CHAPITRE DEUXIEME
NOUVELLE PASSION I>B LOUIS XIII POUR M^l* DB HAUTBPORT. — BLLE DBVIBNT DAMB O'aTOURS DB LA BBINB. ON LUI DONNB LB TITBB DB MADAMB. — INTRIGUES DB I^CHBUBU CONTRE M'** DB HAUTBFOBT. CINQ-MARS. — DISQRACB DB H">« DB HAUTBFORT. — SON AVEUGLEHENT SUR M^^« DB CSiMERAULT. SA LETTRE A LA RBINB ANNE. — ELLE SE JtBTIRB PRàS DU MANS. DIONITÂ DB SA CONDUITB. SON AMITlâ POUR LA PORTE. SA BONTi POUR SCARRON, COMME PLUS TARD POUR LORET. — APRÈS LA MORT DE RICHBLIBU BT DB LOUIS XIII, ^ BÉOBNTS LA RAPPBLLB;» LB 17 MAI 1643.
Dès que la. grossesse de la Reine fut déclarée, au commencement de Tannée 1638, elle dissipa Tîmpression des tristes scènes qui venaient de se passer, et ramena dans la cour un peu de concorde et d'agrément. M"* de Hautefort avait alors vingt-deux ans. Quelques années avaient augmenté Féclat de ses charmes. Louis XIII, qui s'en était détaché avec tant de peine, sentit en la revoyant ses anciens feux se rallumer, et M"® de La Fayette n'étant plus là pour le distraire, il redevint plus amoureux que jamais de W^ de Hautefort. Ces secondes amours durèrent deux années; elles furent, comme les premières, chastes et agitées. Nous n'y insisterons point, et nous
nous bornerons à dire que M"« de Hautefort ne mît point à profit pour sa fortune ce retour de la tendresse du Roi*. La seule grâce qu'elle consentit à recevoir, et encore de la main de la Reine autant que de celle du Roi, fut la survivance de la charge de dame d'atours qu'occupait sa grand'mère M*°« de La Flotte. Dès ce moment, elle eut le droit d'être appelée Madame*, et désormais nous-méme l'appellerons ainsi. Sa sœur, M"« d'Escars, devint une des filles d'honneur de la Reine, et son jeune frère, le comte de Montignac, qui était déjà dans les cadets aux gardes, entra dans la compagnie des mousquetaires du comte de Tréville. Après les couches de la Reine, M'"^ de La Flotte, qui n'avait pas l'humeur aussi désintéressée que sa petite-fille, désira vivement monter de sa place de dame d'atours à celle de gouvernante du petit dauphin. On poussa M"® de Hautefort à en parler à Louis XIII et même à Richelieu ; elle le fit, mais avec une fierté maladroite qui ne réussit point. Richelieu n'était pas homme à remettre le futur roi entre les mains de ses ennemis, et il avait déjà fait nommer à cet emploi important M""® de Lansac, qui lui était toute dévouée'. Ses anciens ombrages s'étaient réveillés avec la passion du Roi, et comme la conduite de M"® de Hautefort n'avait fait que les fortifier, au
1. Vie imprimée : a Elle avoit tant de hauteur dans Tàme qu'elle n'auroit jamais pu se résoudre à demander rien pour elle et pour sa famille, et tout ce qu*on pouvoit obtenir. d'elle c*étoit de recevoir ce que le Roi et la Reine vouloient bien lui donner. »
2. Ibid.; M™« de Motteville, 1. 1, p. 60; Montglat, 1. 1, p. «H.