CHAPITRE PREMIER. 4 64 6-4 637. S
des filles de Sainte-Marie de la Visitation, rue Saint- Antoine ^ Le Roi alla l'y voir pendant plusieurs mois. Là noble religieuse lui parla à travers la grille du cloître avec plus de forcé encore et d'autorité que dans leurs anciennes entrevues ; elle ne put rien sur sa politique; mais elle l'adoucit un peu envers sa femme, et c'est un soir, en revenant du couvent de la rue Saint-Antoine que» forcé par un orage de ne pas retourner à Saint-Maur, et de passer la nuit au Louvre où était la Reine, Louis XIII donna Louis XIV à la FrancQ.
Mais, depuis la retraite de M"* de La Fayette, et jusqu'au jour où la grossesse d'Anne d'Autriche parut et mit un terme ou du moins apporta quelque adoucissement à ses malheurs, les plus étranges événements s'étaient accomplis : la Reine avait été à deux doigts de sa perte, et elle n'avait été sauvée que par l'intrépide dévouement de sa jeune et fidèle amie Marie de Hautefort-
L'année 1637 est la plus triste et la plus douloureuse que la reine Anne ait eu à traverser. Jamais Louis XIII ne Pavait à ce point délaissée, et elle n'avait conservé autour d'elle qu'un très-petit nombre de serviteurs et d'amis dont elle s'était fait une petite cour intime, où encore l'œil vigilant du cardinal parvenait souvent à pénétrer. Au premier rang
mémoire inédit de M. de Lezean, rem par le P. Ganssin, que cite le P. Griffet, t. m, p. 8? Nous Tignorons; mais le récit du P. Griffet et celui de M™* de Motteville sont si semblables qu'ils trahissent la môme source. Voyez rAppENDics à la fin de ce volume. 1. Elle y entra le 19 mai 1637, et fit profession le 28 juillet 1638.
de ces rares courtisans de Finfortune était La Rochefoucauld, tout jeune encore, et qui, plein des sentiments que son père lui avait inspirés contre Richelieu, en débutant dans le monde, embrassa d'abord le parti des mécontents et la cause d'Anne d' Autriche ^ Lui-même a raconté quel agrément il trouvait alors à servir une reine sans crédit, mais environnée de femmes charmantes, et quelle liaison il forma avec M"* de Hautefort, dont il célèbre la surprenante beauté, ajoutant, comme s*il avait peur de la compromettre, qu'elle avait beaucoup de vertu*. Nous pouvons écarter le voile de ce langage incertain, et nous ne voyons pas pourquoi La Rochefoucauld, si peu réservé, hélas! sur un point bien autrement délicat, montre ici quelque embarras à nous dire qu'il devint amoureux de la belle Marie. C'est peut-être qu'il eût fallu avouer que, loin d'être accueillie, cette passion dut se borner à une adoration respectueuse,
1. Voyez LA Jeunbssb de M"** de Longubyille, chap. iv, p. 294 et suîv.
2. Mémoires, collection Petitot, t. LI, p. 348 : « J*étois dan6 une grande liaison d'amitié avec M"« de Hautefort, qui et oit fort jeune et d'une beauté surprenante. Elle avoit beaucoup de vertu et de fidélité pour ses amis; elle étoit particulièrement attachée à la Reine et ennemie du cardinal. Le Roi avoit paru amoureux d'elle aussitôt qu'elle étoit sortie de l'enfimce ; mais comme cet amour ne ressembloit pas à celui des autres hommes, la vertu de cette jeune personni ne fut jamais attaquée. Elle acquit plus de réputation que de bien dans le cours de cette galanterie, et le Roi témoignoit plus de passion par de longues et pénibles assiduités et par sa jalousie que par les grâces qu'il lui faisoit. Elle me parloit de tous ses intérêts et de tous ses sentiments avec une confiance entière, bien que je fusse fort jeune. Elle obligea la Reine à me dire toutes choses sans réserve. »