M. Ghavigny aient fait trouver bon au Roy qu'il n'étoit à propos de chasser entièrement Sanguin.
« Elle m'a dit encore que Vieux-Pont avoit brouillé et rompu avec
1. Sanguin, maître d'hôtel da Roi, était, avec Saint-Simon, an de ceux qm avaient le plus contribué à attirer l'attention du Roi sur M^e de La Fayette, quand Richelieu voulut par celle-ci combattre M^* de Hautefort. Il saivait alors les instructions de Richelieu ; ici en changeant de conduite il obéissait encore au cardinal.
2. Le premier écuyer, Saint-Simon, toujours dans la main de Richelieu pour donner au Roi une maîtresse ou la lui ôter. Les archives des Affairée étrangères sont remplies de lettres de ce triste personnage à Chavigoy. à Richelieu et à Mazarin, assez bien écrites mais d'une bassesse insupportable»
la petite, que toutes deux le lui avoient dit, celle-ci que tout le monde Tabandonnoit et qu'elle étoit toute seule, et qu*elle avoit bien besoin de prier Dieu, et l'autre qu'elle vouloit se rendre religieuse ; que néantmoins le Boy les avoit un peu raccommodées, quasi quasi (ce sont ses mots ) ; que la petite se faisoit à cette heure de Saint- Michel, et que la tante ^ vouloit promptement marier sa fille', qui ne peut souffrir la petite, afin de la prendre avec soi ; qu'elle la gouverne à présent toute seule et a attiré à soi sa confiance toute entière; que le Roy passionne la petite plus que jamais, et lui parle seul à seule plus souvent et plus longtemps qu'auparavant; que la tante se pique de générosité pour la soutenir en cette conjoncture; qne la maîtresse* est ravie de tout ceci. Elle me dit encore que par cidevant Vieux-Pont avoit rompu la petite avec d'Esche*, disant pour sa raison que d'Esche n'avoit pas l'esprit de faction, et ne seroit capable de consentir à un bon coup; que les plus grandes affaires du royaume se disent, se traitent, et se ballottent parmi les filles, où elle, à savoir la gouvernante, peut rendre des grands services à votre Éminence, laquelle je savois bien que je la récréerois par le récit de ces petites particularités.
t En descendant de chez la gouvernante je fus voir la grand' mère^^ qui se sent extrêmement obligée à votre Éminence du soin qu'elle a en d'elle en sa dernière maladie, et tellement qu'elle se veut jeter entièrement entre vos bras. Elle me dit qu'un grand et intime ami de Tonde lui avoit dit que ledit oncle * n'espéroit pas moins qu'un chapeau par le moyen de la petite, qu'il étoit grandement entreprenant. C'est tout ce que j'ai cru être digne d'étré écrit à votre Éminence, pour la santé et prospérité de laquelle étant en continuelles prières, je demeure à jamais, etc.
c De votre Noviciat général, ce 12 mars 1636. >
Archives des Affaires étrangères, France^ tome LXXVIII, fol. 271 , 2 avril 1636. Le couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques allait mal. Il y fallait mettre la réforme. Le P. Carré n'avait pas l'autorité nécessaire pour cela. Les religieux ne le respectaient pas assez, et malgré tous ses efibrts, Richelieu reconnut qu'il ne pouvait le sou* teoir. Il l'écrit au P. Général à Rome :