‹ Madame de HautefortChapitre 29 sur 182 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

aussi trouvé bien commode à aimer, puisque cela ne lui faisait pas d'affaire avec M. le cardinal. Ainsi que Richelieu l'avait prévu et espéré, cette inclination nouvelle amortit peu à peu dans le cœur de Louis XIII son amour pour M"* de Hautefort \ ou plutôt elle devint un autre amour qui, comme le premier, avait ses vivacités, ses jalousies, ses orages *. Le Roi demandait à

écayer qu*a M. de Bellegarde, pour la loi donner. Ce n*est pas un trop vilain début pour un homme de dix-neuf ans. »

i. Montglat, 1. 1, p. 238 : « Uamour du Roi n'étoit pas comme celui des autres hommes, car il aimoit une fille sans dessein d*en avoir aucune faveur, et vivoit avec elle comme avec un ami ; tellement que, quoiqu'il ne soit pas incompatible d'avoir ensemble une maîtresse et un ami, à son égard cela ne se pouvoit accorder, parce que sa maitresse étoit son unique ami et une confidente à laquelle il soumettoit tons les mouvements de son cœur. »

% Nous avons cité plus haut, p. 14, un passage des Mémoires de Mademoiselle où celle-ci nous apprend que Ton trouva dans la cassette de Louis XIII les procès-verbaux des démêlés qu*il avait eus avec ses maîtresses. Nous avons aussi retrouvé deux petits monuments curieux de ses bizarres relations avec Ginq-IAars et de leur manière de vivre sous le contrôle et comme par-devant le tribunal de Richelieu. Bibliothèque nationale, Baluze, armoire V, paquet IV, n» 2 : « Copié sur Toriginal escrit de la main de M. de Noyers et signé du Roy et de M. le Grand. ^ Ai^ourd'hui, neuviesme mai 1640, le Roy estant à Soissons, Sa Majesté a eu agréable de promettre à M. Le Grand que de toute cette campagne elle n'aura aucune cholere contre lui, et que s'il arrivoit que le dit sieur Le Grand lui en donnast quelque léger sujet, la plainte en sera fidte par Sa Majesté à H. le cardinal, sans aigreur, afin que par Tadvis de son Eminence le dit sieur Le Grand se corrige de tout ce qui pourroit desplaire au Roy, et qu'ainsi toutes ses créatures trouvent leur repos dans celui de Sa Mi^esté. Ce qui a esté promis réciproquement par le Roy et mon dit sieur Le Grand en présence de S. E.

« Locis, « EfFiAT DE Cinq-Mars. »

IHd. Le Roi au cardinal : « De Saint-Germain, ce 26 novembre

Cinq-Mars de n'aimer que lui; celui-ci, poussé par sa propre ambition et par Richelieu, demandait à son tour au Roi de ne pas partager ses affectionsS et il se plaignait de l'empire qu'exerçait encore sur lui M"^de Hautefort. Dans les commencements, il suffisait d'une soirée que le Roi venait passer chez la Reine pour déjouer toutes ces manœuvres et rendre le cœur de Louis à sa première et irrésistible maltresse. Mais il n'en était point ainsi dans les voyages* : là seul entre son redouté ministre et son nouvel ami, le Roi était bien autrement facile aux impressions qu'on lui voulait donner, et c'est dans un de ces voyages que, les yeux de la belle dame n'étant plus là pour plaider sa cause, Richelieu l'accusa d'avoir la main dans les intrigues de Monsieur, de troubler et

1639. Je vous remercie du seing que vous prenez d'envoyer savoir de mes nouvelles. Je me suis un peu trouvé mal cette nuit... Vous verrez par le certificat (pie je vous envoyé en quel estât est le racomodement que vous fistes hier. Quand vous vous estes meslé d*une affaire, elle ne peut mal aller. Je vous donne le bon soir. » Certificat joint au billet : « Nous, ci dessous signés, certifions à qui il appartiendra estre très contents et satisfaits Tun de Tautre, et n*avoîr jamais esté en si parfaite intelligence cp.ie nous sommes à present.- En foi de quoi nous avons signé le présent certificat. Fait à Saint- Germain, ce 26« novembre 1639.

« Signé, Locis, Effiat de Cinq-Mars. »

1. Montglat, 1. 1, p. 341 : « n (le Roi) avoit donné son cœur à son nouveau favori, et il lui avoit promis qu*il ne seroit point partagé. »

2. Ibid., p. 239: « Comme le cardinal avoit résolu de perdre M°"* de Hautefort, il prit le temps du voyage du Roi durant lequel elle ne le voyoit point, et, profitant de son absence, etc.» Tout le reste de notre narration est fidèlement tiré de la Vie imprimée.

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