Cest M»* de Maline qui parle
2. Richelieu avait raccommodé MU< de Chémerault avec le Roi, aaprôs duquel l'odieuse créature, servie par une grande beauté et beaucoup d'esprit, cherchait à se pousser elle-même, comme on le voit dans quelques endroits des lettres que notis publierons après celles-ci.
de se retirer. Si cela est, elle a exhorté le bon Ange de faire ce que VAuror» feroit, et l'a piquée de générosité, disant qu*elle est obligée de n'abandonner pas son amie. Elles sont toujours en conférence avec Chambiay i, lequel dit que YOracle la joue auprès de Céphale. Le bon Ange dit n'avoir point connaissance de ce qu'ils font ; mais il croit qu'ils trament quelque intrigue. VAurore dit au bon Ange que Céphale dit mille maux de lui, et qu'il Ini donne à dos* aussi bien qu'à elle, et que c'est Pluton qui en est la cause. Le bon Ange supplie trèS'humblement VOr<icle de n'ajouter point foi aux malices de Pluton, et de croire que Jamais personne n'aura plus de fidélité et d'afTection pour son service que lui. VAurore lui a dit aussi qu'un homme de condition l'a assuré que l'Oracle, parlant d'elle, lui a dit : j'aime trop Céphale pour désirer qu'il revoie VAurore; cela préjudicie trop à sa santé, et elle feroit bien mieux de se retirer d'elle-même. Elle m'a assuré que M*"* de La Ville-aux-Glercs* étoit espion de Procris, et tout ce qu'elle apprend de chez Vénus elle lui redit. Elles ont fait mille pièces sur M. de La Meilleraie.
« Le bon Ange me vint voir la veille de Noél et me dit que Céphale l'avoit entretenue le soir devant Procris et VAurore, Elles en furent en peine, et Procris lui dit : je sais bien que vous êtes l'espion de VOracle; mais soyez assurée que si Je le découvre jamais, rien ne fut si mal traité qiie vous le serez. Je sais que je le découvrirai^ et voici Pastor Fido qui m'en apprendra quelque chose. Le bon Ange lui dit : Je défie VOracle et tous les siens de pouvoir dire cela. Depuis elle s'est attachée près de Procris et de VAurore, pour les ôter de soupçon, afin d'avoir plus de moyens de servir 1 Oracle. Et le bon Ange y est si fort que Céphale lui en veut mal pour l'avoir vu rire avec VAurore. Le soir avant qu'il en partit, il étoit si en colère qu'il s'en prit à Procris, laquelle fut si en peine de sa méchante humeur qu'elle envoya quérir le Pastor Fido pour la rassurer et pour lui conter cela. Le bon Ange donne avis au Pastor Fido de ne les voir guères en l'absence de Céphale, s'il ne veut s'en.trouvei mal. Procris a conseillé à VAurore d'aller voir VOracle, pour voir si elle pourra découvrir ceux qui lui ont rendu ce mauvais office. Procris et VAurore dirent au bon Ange que nul n'a su leur senti* ment que lui. Le bon Ange a dit qu'il étoit ravi qu'elles s'en éclair-
\ 1. Montalais, siear de Chambelai, ami et parent de M"« de Hautefort. I Voyez plus haut, chap. I«, p. 29; chap. Y, p. 117, 118 et 134, et plus bas, I note cinquième.
S. Donner à dosj pour charger, frapper, dire du mal. L'édition de 1665, qui souvent change à tort les vieilles et bonnes leçons de l'édition de 1649, met ici : lui tovarM It dos. Nos deux manuscrits s'accordent avec l'édition de 3. !£■• de Brienne, amie particulière de la Reine.
cissent avec VOracle» Il {VOracle) sera très-hamblemént sapplié de tenir le secret, et sera assuré que le bon Ange ne lui manquera Jamais d'afitection et de fidélité. Procris lui a conseillé aussi (à VAurore) de faire sa paix avec CéphcUe, soudain qu'il sera de retour, il. à quelque prix que ce soit. Quand Céphale ne la regarderoit pas, elle
i' lui parlera avec tant de bonté qu'elle croit le faire revenir.
