‹ Madame de HautefortChapitre 26 sur 182 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

grâce à la courageuse industrie du chevalier de Jare dont le déYOuement était dû à celui de M""" de Hautefort.

Dès que celle-ci avait espéré le succès, elle s'était empressée d'envoyer à M"® de Chevreuse, selon ce çui avait été convenu, des Heures à la couleur favorable qui devait la rassurer et la retenir. Se trompat-elle sur la couleur, ou M"® de Chevreuse s'y mépritelle elle-même? A tort ou à raison M"® de Chevreuse entendit que tout allait mal; et, comme ce qu'elle redoutait le plus au monde était la prison, elle se hâta de fuir déguisée en homme*, et alla chercher un asyle en Espagne, où le frère d'Anne d'Autriche l'accueillit presque comme autrefois, dans son premier exil, l'avait reçue le duc de Lorraine. Cet événement, arrivé un peu avant les derniers interrogatoires de La Porte, ranima et porta à leur comble firritation et les soupçons de Richelieu. On redoubla de sévérité envers la Reine ; La Rochefoucauld, que M"» de Chevreuse avait vu un moment en passant à Verteuil pour lui demander des chevaux, fut mis quelques jours en prison, et on ne sait trop comment la chose aurait tourné, si La Porte, en ayant l'air de céder à l'ordre officiel que la Reine lui envoya de tout dire, n'eût admirablement confirmé les déclarations de sa maîtresse dans la mesure concertée, et par là persuadé au cardinal et au Boi que toute cette afiaire n'était pas aussi importante qu'ils l'avaient jugé d'abord.

1* M*^ DE Chevreuse, chap. ni.

Est-il besoin de dire de quelle yiye reconnaissance la Reine fut pénétrée pour Jars, pour La Porte, et surtout pour sa jeune et intrépide amie , et quelles promesses elle lui fit, si jamais elle voyait de meilleurs jours? Mais Marie de Hautefort avait déjà reçu sa récompense. Elle avait senti battre dans son cœur rénergie qui fait les héros; elle s'était oubliée pour une autre ; elle s'était mise avec Topprimée contre l'oppresseur ; elle avait été compatissante, charitable, généreuse, chrétienne enfin, selon l'idée qu'elle s'était faite et qu'elle soutint jusqu'à son dernier soupir de la religion du Crucifiée

1. Papiers du P. Joseph, t. IV, année 1638, fol. 176, verso : « Sa Majesté ressentit de la froideur contre le cardinal, son premier ministre, à cause d*une des filles de la Reine pour laquelle Sa Majesté avoit de rinclination dans l'innocence. Biais on se servoit d'elle, du confesseur du Roi, d'une religieuse et de quel<{ues autres personnes, pour former une cabale contre le cardinal et l'éloigner des affaires du Roi et puis du gouvernement, où chacun prétendoit quelque part. Néanmoins cette cabale ne fut pas plutôt éventée qu'elle se dissipa peu à peu, joint < aussi que S. M. n'ayant dessein que de simple entretien, son affection s'affoiblit de ce c6té pour un autre objet avec pareille innocence; et le confesseur fut chassé. » — Mé~ moires sur les Papiers du P. Joseph, t. IV, année 1638, sur la fin, fol. 242, verso : « Sa Majesté fit éloigner de la cour un évêque, son confesseur, la dame d'honneur de la Reine, une demoiselle, l'un de ses maîtres d'h6tel, qu'on accusoit de cabales et d'intrigues avec les Espagnols. La comtesse de Brassac fat laite dame d'honneur. » — Voir la Vie du P. Joseph, p. 545.

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