CHAPITRE DEUXIÈME
liea de la servir, il travaillait à la perdre. Cette fois, instruit par rexpérience, il avait compris que, tant que Louis XIII pourrait voir cette ravissante figure et approcher de ce noble cœur, avec des brouilleries plus ou moins longues. H"* de Hautefort reprendrait toujours son empire, et que, pour la détruire, il fallait lui faire quitter la cour et Paris. Il n'ignorait pas qne la Reine, tout en gardant mieux les apparences, ne cessait d'encourager le parti des mécontents. Il savait que sa jeune confidente s'était liée par ses ordres avec le comte de Soissons et avec Monsieur, et qu'elle était leur intermédiaire auprès de sa maltresse *. Il avait fini par pénétrer jusque dans l'intérieur d'Anne d'Autriche, en gagnant une de ses filles d'honneur, cette îeuue, belle et spirituelle M"" de Chémerault, devenue depuis M°»« de La Basinière, dont La Rochefoucauld abusé fait un si vif éloge*. «**• de Chémerault avait une correspondance mystérieuse avec le cardîûal, où elle lui rendait compte de tout ce qu'elle voyait et entendait. Dans cette correspondance, trouvée après la mort de Richelieu parmi ses papiers et livrée à la publicité pendant la Fronde, le Roi et la Reine
t. Mémoires de Mademoiselle, 1. 1, p. 36 : « Elle (M'^'* de Haute- *ort) étoit bien avec Monsieur et M. le comte de Soissons-, et servoit waacoup par ce moyen à entretenir la bonne intelligence qui étoit entre elle (la Reine) et Monsieur. »
2. Ibid., p. 348 ! a W^ de Chémerault, fille de la Reine, étoit for jeuii^ et d'une beauté admirable. Les agréments de son esprit ne Pi^ient pas moins que sa beauté. Elle étoit gaie, vive, moqueuse; °J*>« sa raillerie étoit toujours fine et délicate. La Reine l'aimoit; elle étoit amie particulière de M^« de Hautefort et la mienne, et elle «>ntribuoit encore à notre liaison. »
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sont appelés Cèphale et Procris ; M"»« de Hantefort y est toujours V Aurore, M™* de La Flotte est la Vieille, M"* de La Fayette la Délaissée, Richelieu l'Oracle, bien entendu, et elle-même se met sous le nom du bon Ange^. Cet ange-là, ayec sa jolie figure, sa gaieté et sa candeur apparente, trompa longtemps M"* de Hautefort par des raffinements de perfidie et de bassesse que la noble femme était incapable de soupçonner.
Richelieu n'avait pas sous la main une autre M"* de La Fayette pour balancer M"»* de Hautefort; mais sachant qu'il fallait toujours à Louis XIII une sorte de distraction sentimentale, un amusement de cœur, il avait mis depuis quelque temps auprès de lui un jeune homme de la tournure la plus agréable, le fils d'un de ses amis les plus dévoués et les plus capables, le marquis et maréchal d'Effiat*, et, se croyant aussi sûr du fils que du père, il lui avait fait faire un chemin si rapide qu'à dix-neuf ans, en 1639, Cinq- Mars était déjà grand-écuyer'^. Il avait plu d'abord au Roi par sa bonne grâce, et le faible monarque l'avait
1. Voyez le Journal de M. le cardinal duc de Righeueu, et notre Appendice.
2. Montglat dit nettement que ce fut pour diminuer et détruire la passion de Louis XUI pour M™' de Hautefort, que Richelieu mit auprès de lui Cinq-Mars, et se servit de celui-ci comme il avait fait de M"« de La Fayette. Mémoires, 1. 1, p. 238 (Collect. Petitot).
3. Bibliothèque nationale , Baluze, armoire V, paquet IV, n^ 2. Extrait d'une lettre de M. de Ghavigny, secrétaire d'État, à Mazarin, datée de Bagnol, 4 lieues en deçà de Lyon, le 26 octobre 1639 : « Nous avons un nouveau favori à la cour, qui est M. de Cinq-Mars, fils de feu M. le maréchal d'Ëffiat, dépendant tout à fait de monseigneur le cardinal. Jamais le Roi n'a eu passion plus violente pour personne que pour lui. Sa Majesté récompense la charge de grand-