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vance de la place de dame d'atours qu'occupait sa grand' mère, avec le titre de Madame qui la distinguait et la relevait parmi ses jeunes compagnes; on lui fit aussi cadeau du droit de péage du pont de Neuilly dont la construction était mise à sa charge; et quand la grossesse de la reine Anne fut déclarée, au milieu de l'année 1638, M"« de La Flotte la poussa à demander pour elle l'emploi très-recherché de gouvernante des enfants de France, qui lui fut refusé et donné à une parente de Richelieu, M"® de Lansac. Nous l'avons dit nous-méme : M"« de Hautefort était fière et généreuse, mais non pas sans ambition; elle aimait la magnificence et la grandeur ; elle ne haïssait pas la fortune pour elle et pour sa famille, et cela même donne encore plus de prix à son dévouement et à ses sacrifices. Anne d'Autriche, sortie à grand'peine de l'immense danger qu'elle venait de courir dans l'affaire de La Porte, ménageait le Roi et Richelieu, et recommandait à sa jeune amie de suivre son exemple. Et puis, de quoi s'agissait-il? Du commerce le plus pur et d'une galanterie entièrement platonique. Louis XIII, n'aimant pas sa femme et n'en étant pas aimé, ne pouvait se passer d'une affection chaste et tendre où il soulageât son cœur ; et ce besoin tout spirituel était en lui si fort que, s'il n'était satisfait, le Roi tombait dans une mélancolie profonde, qui troublait son esprit et jusqu'à sa santé. Le Roi malade, les mécontents reprenaient courage, et se jetaient dans de nouvelles entreprises. Aussi le cardinal avait-il reconnu de bonne heure qu'il y avait là une nécessité impérieuse à laquelle il se devait résigner; et puisqu'il fallait au Roi un favori ou une favorite, il aimait beaucoup mieux une favorite, et tâchait seulement de la mettre dans ses intérêts. Il se prêta donc au nouveau commerce de Louis Xlil et de M"^ de Hautefort; il se fit le confident du Roi, entra
dans ses joies et dans ses déplaisirs, accepta le rôle d'arbitre dans les différends qui s'élevaient sans cesse entre les deux amants, et plus d'une fois prit soin de les raccommoder, en attendant que la politique lui commandât de les brouiller et de les séparer à jamais. Au milieu de toutes les grandes affaires intérieures et extérieures qu'il avait sur les bras, celle-là n'était pas la moindre. Elle l'occupait sans relâche. 11 disposait de M°® de La Flotte par le P. Carré, son directeur spirituel et temporel; il connaissait les moindres actions et les pensées les plus secrètes de M"»® de Hautefort par M"«de Chémerault, M"« de Pontbriant, et d'autres femmes de l'intérieur de la Reine. Auprès du Roi, il avait à ses gages le domestique familier du moment, La Chesnaye, qui, dans cette liaison de Louis avec M"® de Hautefort, faisait l'office de Boisenval dans la précédente liaison avec M"* de La Fayette. Les ministres eux-mêmes prenaient part à cette tâche. C'est à de Noyers , intendant des bâtiments de la couronne et faisant fonction de ministre de la guerre, qu'étaient adressés, pour être transmis au cardinal, les rapports de M"® de Chémerault et de M"»* de Maline; et lorsque Richelieu quittait Paris comme il le faisait très-souvent pour aller à l'armée, Bullion et Chavigny, chargés de lui rendre compte de ce qui se passait à la cour et auprès de Louis XllI, ne lui envoyaient pas une dépêche sans lui dire où en étaient les amours ; lui-même ne manquait pas d'écrire au Roi sur ce sujet important. Cette curieuse correspondance, qui n'a jamais vu le jour et que nul historien n'a consultée, est aux Archives des Affaires étrangères. Les divers agents de Richelieu y montrent chacun leur différent caractère. Le prêtre y est vigilant, sans distraction et sans scrupule, tout entier au service du cardinal, et dans ses jugements et ses propositions claiivoyant et
