LETTRES AUTOGRAPHES ET INÉDITES D'ANNE D'AUTRICHE A MAZARIN
La Bibliothèque Nationale possède, renfermés dans une boîte, dite boîte du Saint-Esprit, qui porte au dos les numéros 117,826, divers papiers relatifs à Mazarin, parmi lesquels sont des lettres désignées sous ce titre : Lettres originales de la propre main de la Reyne Anne, mère du Roy Louis XIV, au Cardinal if azann. - L'authenticité de ces lettres ne peut pas être un moment contestée : on y reconnaît indubitablement la main d*Anne d'Autriche, sa mauvaise écriture et sa mauvaise orthographe. Il y a onze lettres, toutes autographes et toutes inédites. 11 semble qu'autrefois il a dû y en avoir davantage pour le grand espace de temps que ces lettres par-
courent, de 1653 à 1658, et Ton sait que, pendant ces cinq années, la Reine et son ministre furent plusieurs fois séparés et durent beaucoup s'écrire. La première de ces lettres est de la fin de 1652 ou du commencement de 165S, quand Mazarin avec Louis XIV était à Tannée et qu'Anne d'Autriche était restée au centre du gouvernement, à Paris, à Fontainebleau ou à Compiègne. La liaison intime, commencée au milieu de l'année 1643, avait déjà dix ans, au début de cette correspondance : elle avait donc perdu de sa première vivacité. D'un autre côté, Mazarin était à peu près victorieux de tous ses ennemis au dedans et au dehors; ses dangers, qui avaient pu animer et soutenir la Reine, étaient dissipés. Elle devait aussi s'exprimer avec une certaine circonspection, ses courriers courant le risque d'être interceptés. Enfin, selon la mode du siècle, elle se sert d*un jargon, intelligible seulement pour Mazarin et pour elle, et dont nous n'avons pas trouvé la clef; ce qui fait que, dans ces lettres, tout ce qui se rapporte à des affaires proprement dites, nous échappe entièrement, comme aussi il y a des lignes que nous n'avons pu lire. Et cependant, malgré le temps, qui a dû les amortir, malgré les circonstances qui en gênent l'expression, malgré les chiffres mystérieux qui les voilent, les sentiments d'Anne d'Autriche paraissent encore ici empreints d'une tendresse profonde. Elle soupire après le retour de Mazarin, et supporte impatiemment son absence. 11 y a des mots qui trahissent le trouble de son âme et presque de ses sens. Il nous semble à peu près impossible d'y méconnaître le langage d'une affection bien différente de la simple amitié et d'un attachement purement politique.
iri-
«c Ce mardi au soir (yraisemblablement de la fin de 1652).
« Puisque c'est par raison et non par volonté que vous ne revenés pas, je ne trouve rien à redire. Je veux grand mal aux destinées de vous obliger de demeurer plus longtemps que je ne voudrois, et vous croirés aisément que je ne suis point fâchée quand je vois le confident ^ et ce quMl aimç ici. M. de Brienne m'a montré les lettres 4ue TOUS lui avés envoyées. Je lui ai dit de vous envoyer une qu'il a reçue de Rheims , et ce que Ton lui mande est assés surprenant ; mais pour moi je ne rassure en rien de ce qui regarde la personne de qui elle parle; car je la tiens capable de toutes choses. Embrasssé de ma part le confident, et je vous donne le bonsoir; car pour des nouvelles de Sedan* il n'y en a pas beaucoup. $ »
« Ce dimanche au soir.
«c Ce porteur m'ayant assuré qu'il ira fort sûrement , je me suis résolue de vous envoyer ces papiers , et vous dire que pour votre retour que vous me remettes, je n'ai garde de vous en rien mander, puisque vous savés bien que le service du Roy m'est bien plus cher que ma satisfaction. Mais je ne puis m'em pêcher de vous dire que je crois que , quand Ton a de l'amitié , la vue de ceux que l'on aime n'est pas désagréable, quand ce ne seroit que pour quelques heures. J'ai bien peur que Tamitié de l'armée' soit plus grande que toutes les autres. Tout cela ne m'empêchera pas de vous prier d'embrasser de ma part notre ancien ami ^, et de croire que je serai tusjours telle que je dois, quoi qui arrive. $ »
« Ce 26 janvier 1653.
« Je ne sais plus quand je dois attendre votre retour, puisqu'il se présente tous les jours des obstacles pour l'empêcher. Tout ce que