{ « J*ai été si malade depuis votre absence, que, quoique le bon
Ange m*ait écrit deux fois de venir vous voir, Je ne l'ai pui. Je voos prie d*asBurer VOracle de sa fidélité. Procris a mandé an bon Angt qu'elle avoit parlé de lui à VOracle, et qu'il lui avoit promis qall lui feroit bailler les dix mille écus, qu'elle avoit résolu de faire ce Jour-là la paix avec VOracle, mais elle crut que VOracle avoit résolo de la picoter. Elle meurt d'envie de se mettre bien avec l'Oracle. Il y a longtemps que sans VAurore et la CélesHne, VOracle en eût eo satisfaction. Procris a su que le bon Ange avoit écrit à YOrade, Elle Ta approuvé. M™* Blaline supplie très-humblement son Émioence, de lui faire cette grâce, de témoigner à H. d'Espenan* qu'il désire qu'il parachève l'affaire qu'il commença l'année passée touchant ladite dame, et sera supplié de le bien traiter. »
Lettre à M. Des Roches. Il y a sur le dos de la lettre , écrit de 11 main de M. le Cardinal : Lettre de mademoisdle de Chémerault, à garder, du mois de may 4640,
« Monsieur, sans mon indisposition, J'irois moi-même pour ?oafl prier d'assurer Monsieur de la continuation de mes très-humbles services, et pour vous dire que ProcHs est dans de grands ressentimens contre VOracle de la dernière action qui s'est passée touchant le bon Ange, Elle dit qu'elle la considère moins qu'une 8e^ vante, et que, quand Céphale lui dit de lui aller parler, il (le bo» Ange) se moqua de Procris, et lui rendit de mauvais offices près de Céphale, lui disant qu'elle lui sauteroit aux yeux. Elle croit que c'est VOracle seul qui l'a voulu désobliger dans ce rencontre par sa nièce (M™* d'Aiguillon). Il n'y a point d'occasion où il lui paisse témoigner son mépris, qu'il ne le fasse jusques à ne lui point dire adieu. Elle attendoit toute autre chose de l'Oracle. Elle fulmine tout à bon. La passion que J'ai pour le service de VOracle ne me permet
1. Cette phrase manque dans l'édition de 1649. Celle de 1665 donne la leçon ■nivante, qui est absurde : c J*ai été malade depuis votre absence, qaoiqiae le bon ange m'ait écrit deux fois de vous voir et que je ne l'aye pu. > Nom avons suivi nos deux manuscrits.
S. édition de 1649 : à*Espeirnon, L'édition de 1665 et les deux manuscrits ; d'Espenan, Nous allons voir dans ces lettres reparaître le nom de d'Bspenio. Ce d*Bspenan-li est-il le militaire distingué qui commandait le centre, le corps de bataille à Rocroj ?
