‹ Madame de HautefortChapitre 173 sur 182 · II« LETTRE · texte numérisé non relu

II« LETTRE

« A Monsieur U marquis d^Hostefort.

« Monsieur mon frère, je tous supplie de me continuer Thonneur de vos bonnes grâces; et, s'il vous plaît, vous croirez que vousn'avei sœur A qui vous soit plus obéissante que moi. Je ne puis dire com-

1. M">« de Hautefort avait alors trois tœars Tivantes, outra ses deux ftrèrot. Deux de ces trois demoiselles moururent avant 1632. La troisième, M"* d'Bscars, épousa le marquis de Choisenl-Praslin, et mourut plus que centenaire en 1712.

bien il m'annuie que Toiift ne venies ici. Mandez-moi en qael mois nous nouB voirons. Vous me croyez, Moosiettr, votre très-homble sœur et servante.

cMabib d'Hostkfobt. »

Cette lettre, dont la date ne peut être assignée diaprés le contenu, doit être du même temps à peu près que la précédente. L'écriture, d'après le témoignage de M. Tabbé Blampignon, en est aussi peu formée; le style Test cependant davantage ; et elle pourrait bien être postérieure d'un an ou deux. Le marquis de Hautefort, à qui elle est adressée , est Jacques-François , chef de la famille depuis la mort de son père, arrivée en 1616. Jacques- François, marquis de Hautefort, devait, à l'époque de cette lettre, avoir une vingtaine d'années. De là le respect que lui témoigne sa sœur et qui était tout à fait dans les mœurs du temps. Entre la sœur et le frère, il y avait sept ans de distance, ce qui est beaucoup à l'âge qu'avaient alors l'un et l'autre.

m* LETTRE.

« A Madame j Madame la marquise d*Otefort,

« Madame,

« C'est pour ne perdre pas l'occasion de voas écrire que ]e toos fais ceUe-ci, et non pour vous mander des nouvelles; car cela serait inutile, la cour s'en allant à Grenoble. L'on m'a dit que vous vouliez avoir des lettres du Roi. J'en ai parlé à H. le Premier qui m'a dit qu'il n'en étoit point nécessaire, puisque le Roi y alloit qui la recommanderoit lui-même. L'on m*a fait espérer que vous viendriez bientôt en cette ville, de quoi je me suis r^ouie entièrement.

<c J'ai vu mon frère, qui m'a dit qu'il souhaiteroit bien que mon petit frère fût mousquetaire, pourvu que vons le désiriez. Le Roi m'a fait l'honneor de me dire qu'il le recevroit, et qu'il ne lui donneroit

LETTRES INÉDITES DE UARIE DE HÂUTEFORT. 4S7

pas la casaque de ceax quisoot morts de peste. Je crois que tous ea aérez bien aise. Madame l'approuve, miâs non pas pour ce yoyage. « Je vous supplie de me tenir, lladame, pour votre très-humble et très-obéissante fille et servante*

« Maiis d*Otbfort. »

Ce détail, « de la cour s'en allant à Grenoble, m date cette lettre, Louis XIII et sa cour étant arrivés à Grenoble le 10 mai 1630; voir la Jeunesse de Mazarin, par M. Cousin, page 326. Il est donc probable que cette lettre de Marie de Hautefort a été écrite de Lyon, où elle était restée avec les Reines, à sa mère qui était allée à Grenoble soutenir un procès contre les d'Ëscars pour le remboursement de sa dot.

M. le Premier est le premier écuyer du Roi, Claude de Saint-Simon, fait duc et pair par la faveur de Louis XIII, pour avoir si bien servi Richelieu lors de la journée des Dupes. Il est le père de Saint-Simon l'historien.

Il y a dans cette lettre plusieurs détails qui restent obscurs et qu'il serait fort difficile d'éclaircir, parce qu'ils font allusion à des circonstances trop intimes. Le frère dont parle M"** de Hautefort est son frère aîné, le marquis; le petit frère, c'est Gilles de Hautefort, alors âgé de dix-huit ans. Il avait commencé par être dans les cadets aux gardes, et il n'était pas encore mousquetaire du Roi, puisque sa sœur sollicite cette grâce pour lui. Quant « à la casaque de ceux qui sont morts de peste, )) on ne voit pas bien ce que Louis XIII a voulu dire par là en répondant à la charmante solliciteuse ; mais il est probable qu'il voulait différer la nomination du jeune de Hautefort pour ne pas remplacer trop tôt des mousquetaires morts de la peste, qui, après avoir sévi dans

le Piémont avait passé en Savoie, a Madame l'approuve » est aussi un détail qu'il serait embarrassant d'élucider.

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