‹ Madame de HautefortChapitre 151 sur 182 · LA POLICE DE MAZARIN ET M»»« DE HAUTEFORT · texte numérisé non relu

LA POLICE DE MAZARIN ET M»»« DE HAUTEFORT

Mazarin hérita de Richelieu le goût et le génie de la police ; il conserva tous ceux de ses agents qui n'étaient pas trop compromis, même le P. Carré, qui lui écrivadl encore de temps en temps pour lui transmettre des renseignements utiles, par exemple au milieu de la conspi* ration de Beaufort, comme on le peut voir dans Madaiœ Dt: Chevreuse, Appendice, p. 510. Les carnets sont rem-

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plis de soupçons et d'indices que nous avons recueillis et cités, et qui sont évidemment empruntés à des rapports de police haute et basse. Nous avons déjà donné quelques lignes du rapport suivant qu'il nous semble utile de reproduire tout entier. Il se compose de trois pièces de mains différentes et écrites sur des papiers différents. Ici, comme dans les lettres de M"® de Chémerault, un espion transmet les observations faites par un autre espion appelé VOracle.

Archives des Aflfaires étrangères, Fbance, t. CXXXXm, fol. 142. « Touchant la conduite de Af*n« de Hautefort, $8 octobre 46^,

« La dame d'atours n*a couché au Palais-Royal mercredi comme Sa Majesté, ains en sa chambre du Louvre, sous prétexte de prendre médecine le Jeudi matin. Elle y demeurera encore plus de huit jours, attendant que le retour du sieur de Noyers fasse les effets qu'eUe espère.

aVOracle dit que, quoi que Ton en croie, il (de Noyers) est redevable de son retour à ladite dame. En preuve de quoi la demoiselle de Laurière, parente dudit sieur de Noyers, a été toujours proche d'elle, et le frère de cette demoiselle de Laurière, près dudit sieur de Noyers à Dangu; par le moyen et intelligence desquels et la communication de leurs nouvelles, ladite dame a, par le bon avis du sieur de Ghambellay, son particulier et unique conseil, moyenne son retour, et prétend augmenter son autorité au préjudice de son Éminence, prétendant aussi dans la saint Martin de faire voir beaueoup de changemens.

a Ils (les deux espions) ont remarqué que depuis la remontrance des deifx dames, faite au Val-de-Gràce, Sa Majesté n'y a plus retourné ; et voyant la dame qu'elle a été découverte, elle a fait dessoin de ne plus communiquer à la dame de Senecé ni autres , mais seulement à son cousin de Ghambellay de l'esprit duquel elle se tient assurée.

« Le même Oracle dit que, lors de la remontrance susdite, la dame d'atours, pour n'être surprise dans la conférence et n'être soupçonnée du complot dont elle avoit formé les desseins, se retira, BOUS prétexte qu'il y avoit des choses à dire qu'une fille ne doit enendre, dans la cellule d'une religieuse, où elle se jeta sur un lil pendant icelle remontrance. »

D'une autre înain. ce Du 28 d'octobre.

a Dit que la dame s'est accommodée avec son Éminence, que Sa Majesté lui a commandé par deux fois en ces termes : que si elle vouloit qu'elle l'aimât, elle aimât aussi mondit seigneur, et qu'autrement elle ne seroit pas pour elle. En suite de quoi elle (M"" d'Hautefort) l'avoit envoyé visiter, ce qu'elle n'avoit voulu faire auparavant, et lors de l'affaire du duc de Beaufort , disant que c'étoit assez de son frère qui y alloit tous les jours. Les espérances augmentent pour ledit seigneur duc en conséquence de cette réconciliation, y ayant de la part de ladite dame toujours de la bonne volonté , comme il s'est remarqué et dit par le même Oracle qu'il y avoit de grandes déférences de la part du duc vers ladite dame, témoin l'action qu'il fit quand il cessa de faire nicbe au milord Montaigu à sa prière, auquel auparavant il tendoit le pied dans le cabinet de la Reine et faisoit plusieurs pièces, à cause que Sa Majesté et son Éminence en faisoient cas. »

En marge : « De l'onzième novembre.

« On a avis que la dame d'atours ne se fiera pas aisément à ladite demoiselle de Beaumont.

« Dit que la demoiselle de Beaumont s'est déclarée pensionnaire de son Éminence pour deux mille écus qu'il lui donne par an en plusieurs fois, et qu'elle l'a dit à la dame d'Hautefort.

« Dit que la dame de Senecé s'est à ce coup rendue, et que voyant qu'elle ne peut empêcher l'éloignement de l'évêque de Limoges qu'elle avoit fait revenir, elle se prépare à se retirer; en preuve de quoi elle n'a voulu parler à la Reine pour une affaire qui lui importoit, disant qu'elle ne demanderoit plus rien à la Reine.

« Il semble, à voir la mine de VOracle, que cette accommodation dont il est parlé ci-dessus ne soit pas autrement du cœur, mais plutôt par obéissance et considération. Ce sont toutes les observations qui se peuvent faire pour le présent; le temps en donnera une plus entière connoissance. »

D'une autre main :

« Le sujet pour lequel la dame s'est retirée aux Dix-Vertus durant deux jours, n'étoit point la maladie de la Reine, mais le désir de pouvoir communiquer (avec) une religieuse nouvellement venue du Mans audit lieu des Dix-Vertus, laquelle est sœur d'un gentilhomme

nommé Montalets, autrement Chambellé, conseil particulier de ladite dame , lequel , se rendit aussi audit lieu pour la conférence , laquelle fut augmentée le dernier jour par la venue de la dame gouvernante (M*"' de Senecé), qui y mena le Roi pour accompagner la retour de la dame d*atours.

a Une demoiselle nommée Laurière est en outre proche de latâite dame d*atours, laquelle est aussi venue du Mans pour solliciter le retour de M. de Noyers comme sa parente.

« Troisvilles et Desessarts sont de Tintelligence, et M. de Guitaut y est suspect comme serviteur de son Éminence. Les deux premiers sont fort considérés pour une occasion.

« La dame susdite n'écoute qu'avec indifférence ses adorateurs, ayant son cœur au bois de Vincennes.

« Le rondeau et l'anagramme de son Éminence ont pris leur origine parmi ces personnes, et se dît de plus qu'ils ont été jusques aux oreilles de Sa Majesté par leurs bouches. »

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