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pas de lui rien celer. Je vous prie de l*ea assurer, et que jamais per* Bonne ne le servira avec plus de fidélité que moi. Je prierai Dieu pour sa conservation. »
« Le 1 bon Ange m*a dit que V Aurore lui avoit dit que soudain qu*elle fut arrivée ici, VOracle renvoya chercher pour lui parler du tout confidemment, et lui donner ordre de ce qu'elle devoit faire pour se maintenir près de Céphàle, Il lui dit que CéphaXe lui avoit témoigné qa*il vouloit qu'elle eût un confident. Elle assura le bon Ange que VOracle vouloit retenir Pluton dans ce commerce. VAU' rore lui dit aussi que VOrcxle ne cesse de lui rendre de mauvais oflices, et qu'il a dit à Céphaie que cela n'étoit pas séant que Cocquet* allât dans leur carrosse, et beaucoup d'autres choses contre Cocquet, que Céphaie lui a dit et défendu d'en parler: car le bon Ange croit que c'est Pluton qui lui a fait mauvais office près de Céphaie, sachant qu'il est l'ami du bon Ange, lequel supplie trèshumblement VOracle, s'il ne veut point que Cocquet aille à la cour, de lui faire savoir. Le bon Ange l'en empêchera adroitement, comme il a fait ce voyage. Pluton a dit qu'il avoit dit à VOracle : Je vois bien que V Aurore et le bon Ange me veulent perdre près de Céphaie, mais j'aime mieux me retirer. VOracle lui répondit qu'il ne se mit point en peine, qu'il périroit avec lui, et il se vante de beaucoup de choses, même qu'il lui vouloit donner la charge de Cinq-Mari. Le bon Ange n'ose dire à VOracle ce qui en est, de peur qu'il crût que son ressentiment le fait agir'. Hais il le supplie de ne s'y fier que de bonne sorte, et qu'il ne lui donne point de l'avantage, étant bien assuré qull ne l'aime point et qu'il ne le sert que pour le détruire s'il pouvoit. »
« Monsieur, la mort d'une mienne parente m*empèche d'avoir l'honneur de vous voir, et vous dire des nouvelles du bon Ange, Je vous envoie la lettre qu'elle m*a envoyée aujourd'hui. Vous en ferez ce qu'il vous plaira, et me croirez, Monsieur, etc. »
a Monsieur, j'ai vu le bon Ange, qui m'a dit que depuis sa lettre il ne s'est passé que des assurances que Céphaie donne à VAurore de son affection et fidélité, lui promettant, quoi qu'elle puisse dire contre VOracle, qu'il ne lui en diroit rien, et qu'il ne promettoit cela à personne du monde, et que c'étoit l'effet de l'amour qu'il avoit pour elle. Le lendemain Céphàle écrivit à VOracle. Il avoit la lettre dans ses mains. L'ilurore la lui arracha, et la lut. Elle dit au bm Ange qu'elle y croyoit trouver autre chose, et qu'elle avoit peur que
1. Ici recommeDcent les lettres de M** de Maline, eo 1088 et 1639. S. François Coquet Voyez plus haat, note troisième, p. 848, 849. 8. Bn efifot, on verra plos bas, dans les lettres de La Chesoaye, qu'il connaissait et méprisait M"* de Chémerault.
Céphale ne lui tint pas parole. Le bon Ange supplie très-humblement VOracle de croire qu*il le tiendra averti de tout ce qui se passera, et lui rend mille gr&ces de toutes ses bontés. Elle ne désire du bien que de sa main et implore son assistance et pouvoir pour remettre Cocquet, que la malice de PluUm a ruiné près de aphaht pour Tamour d'elle, ^assurance qu'elle a eue par moi, que YOracû n*ayoit pas d'aversion pour ledit Cocquet, lui fait prendre cette liberté de supplier très-humblement VOrach de lui faire cette gr&ce.
« Ayant envoyé vers le bon Ange, elle m'a mandé qu'il étoit vrai que Céphale avoit été fort mélancolique sur les affaires de sa sœuri; mais qu'elle ne croit pas qu'il s'en prit à VOracle, quoique Proeris et VAurore ne manqueroient pas de lui rendre de mauvais offices, si elles ' pouroient. L'une est enragée , de quoi on lui dit que VOracle s'alloit faire déclarer régent. Elle n'a pas encore allégué son auteur. Et l'autre dit qu'elle le hait, et qu'il veut marier le marquis de Gèvres avec la Jeune fille de la marquise de Toussy*.
« VAurore a été un peu brouillée avec Céphale. Ils se sont raccommodés sans tiers, et le bon Ange ne peut répondre de leur conversation. L'Aurore s'en éloigne autant qu'il est possible. Quoi qne ce soit, Céphale a grande amitié pour le bon Ange, lequel supplie très-humblement VOracle de croire qu'elle ne lui cèlera rien de ce qui le pourra intéresser, et le supplie d'avoir pitié de Cocquet sasnommé. »
« A monsieur de Noyers.
« Citron^ l'alné est en très-mauvaise intelligence avec Procris et VAurore, Et même l'année passée* il lui donna des oranges, et pour la religieuse éloignée et pour d'autres rencontres dont elle a besoin, et il en a fait donner à trois ou quatre, dont elle (H™* do
1. s'agit-il des affaires de la duchesse de Savoie , ou de celles de la reioe d'Angleterre ?
