CHAPITRE PREMIER
selon les mœurs de la galanterie du temps, ou plutôt selon le goût particulier de Fhéroïne. La Rochefoucduld aima M"^ de Hautefort sans oser le lui dire ; mais quelque temps après, étant à Farmée et à la veille d'une bataille, il alla trouver le marquis de Hautefort avec lequel il servait, lui fit confidence de sa passion, et lui donna une lettre pour sa steur, en lui faisant promettre que, s*il périssait dans le combat, il la lui remettrait et lui dirait de sa part ce qu'il ne lui avait jamais dit, et que, s'il n'était pas tué, il lui Tendrait sa lettre à lui-même et lui garderait fidèlement son secret*. C'était là comme on faisait la cour à M"® de Hautefort. Ce n'est pas ici d'ailleurs le temps de parler de ses conquêtes; celui où nous en sommes arrivé n'était pas la saison des amours, et des choses plus sérieuses et presque tragiques se passaient dans l'intérieur de la Reine.
Lasse de souffrir, Anne d'Autriche rêva quelque entreprise désespérée pour sortir d'embarras, ou du moins elle intrigua avec M"* de Chevreuse, alors reléguée en Touraine, et entretint une correspondance plus qu'équivoque avec ses deux frères , le cardinal Infant et le roi Philippe IV, pendant que l'Espagne était en guerre avec la France*. Un de ses domestiques qu'elle employait à cette correspondance, et qui avait tous ses secrets, La Porte, fut arrêté, jeté dans un cachot de la Bastille, et soumis aux plus terribles
i. Vie imprimée.
2. Voyez le détail de toute cette affaire dans M™** de Ghevbeuse, chap. III, et, dans TAppendice, la note troisième : Pièces relatives à Mfaire de 4637.
épreuves. Après avoir commencé par tout nier avec la plus étonnante assurance, la Reine , pressée par Richelieu et par des indices irrécusables, craignant les derniers malheuns», fit de grands aveux, que nous connaissons bien aujourd'hui, et qui, tout graves qu'ils sont déjà, ne devaient pas être complets, car s'ils l'eussent été, la Reine n'avait qu'à foire dire tout simplement à La Porte, par le chancelier Séguier, et par une lettre de sa propre main, de déclarer tout ce qu'il savait, tandis qu'elle tint une conduite bien différente. Elle considéra son salut comme suspendu à deux fils : il fallait que, selon le tour que prendrait r affaire, M"* de Chevreuse pût fuir ou rester; il fallait surtout que La Porte, dans ses interrogatoires, ne dépassât pas les aveux de la Reine, et aussi qu'il avouât tout ce qu'elle avait avoué, pour donner à leurs déclarations communes une parfaite vraisemblance. La Porte, intimidé, pouvait en dire trop, ou sa constance à tout nier pouvait inspirer des ombrages ; la Reine craignait tout ensemble son énergie et sa faiblesse. Un concert secret était nécessaire, mais comment l'obtenir? Gomment arriver jusqu'à La Porte, enseveli dans un cachot de la Bastille ? Comment même prévenir M°»*^de Chevreuse, ignorante de ce qui se passait, et qui pouvait à tout moment être arrêtée? C'est alors, si l'on en croit La Rochefoucauld \ que la Reine, dans les angoisses de sa première terreur, se croyant menacée d'être répudiée, déchue de tout droit, enfermée dans quelque couvent