De la part du Aoi
que, par une rencontre heureuse, il s'est trouvé auprès de M"* la marquise en un temps où elle a eu besoin de conseil ; il le lui a donné, Monsieur, conforme aux avis de tous ses amis et à la pra-< tique ordinaire. Nous sommes maintenant sur Texécation, dont le principal ne dépendant ni de la conduite de M. votre neveu, j'entends celui que je sers ici*, ni de mes soins, mais des bontés de M. le cardinal pour lui, je ne sais que vous en mander encore. Il est question de voir son Éminence et de lui protester ce qu'on lui doit et veut rendre, honneur, service, obéissance et respect; c'est de quoi il s*agit. Monsieur, et à quoi je ne sais s'il sera reçu. M. Bouthillier lui a promis de le savoir et de l'en informer demain on lundi. Je vous manderai. Dieu aidant, 'la réponse et le succès, et cependant que celui du voyage de Saint-Germain a été très-heareux selon les apparences. Le Roi le vit d'assez bon œil, et la Reine avec tant de démonstrations de bienveillance qu'il a tout sujet de s'en louer. La maison l'imita parfaitement, et chacun à l'envi lui fit mille caresses. Les amours ne vont pas mieux que de coutume en ce pays-là, au contraire, dit-on, de mal en pis, ce qui afflige la seconde personne* qui, après la perte qu'elle a faite, voudroit bien s'en conserver une qu'elle croit à elle et qui est l'unique du sexe considérable de qui elle s'assure '. Le bruit est qu'à peine lui en laisserat-on de l'un ni de l'autre, et qu'on est sur le point de faire encore de nouveaux écarts^. A eux le dé. Si les plus tôt partis doivent revenir les premiers, nous avons l'avantage. Je souhaite moins celui-là, je le dis sincèrement, que l'honneur de vos bonnes grâces et celui d'être cru de vous, etc. »
Ibid., t. LXXXVin, vers la fin du volume.
La Brosse à M. de Limoges.
« M. le marquis (de Sénecé) attend le moment de faire sa révérence à Monseigneur le cardinal, son Éminence ayant témoigné à M. Bouthillier qu'elle l'auroit agréable. Peut-être sera-t-il quitte d'un si juste devoir aujourd'hui. Gela étant. Monsieur, je rajouterai à la marge de celle-ci. En attendant de savoir le succès de la visite
1. Cela est fort clair; il s'agit évidemment du fils de M»« de Sénecé. Ainsi la marquise, tout en travaillant contre Richelieu, se ménageait avec loi. BUe joua plus tard le même jeu avec Mazarin.
2. La seconde personne dont il vient de parler, c'est-à-dire la Reine. 8. M>« de Hautefort.
4. Présage de la disgrâce de Mx de Hautefort et du renouvellement deb maison de la Reine.
qull lui a faite, Je vous dirai que Riquetti, exempt des gardes du corps, fut, il y a quelques Jours, de la part du Roi, déclarer à M. le comte de Tresmes que Sa Majesté vouloit que dans ce carnaval le marquiç de Gesvres fût marié avec M°** de Hautefort ou une autre personne que bon lui sembleroit, ajoutant que s*il pensoit éviter Teiécution du commandement en sortant du royaume. Ton confis* queroit en ce cas son bien et sa charge. Je ne sais quelle fut la réponse, mais bien, selon le bruit commun, que M. de Tresmes incontinent prit la route de Ruel. Le temps nous apprendra Tévénement d*une aventure qui semble étrange à tout le monde i. M. le marquis a vu M. le cardinal, auquel il a dit qu'il s*estimoit heureux de pouvoir lui faire offre de ses très-humbles services, et d'avoir eu permission de s'acquitter de ce devoir suivant son inclination et ses souhaits, ou quelque semblable compliment. La réponse a été : Vous m'avez obligé. Puis, le prenant par la main et se tournant aaprés de la cheminée : Monsieur, il s'est passé des choses où vous n'avez point trempé et que la qualité de fils vous empêche de blâmer. Sar cela, M. votre neveu lui a protesté l'innocence de M"** sa mère à l'égard de son Éminence qui a répliqué : Je ne parle pas pour moi, Monsieur. Et conclut en ces mots : « Je témoignerai au Roi ce que vous valez et l'affection que vous avez pour son service. h suis votre serviteur. » Voilà, Monsieur, comment l'afifaire s'est passée, etc. »
iBiD., t. LXXXXI, fol. 16.
