CHAPITRE PREMIER
par aimer Louis XIII ; M"* de Motteville, qui plus tard devint son amie et reçut ses plus intimes confidences, rassures et nous la croyons. M"* de La Fayette n'aima pas seulement le Roi comme un simple gentilhomme, avec le plus entier désintéressement, sans s'enorgueillir ni sans profiter de sa faveur -. elle Taima comme un frère, d'un sentiment aussi pur que tendre. Cette liaison dura deux années, jusqu'en 1637, toujours noble, touchante et véritablement admirable. M"® de La Fayette, c'est M"* de La Vallière, mais M**^ de La Vallière qui n'a pas failli. Il est vrai que Louis XIII n'était ni aussi dangereux ni aussi pressant que Louis XIV. Une fois pourtant, vaincu par sa tendresse et par le besoin qu'il avait de la voir à toute heure, il la conjura de se laisser mettre à Versailles pour y être toute à lui ; cette parole effraya la vertu de la jeune fille et l'avertit du danger qu'elle courait. Louis XIII ne renouvela jamais la proposition qui lui était échappée, mais M"* de La Fayette s'en souvint, et elle résolut de mettre un terme à cette situation difficile d'une façon digne du Roi et d'elle-même : elle songea à entrer en religion*. Ce-
i. T. I«', p. 74 : « La Fayette avouant tout haut qu'elle Paîmoît et de la manière qu'il sembloit vouloir Tètre, devoit faire le bonheur de.sà vie. »
2. M"»« de Motteville, 1. 1«', p. 77 et 78 : « La Fayette elle-même m'a dit que dans les derniers jours qu'elle fut à la cour, avant qu'elle fût tout à fait résolue de se mettre en religion, ce grand roi, si sage et si constant dans la vertu, avoit eu néantmoins des moocents de foiblesse, dans lesquels, cessant d'être modeste, il Tavoit pressée de consentir qu'il la mit à Versailles pour y vivre sous ses ordres et y être tout à lui, et que cette proposition, si contraire à ses sentiments ordinairest l'ayant effrayée, fat cause qu'elle se dé-
U MADAME DE HÂUTEFOBT.
pendant elle n'ayait cessé d'exhorter le Roi à se ré« concilier avec la Reine et à secouer le joug de Richelieu. Ainsi, quand tout le monde, depuis Mathieu Mole jusqu'à M. le Prince, fléchissait et tremblait devant ^impérieux cardinal, deux jeunes filles, sans fortune et placées presque sous sa main, lui résistèrent. En vain il essaya de gagner M"« de La Fayette, il ne réussit pas mieux auprès d'elle qu'auprès de H"^ de Hautefort. Il eut recours alors à ses manœuvres accoutumées : il fomenta les scrupules des deux amants, et, après bien des luttes que M'"'' de Motteville a racontées S M*^* de La Fayette se retira au couven*
termina plus promptement à sortir de la coar pour prendre des engagements qui pussent lui ôter des sentiments de cette nature... Cette infidélité, qui ne dura pas, ne fit que Tavertir (le Roi) de se tenir sur ses gardes, en lui faisant remarquer le péril qu'il avoit couru. Dès qu'il s'en fut aperçu, il résolut de l'éviter. Le refus de La Fayette lui fit ouvrir les yeux. La honte qu'ils eurent de ce petit dérèglement rappela leur vertu et leur piété, et la peur qu'ils eurent tous deux, elle de lui et lui d'elle, leur firent prendre la résolution de se quitter... J'ai su depuis de la comtesse de Fleix, fille de M»* la marquise de Sénecé, et par conséquent parente de La Fayette, qu'an sortir de la chambre du Roi, où elle avoit dit adieu à ce prince, elle descendit dans son appartement, dont les fenêtres donnoient sur la cour du château (de Saint-Germain), et ayant entendu le carrosse du Roi, qu'il avoit fait venir pour dissiper le chagrin où il étoit, pressée de la tendresse qu'elle avoit pour lui, elle courut le voir au travers des vitres. Quand elle l'eut vu partir, elle se tourna vers la comtesse de Fleix et lui dit, touchée de douleur : Hélas! je ne le verrai plus, n
1. M*"* de Motteville est ici bien plus croyable que Montglat, lequel ne se fonde que sur des oui-dire éloignés et confus, tandis que Bf " de Motteville a connu les mémoires du P. Caussin, jésuite, confesseur du Roi, « mémoires qu'il a faits, dit-elle, et que le comte de Maure, à qui il les avoit confiés, m'a fait voir. » Ces mémoireSi que npus avoos cberchés &f^ vain, soot-ils différents d*un