mpitoyable. Il n'est pas dupe des apparences ; il reconnaît très-bien que M"® de Hautefort, malgré son intérêt manifeste et malgré les conseils de sa grand*mère, n'appartient réellement et n'appartiendra jamais qu'à la Reine. La Ghesnaye est sans passions et assez honnête. Il connaît toute la faiblesse de Louis XIII, nous la découvre et la met à nu jusqu'à nous inspirer une compassion profonde pour ce roi bizarre et malheureux. Il juge bien M"* de Hautefort, et, comme M"« de Chéraerault ne peut se défendre de lui vouloir du bien ; ainsi La Ghesnaye ne dissimule pas son estime pour elle et ne lui reproche que « certaines fantaisies de générosité. » Chavigny va encore plus loin : il était amoureux de M'"" de Hautefort^. Il fit tout au monde pour concilier sa passion et son devoir, et attirer la belle dame d'atours du côté du cardinal. Il la ménage extrêmement dans ses lettres, et il ne l'abandonne qu'avec une douleur marquée, confessant sa faiblesse, etdéclarant qu'après cette aventure il renonce à tout ce qui n'est pas le service de l'État. Pour Bullion, il a l'impartialité de l'indifférence, et se borne à écrire véridiquement au premier ministre ce qu'il a vu ou entendu.
Maintenant que le lecteur connaît le fond de la situation, ainsi que les fonctions et le caractère des différents personnages, nous allons faire passer sous ses yeux les principales pièces de la correspondance que nous avons retrouvée, en commençant par les lettres de La Ghesnaye, parce qu'elles tiennent étroitement à celles de M^ de Chémerault que nous venons de reproduire. On y verra la confirmation de ce que nous avons dit, que M"® de Ghémerault ne demandait pas mieux que de prendre la place de son amie auprès du Roi et qu'elle
1. C'est ce qae déjà nous apprenait 1a pieuse biographie de M"* de Ha liefoTt Voyez plas baat, page 150.
travaillait un peu pour son propre compte en contribuant à brouiller les deux amants ; on y verra encore que le Roi se prêtait fort bien à ce jeu, et feignait d*être touché de la beauté de M"« de Chémerault pour donner de la jalousie à M"« de Hautefort, et qu'une heure à peine écoulée, il allait se jeter aux genoux de celle-ci et lui demander pardon.
Archives des Affaires étrangères, Frange, t. LXXXVIU, fol. 99»
« La Cbesnaye à M. de Ballion, da 17 jaiUet 1638.
« Je n*ai point été à Ruel, son Éminence étant venue ici, qui a parlé à la Dame (M*"* de Hautefort), et M. de Ghavigny plus particulièrement. Ayant su absolument les sentimens de son Éminence, elle se déporte des prétentions qu'elle avoit pour sa grand*mère<; cela la touche un peu dans la croyance qu'elle avoit qu'elle viendroit à bout de son dessein, sur la réponse que son Éminence avoit faite à sa confidente*; mais elle connoit qu'elle auroit encore mieux fait de suivre vos conseils. Toutefois elle a toujours dit que, pourvu qu'elle sût assurément les volontés de son Éminence, elle n'en auroit point d'autres, et m'avoit chargé do l'en assurer de sa part sur ce que je lui avois dit de la vôtre.
« L'on ne fait pas toujours d'abord ce que l'on veut des esprits des femmes et des filles. Je vous avoue qu'elle m'a un peu embarrassé au commencement sur certaines fantaisies de générosité qu'elle a, dont nous serions fort heureux qu'elle fût défaite; mais le fond en est bon, et elle ne se départira jamais des intérêts de ceux à qui elle est obligée; ou bien, je serois bien trompé.
(( Son homme l'a vue sur le sujet de son pont \ Je lui ai dit avec quelle affection vous en avez parlé ; de quoi elle est bien contente
1. Pour laquelle elle avait demandé la place de goayemante des tn£uils de France.