M. de Limoges au chevalier de La Fayette, à Paris.
« De Limoges, 25 janvier 1839.
« Je dois vous informer que le sieur Rogier, fermier du bureau des postes, à Paris, cousin et correspondant de celui qui est mon ami et porte le même nom en cette ville, par le moyen et avis de son associé qui loge avec lui audit bureau, a écrit audit Rogier de cette ville par ce dernier ordinaire, qu'ils sont avertis de bonne part qu'on travaille à surprendre mes paquets qu'on sait qu'ils reçoivent, et qu'on les sollicite pour les remettre à ceux qui les veulent voir. Je vous donne cet avis et à vos amis, etc. »
Ibu>., fol. 192.
M"« Andrieu à M"»« de Sénecê, 9« avril 1639.
« Je crois que vous aurez pu connoltre par ma dernière que Je Q'ai pas manqué de me donner l'honneur de vous faire savoir des
1. Sar cette cnriease aventure, voyez plus haat^ chap. III, p. 62 et sniv., et plus has, note quatrième, p. 358, 801 et 88Sw
nouvelles de cette cour, et particulièrement de celles de la Reine et de Monseigneur le Dauphin, dont la santé continue toujours au point que Ton leur peut souhaiter. Ce petit prince est si gros et si fort que, si ce n'étoient ses galles, on ne pourroit plus le tenir emmaillotté; Ton ne parle de rhabiller que sur la fin du mois qui vient; mais je ne crois pas qu*il puisse attendre ce temps-là. La Reine ne Tabandondts guère ; elle prend grand plaisir à le faire jouer et à le mener promener dans son carrosse, quand il fait beau ; c'est toat son divertissement ; aussi n*y en a-t-il point d'autres dans la cour, et je vous puis assurer, Madame, qu'ils ne sont pas augmentés depuis votre départ. Sa Majesté a vu votre lettre et m*a témoigné en être extrêmement satisfaite. Elle me commanda de vous faire ses recommandations et vous dire, Madame, qu'elle ne manquera jamais aux choses qu'elle vous a promises. Elle me parla hier soir longtemps de vous, étant en peine de quelque démêlé que Ton lai avoit dit avoir été entre Monsieur votre fils et vous. Je l'assurai du contraire, et que j'avois toujours connu dans tous ses sentimens beaocoup d'obéissance et de soumission pour vous, et même la dernière fois que j'ai eu l'honneur de le voir ici, me témoignant une extrême joie de vous aller trouver, n'y ayant rien dans la cour qui l'en pût divertir d'un moment. Ce discours. Madame, a été pour détromper la Reine, le sachant trop Inutile pour vous, quoique très-véritable, croyant bien que ce seroit vous faire tort que d'avoir la pensée qae vous puissiez douter de la bonté naturelle de Monsieur votre flls, lequel est dans une estime incroyable de tout ce qui est dans la cour. Je crois qu'il vous aura dit comme M. de Brassac est soiintendant de la maison de la Reine, et M. Le Gras intendant Je ne sais si je me trompe ; mais je n'espère pas que la maison en aille mieux. Pourvu qu'il puisse faire l'affaire de ses marchands, où vous êtes embarrassée, je me contente, n'en ayant jamais pu veolr à bout du temps de M. de Bullion. S'il y a encore quelque chose qui vous soit dû dans cette maison^ vous n'avez qu'à me faire Thooneur de me le mander, je tâcherai à m'acquitter le mieux quil ne sera possible de cette commission, comme de toutes les choses quil vous plaira me commander le reste de ma vie. Le pauvre François Coquet 1 est parti d'ici il y a trois jours, fort mal content de U cour, La Chesnaye * lui ayant fait espérer qu'il pourroit avoir une pension du Roi, et même que le Roi lui avoit témoigné qu'il seroit bien aise que ce fût M"** de Hautefort qui lui demandât, ce qui ne se trouva pas difficile à cause de l'amitié qu'elle a pour lui, et à quoi
