PORTRAIT DE M"' DE SGHOMBERG
ment à nn de ses amis^ qu'elle étoit pétrie de passion, et cehi est vrai. Elle sait jouer de la guitare, touche Tangélique d*une manière extraordinaire; et si elle n'y avoit nen négligé, on peut dire qu'elle y auroit excellé. Elle chante bien; et quoique sa voix ne soit pas des plus grandes ni des plus belles, l'oreille se tromperoit assurément si on ne Jugeoit qu'elle est des plus douces et des plus charmantes. Enfin, à sa mine et à sa façon d'agir. Olympe sent extrêmement sa personne de qualité; et en quelque compagnie qu'elle se trouve» on remarque en elle un je ne sais quoi de ravissant qui emporte les esprits à décider en eux-mêmes que les autres dames ne l'égalent point, non pas même les princesses qu'elle voit fort souvent, et dont la condition l'oblige à leur faire sa cour.
« Hé bien, Monsieur, êtes-vous content de mon pinceauT les traits que je vous viens de marquer vous font-ils reconnaître la beauté que vous vouliez voir tirer de ma main? et puis-je entreprendre^ après avoir si peu réussi à dépeindre les charmes et les attraits du corps d'Olympe, de vous dépeindre la grandeur et les qualités de son &me? Sans doute, j'en devrois demeurer là; mais je vois bien que votre curiosité n'est pajs encore satisfaite, et que ce pouvoir absolu que vous avez sur moi exige que j'achève la plus belle partie de cette considérable personne. Je vais donc continuer, quoiqu'il me soit difficile de pénétrer où il n'y a que le grand artisan qui puisse voir clairement. Sans y penser, je m'aperçois que ceci me pourroit être une excuse légitime pour faire cesser la peinture ; mais il ne ' vous coûtera pas plus à passer tout d'un coup l'éponge dessus » quand elle sera dans son entier, que si je la laissois à demi ébau* cbée.
« C'est une chose presque toujours ordinaire, que les édifices qui ont au dehors une belle apparence ont au dedans des ouvrages exquis^ et que leurs appartemens sont meublés de mille raretés excellentes. Les boites, où l'art de l'ouvrier brille plus que les diamans qui étincellent dessus parmi les pierres précieuses, enferment toujours quelque trésor encore plus précieux ; et quand bien cela ne seroii pas, on peut dire assurément d'Olympe :
Chittde in bel corpo anima beila.
« L'humeur, qui est le grand ressort des mouvemens de Tàme, se trouve dans la sienne si égale, qu'il ne faut pas s'émerveiller si Olympe se porte à tout avec une modération et une complaisance qui ne se démentent jamais; c'est ce qui la rend douce, civile, affable, caressante, discrète et secrète comme elle Test. Elle ne se hausse point dans la joie , et ne s'abaisse point dans la tristesse. Le dépit
lui fait fientir ses pointes; on diroitquMl la maîtrise quelquefois; mais ce dépit ne se change jamais chez elle en une colère coupable, et les grands sujets qu'elle en a eu en font une preuve qui ne peut se révoquer en doute. Comme Je vous ai dit que le ton de sa voix est tendre et passionné, elle ne sauroit nier que le cœur en est le principe*; car, comme vous savez, Monsieur, on parle du cœur aussi hien que de la bouche : elle ne sauroit, dis-je, nier que son cœur ne soit détrempé dans la tendresse et dans la passion, et que si l'honneur et la réputation des dames s'établissoient par des conquêtes amoureuses , PÂmour en commanderoit les premiers sentimens : mais la raison étant plus maîtresse, tout cela se convertit en pure amitié, dont elle est si obligeante envers ses amis qu'absens comme présens elle a soin de les gratifier jusque dans les moindres choses. Son empressement néglige rarement de s'acquérir l'estime des hommes de mérite. Elle donne aisément à tout ce qui est peN mis selon la loi du monde. Son penchant la porte du côté de l'ambition et de la gloire; et comme elle aime la magnificence, son inclination va droit aux grandeurs, et à désirer tout ce qui peut la faire paroitre magnifique. Peut-être que si la fortune avolt fait pour elle autant que la nature, elle auroit moins d'inquiétude pour des biens qu'elle croit utiles à contenter la vie, et pour lesquels on n'a jamais d'afi'ection réglée , non pas même lorsqu'on les possède daus le superflu. Cependant tous ces illustres défauts ne servent que d'une ombre légère à l'innocence de ses mœurs; et comme elle est entièrement persuadée des solides vérités qui promettent les richesses éternelles, et désabusée de la fausseté des passagères, elle se retient dans un pas si glissant, elle ne succombe pointa la tentation, et détournant sa vue de l'ardent trompeur, elle ne s'attache qu'au but principal que sa sincère vertu lui propose. Car enfin Olympe est vertueuse : elle chérit sa religion , et si elle n'a pas la ferveur des martyrs , elle ne manque pas toutefois de zèle , et ne laisse pas au moins de rendre un culte assidu et respectueux au Dieu dont elle reconnolt avoir reçu tous les avantages dont elle est comblée. Ces actions pieuses se font sans bruit et sans ostentation ; elle n'est pas de celles qui en tirent vanité, parce qu'elle croit en cela ne faire que son devoir. Sa sagesse n'est ni fière ni glorieuse; mais aussi elle n'est pas si fort remplie des influences du ciel que les vapeurs de la terre n'y entrent un petit Elle aime les honnêtes gens, mais elle en hait la foule, et le trop grand nombre à la fois. Tous lui viennent rendre visite ; mais elle ne les voit pas tous , et sa porte n'est ouverte qu'aux choisis et aux aSDelés. Pour ce qui est de son e^^prit,
1. Toutes les éditions : elle ne sauroit nier que le cœur qtù en est la principe.