‹ Madame de HautefortChapitre 25 sur 182 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

bre était de quatre étages au-dessus du cachot de La Porte ; il perça son plancher, et fit passer la lettre de la Reine au bout d'une corde, avec prière au prisonnier de la seconde chambre d'en faire autant, puis successivement jusqu'à la dernière où était La Porte, en recommandant bien le plus profond secret. C'est ainsi que la lettre de la Reine arriva parfaitement intacte aux mains du fidèle valet de chambre. Chose admirable qu'une manœuvre si difficile, si compliquée, et qui dura plusieurs nuits, se soit accomplie

autres qui ne sont pas imaginables, et que Je n'aurois jamais cru, m je ne les avois expérimentées et pratiquées moi-même. Ces croquants firent un trou au haut de la voûte que Bois d*Ârcy avoit recouverte de son morceau de pierre; ils en firent un autre à leur plancher, et parlèrent aux prisonniers qui étoient sous eux, dont un étoit le baron de Tenance, et l'autre un nommé Réveillon, qui avoit été domestique du maréchal de Marillac, lesquels s'offrirent de bon cœur à faire ce qu*on voudroit. Ils firent aussi un trou à leur plancher, sous lequel étoit mon cachot, lequel trou ils couvrirent du pied de leur table; et quand ils entendoient ouvrir mes portes à mon soldat de garde pour aller vider la terrine sur le degré, et qu'ainsi je demeurois seul, ils me descendoient avec un filet les lettres que les croquants recevoient de Bois d*Ârcy, à qui le commandeur de Jars les donnoit. La première lettre que Je reçus par cette voie du commandeur portoit qu'il étoit venu une personne de mes amies lui parler, qui désiroit savoir ce qu'on m'avoit demandé dans mes interrogatoires, et aussi pour me dire quelque chose qu'il me manderoit aussitôt qu'il sauroit que ses lettres me seroient rendues; <lue je prisse confiance en lui qui étoit prisonnier, fort de mes amis, et serviteur de ma maltresse, qu'il me donnoit avis de ne me fier à personne, et que tous ceux de cette maison me fussent suspects. En cela je lui obéissois trop, car lui-même me l'étoit. Je ne connoissois point son écriture et ne savois qui m'écrivoit; car il n'avoit osé mettre son nom, craignant que la lettre ne me fût pas si fidèlement rendue. l\ falloit faire réponse, mais Je n'avois ni papier ni encre ; d'inUeurs je craignois que ce fût une finesse pour me surprendre

sans qu'aucun des geôliers s'en soit aperçu, et sans qu'aucun de ceux qui y prirent part l'ait compromise par la moindre indiscrétion ! En sorte que ce prisonnier si bien gardé, dans un cachot et derrière des portes de fer, reçut une instruction détaillée qui le mit en état de se justifier lui-même et de justifier sa maîtresse. La fermeté qu'avait d'abord montrée La Porte eût tourné contre la Reine, si à la fin elle n'eût été éclairée et guidée par la lettre qui parvint jusqu'à lui.

c*e8t pourquoi J'en demeurai là. Deux jours après, aussitôt que le déjeuner fut venu, et que mon soldat fut sorti pour sa fonction ordinaire, je vis descendre un autre billet qui me pressoit fort d'écrire, et me donnoit quelques lumières qui m'assuroîent que ces billets me venoîent de bonne part. Ainsi j'y pris quelque confiance, et lorsque la nuit fut venue et que mon soldat fut endormi. Je me levai, et me mettant entre la lumière de la chandelle et son visage, j'écrasai du charbon, un peu de cendre de paille brûlée, et les détrempai avec un reste d'huile de la salade du souper, et en fis une espèce d'encre. Ensuite avec un brin de paille taillé en pointe, j'écrivis sur un dessus de lettre qu'on m'avoit laissée dans ma poche, et je mandai qu'on m'avoit demandé tant de choses que je ne les pouvois pas écrire en l'état où j'étois, mais que Je n'avois rien dit qui pût nuire à personne parce que je ne savois rien. Les prisonniers qui étoient au-dessus du moi me parlèrent, ayant entendu sortir mon soldat, et me descendirent un fil avec une petite pierre que j'6tai et y attachai ma belle lettre qu'ils tirèrent à eux. Elle donna de l'assurance au commandeur qui vit par là que Je recevois ses billets, ce qui l'eoga^ gea à m'en écrire de plus clairs et à se faire connoitre à moi. Il me fit donner papier, plumes et encre par un prisonnier qui, prenant son temps pour aller voir les croquants pendant que ma porte étoit ouverte et que le soldat faisoit sa charge de porte-chaise, me donna adroitement cette encre et ce papier que je cachai dans mon lit. Après cela j'écrivis tout à mon aise, et notre commerce continua. M"*» d'Hautefort vint quelquefois voir le commandeur pour savoir des nouvelles et lui en dire; si bien que je fus pleinement instruit de ce que la Reine avoit avoué et de ce qu'il falloit que j'avouasse. »

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