1. Sur ce penonnage ignoré, voyez, dans U note qui suit, les Lettres ^ mile de Chémerault, p. 357 et 358.
2. Valet de chambre du Roi. Yoyes plus bas, p. 853, 367 et soiv.
elle De manqua pas dès le soir. Hais elle trouva le Roi tout contraire à ce qu*on lui avoit fait croire, disant qu'il n'avoit jamais eu dessein de donner pension à Coquet, que c*étoit un homme qui ne lui pouvoit de rien, et d'autres choses assez désobligeantes, niant abso« lument qu'il en eût jamais parlé à La Chesnaye ni oui parler. Il le fit venir exprès de Paris, lequel a désavoué qu'il eût dit à Coquet que le Roi lui en eût parlé, mais bien qu'il lui avoit conseillé d'en parler lui-même au Roi. Il se trouve que le Roi le croit, et M"*" de Hautefort croit Coquet. Cela a mis un peu de trouble dans leur conversation ordinaire, et a fait faire un voyage au Roi de deux jours à Versailles, et il est de retour d'hier. Je pense qu'ils se sont remis. Il n'y a que ce pauvre Coquet qui est demeuré bien mal satisfait de son voyage, et fort mal avec La Chesnaye. Tout le monde le plaint fort; tout cela n'a pas été fait sans dessein, à ce que tout le monde croit. MM™'* de La Flotte et Hautefort sont vos servantes trèshumbles, et TOUS remercient de l'honneur de votre souvenir. Mes compagnes et M*'* de Jussy vous assurent de leur très-humble service, et sont ravies que vous leur fassiez l'honneur de vous souvenir d'elles, et moi particulièrement, Madame, de la bonté que vous avez pour moi par le soin qu'il vous plaît de prendre de ma santé qui ne 86 peut dire ni bonne ni mauvaise. Je veux me persuader que vous me ferez l'honneur, si vous demeurez quelque temps à Milly, de me permettre de vous y aller trouver. Je crois qu'il n'y a pas de médecine pour mon mal capable de le guérir comme ce voyage-là. Je vous demande cette grâce. Madame, par tout ce que vous aimez le plus, et que vous me fassiez l'honneur de me croire toujours
« Votre très-humble et très-obéissante et fidèle servante,
« Andribu. »
Eu terminant toutes œs citations, nous demandons grâce pour une note aussi longue, et nous faisons des vœux pour qu*un historien, digne de ce nom, recueillant et mettant en œuvre les nombreux matériaux amassés ici un peu confusément, en tire une vie fidèle de M"* de La Fayette, où il mette la gloire de son art à représenter les faits avérés et certains sans y ajouter de vaines conjectures mille fois au-dessous de la réalité, et fasse paraître les choses humaines telles qu'elles sortent du sein de l'humanité : partout d'incroyables mélanges de bien
et de mal, quelques rayons de grandeur avec beaucoup d'ombres et de misères ; ici un Roi infortuné périssant d'ennui sur le premier trône du monde, mélancolique et bizarre comme Hamlet, se tourmentant lui-même et tourmentant les autres, ne trouvant au fond de ses af^ fections les plus sincères que trouble et amertume, n'ayant été aimé qu'une fois comme il voulait l'être, sans avoir su garder l'objet de son amour, constamment trahi par sa mère, par sa femme, par son frère, opprimé par le seul homme en qui il eût confiance, qu'il admirait et qu'il n'aimait pas, jeune encore et toujours malade et mourant, et dans l'excès de son incurable tristesse formant le projet de déposer la couronne et d'aller finir ses jours dans un cloître ; là un ministre ambitieux, grand homme d'État doublé d'un intrigant et d'un mauvais prêtre, non-seulement brisant sans pitié tout ce qui lui fait obstacle, mais ne rougissant pas de descendre aux manœuvres les plus honteuses; d'autre part d'honnêtes gens, un digne évêque, un jésuite vertueux et courageux, une femme de la considération la mieux méritée, laissant pénétrer dans leur âme, avec une indignation sincère et généreuse, des pensées intéressées, se permettant un double jeu, de petites ruses et de petits complots; enfin au milieu de tout cela, une noble jeune fille, aimant Dieu par-dessus tout, mais aimant aussi Louis XIII, sans la moindre ambition personnelle, mais cédant un peu à l'ambition des siens, entrant dans un combat inégal contre le plus grand politique du siècle sans autre appui que l'incertaine affection d'un Roi, mais parce qu'elle se connaît une ressource suprême que personne ne lui peut enlever; se soutenant quelque temps pure et sans tache parmi les agitations de l'intrigue la plus compliquée et les ardeurs contagieuses de la passion toujours croissante de Louis XIII, puis bientôt s'ef-
frayant des sentiments qu'elle inspire et de ceux qu'elle éprouve, et se sentant de toutes parts environnée de pièges et de périls, abandonnant la cour et se réfugiant dans un couvent pour y trouver au moins la paix, mais y portant avec elle un cœur sensible et fier qui bat longtemps encore avant de mourir aux choses de la terre et de se donner à Dieu sans partage et sans retour.