‹ Madame de HautefortChapitre 23 sur 182 · CHAPITRE PREMIER. 16U · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. 16U

OU même dans le château du Havre/qui était à Richelieu» lui aurait proposé de l'enlever, elle et M"* de Hautefort, et de les conduire à Bruxelles ; proposition trop extravagante pour avoir été faite sérieusement, et que La Rochefoucauld ne rapporte sans doute que pour peindre le danger du moment et aussi pour relever son importance. C'eût été jouer précisément le jeu du cardinal, comme l'avait fait Marie de Médlcis; il fallait rester, tenir tête au péril, et le conjurer à force d'adresse et de courage.

Dans cette grave conjoncture, Marie de Hautefort entreprit de sauver sa maltresse ou de se perdre avec elle. Déjà elle lui avait sacrifié la faveur du Roi, celle de Richelieu, son avenir, elle qui n'avait rien que sa beauté et son esprit, et qui aimait naturellement la magnificence et l'éclat; elle fit plus cette fois, elle risqua pour elle quelque chose qui lui était mille fois plus cher que la fortune et la vie, elle risqua sa réputation ; elle rejeta cet instinct de pudeur et de retenue qui faisait son charme et sa gloire, qui jusque-là avait fermé son oreille à tout propos flatteur, et ne lui avait pas même permis d'écrire, sous quelque prétexte que ce fût, le moindre billet à aucun homme * ; et la superbe créature se condamna au rôle le plus opposé à tous ses goûts et à toutes ses habitudes. D'abord elle persuada à un gentilhomme de ses parents, M. de Montalais *, d'aller à Tours dire à

2. La Porte, Mémoires, p. 348. M. de Montalais, baron de Chaniblay ou Chambellay, reparaîtra dans toutes les circonstances importantes de la vie de M"^' de Hautefort.

M"® de Chevreuse où les choses en étaient, de ne pas remuer, tout en prenant ses précautions, et qu'on Favertiraît de fuir ou de rester, en lui adressant des Heures reliées en rouge ou en vert, selon le parti qu'il faudrait prendre. Puis elle-même, elle se déguise en grisette*, barbouille son beau visage, cache ses blonds cheveux sous une grande coiffe, et de grand matin, quand personne n'est encore éveillé au Louvre, elle en sort à la dérobée, prend un fiacre et se fait conduire à la Bastille. Elle savait qu'il y avait là un prisonnier qui déjà une fois avait joué sa tête pour la Reine, déployé dans les fers une constance magnanime, et venait à peine de descendre de Féchafaud, François de Rochechouart, alors chevalier, depuis commandeur de Jars. 11 commençait un peu à respirer de cette terrible épreuve ; on lui laissait quelque liberté, et il pouvait recevoir quelques personnes. La noble ûUe, jugeant du chevalier par elle-même, crut qu'elle pouvait lui demander de jouer sa tête une seconde fois. Elle se donna pour la sœur de son valet de chambre, qui venait lui apprendre que cet homme était à la mort, et Fentrètenir de sa part de choses pressantes. Le chevalier de Jars, qui savait son domestique en bonne santé, répugnait

1. C'est le mot même qu'emploie deux fois la Vie Imprimée. Nous rayons fidèlement suivie dans ce récit, dont les traits essentiels sont communs à la Vie imprimée, à la Vie manuscrite et aux Mémoires de La Porte; mais, dans La Porte et dans la Vie manuscrite, M^^ de Hautefort partagerait l'honneur de son dévouement avec M"** de Villarceaux, nièce de M. de Ghàteauneuf, amie du chevalier de Jars, et elle se serait travestie en soubrette de cette dame*

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