‹ Madame de HautefortChapitre 162 sur 182 · PORTRAIT DE M"« DE SCHOMBERG · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE M"« DE SCHOMBERG

de mémoire? Quel plaisir aurez-roas que Je vous fasse voir un mélange de mauvaises couleurs, et encore plus mal appliquées, pour voua exprimer des traits inimitables? En vérité, Monsieur, vous n*y avez pas bien songé, et vous ne vous souvenez plus que Je suis un ignorant, que Je ne vais point à Técole de la peinture, et que de moi-même Je n*ai jamais étudié ce qui m'auroit pu enseigner la parlante ou la muette. Je ne lis point les romans de M^' de Scudery, et je ne vois guëres ce qui sort du bel esprit et des belles mains de la divine Minerve ^ dont vous me vantez si agréablement Tadresse merveilleuse et naturelle. Le moyen que Je puisse être à la mode, et qu*il me soit possible, en vous peignant la personne la plus charmante et la plus agréable du monde, de lui donner un air qui plaise, et qui charme tout le monde? Il faudroit pour cela que Je fusse aussi heureux que ce peintre' qui toute sa vie avoit demeuré dans sa ville (Je pense que c*étoit Bologne ou Ferrare) et n*avoit jamais travaillé que suivant le génie de son caprice, sans aucune connoîssance des règles de Tart. Quelques étrangers habiles ayant vu des coups de son pinceau, jugèrent avec estime de la délicatesse de sa main, et dirent que cela étoit d*un homme qui pouvoit égaler les plus savans dans le métier. Un jugement si favorable lui étant rapporté, il sentit naître dans son cœur la curiosité de courir le pays. Il fut à Rome dans un humble dessein de s'instruire sous les grands maîtres, dont à peine il savoit le nom; mais il n*eut pas jeté si tôt les yeux sur leurs ouvrages que par une Juste comparaison qu*il fît des siens avec eux, il osa s'écrier : Anchê io* $<m pittore. Et en effet, selon U tradition dont Je tiens Thistoriette, il ne céda en rien ni aux Titîacs ni aux Raphaëls. Plût à Dieu, Monsieur, que J*en pusse dire autant de moi-même, et qu*en vous obéissant aveuglément, je pusse ^ réussir assez bien pour me donner une semblable vanité, quand J*admirerai ce que vous ou M. D. SJ^ aurez fait pour le portrait d'Olympe! Mais J'appréhende que vous ne soyez pas d'humeur à entendre mes raisons. Voyez-le donc comme Je le tire de mon souvenir. Si j'étois galant. Je vous dirois qu'il est si bien attaché dans mon cœur, que Je ne l'en ai pu arracher, pour vous en faire sur le papier une peinture comme il faut.

n A voir Olympe, on ne sauroit pas douter que sa taille ne soit des plus avantageuses. Son port est noble, sa démarche aisée, son air

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