2. L'édition de 1665 : Jussy, qui est bien le nom d'une personne de lacoar et fille d'honneur de la Reine, mais qui n'était pas de condition à prétendre à un mariage avec le marquis de Oèvres. Les deux manuscrits de l'Arsenal «ronnent avec raison : Toussy. Il s'agit sans doute de cette belle M"* de Toussy, que Condé aima un moment, et qui devint la maréchale de La Mothe- Houdancourt. Ce précieux passage, qui manque dans l'édition de 1649, acbèrs et complète le renseignement qui va suivre sur le msffiage un moment projeté entre Mmt de Hantefort et le marquis de Gèvres.
8. L'un de nos deux manuscrits avertit que Citron c'est Det Rodies. é. Le reste de ce paragraphe n'a aucune suite. U faut qu'il y ait ici quelqas lacune ou quelque transposition.
Valine) ne sait le nom, et lui en donne en toutes rencontres^ et lui fait bailler la gratification promise, parce qu'il lui a laissé force commissions. 11 a voulu aussi donner de l'argent à VAurore, pour acheter une maison à Saint-Germain-en-Laye. Il n'y a que le bon Âng€ et VAurore qui sachent tout ce que dessus.
« UAurore yeut remettre la Célestine qui est très-parfaitement en intelligence avec le petit bonhomme Citron, et ne bouge d'avec sa belle-fille.
« Je viens de voir le bon Ange qui m'a dit que VAurore est mal satisfaite de VOracle^, Il ne veut rien faire de ce qu'elle lui a demandé. Il lui a refusé la survivance de la charge de M. de Souvré pour son fils. Elle dit que c'est VOracle qui rend Céphale de mauvaise humeur quand il vent. Elle n'a pu s'empêcher de témoigner son ressentiment, et de dire que Céphale s'y attache d'affection, et de crainte pour VOracle, qu'il renoncera à tout pour lui plaire. Le bon Ange lui dit qu'elle ne se sauroit empêcher de lui dire qu'elle avoit plus de foiblesse que toutes les personnes du monde, qu'elle lui avoit témoigné tant de bonne volonté pour VOracle et qu'il l'avoit tant obligée près de Céphale qu'elle trouvoit étrange ce changement. Elle dit qu'od porte Cépliale à faire le voyage*, que c'est pour l'éloigner' d'elle. Céphale a reproché à VAurore qu'elle avoit dit un secret qu'il n'avoit dit qu'à elle en toute confiance, et qu'il lui avoit défendu d'en parler à personne, ni à ProcHs, et qu'elle n'avoit pas laissé de le dire, VOracle le lui ayant dit mot à mot, et qu'il lui avoit cette obligation qu'il ne lui celoit rien.
« Procris, VAurore et Ghamblay sont dans une étroite confidence. Il ne voit* point Céphale, Il arrive tous les jours à dix heures du soir pour conférer avec VAurore et Procris, et s'en retourne de bon matin. Le bon Ange dît qu'il a l'esprit excellent et hardi, qu'il a fait plusieurs voyages Tan passé pour Procris du temps du Valde-Gr&ce.
a Procris se plaint de la Baleine, disant qu'elle ne peut pas souffrir personne de ses nourrices, qu'elle avoit querellé avec celle qui est à présent, si fort qu'elle s'en voiuloit aller plaindre à Céphale, que s'il mesarrivoit à son fils elle en seroit la cause. Le bon Ange est fort bien traité de Céphale, Il lui a donné un bénéfice pour, son
1. Les deqx manafcrits : VOracle; rédition de 1665 : Céphale,
2. Ceci est de ranoée 1689, quand le Roi a*e^ alla en Picardie avec le cardinal et Cinq-Mars. Voyez, plus bas, la lettre du P. Carré, du 13 juillet
8. Cest la bonne legon donnée par les manuscrits, tandis que l'édition de ! 665 met à tort : s'éloigner. ^