‹ Madame de HautefortChapitre 30 sur 182 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

de diviser la cour et de faire obstacle au gouvernement par l'absolu crédit qu'on lui supposait sur le Roi; il fit entendre qu'il était fort inutile d'avoir exilé M"« de Ghevreuse pour garder une personne tout aussi dangereuse qu'elle. Louis XIII résista Idng^ temps. Pour remporter, le cardinal fut obligé de lui donner à choisir entre M"® de Hautefort et lui, et de déclarer qu'il aimait mieux se retirer que de se consumer dans des luttes obscures, où l'appui du Roi lai manquait. Cette menace épouvanta Louis XIH. Richelieu le voyant ébranlé, pour le décider, lui dit qu'il ne s'agissait pas d'éloigner à jamais M"® de Hautefort, mais seulement pour une quinzaine de jours, afin qu'on vit que sa faveur n'était pas aussi grande qu'on le croyait. Le Roi finit par céder en insistant bien sur cette condition que ce serait seulement pour quinze jours. Le cardinal l'assurrf qu'il n'en demandait pas davantage; mais, redoutant l'ascendant accoutumé de M"« de Hautefort, il fit promettre au Roi de ne pas la voir. A peine le marché conclu, Richelieu se hâta de l'exécuter ; il envoya, de la part du Roi, à l'ancienne favorite, l'ordre de se retirer pour quelque temps, et aux gardes celui de ne la point laisser entrer chez le Roi.

Quand M°* de Hautefort reçut le commandement qui lui était apporté, elle eut de la peine à y croire. Elle se rappelait que, dans plusieurs de ses querelles avec son royal amant, souvent elle lui avait dit que de i'humeur dont elle le connaissait, elle s'attendait à être un jour ou l'autre chassée de la cour par la jalousie du cardinal, et que Louis XIII lui avait tou-

jours répondu que cela ne serait jamais, et que, reçût-elle un pareil ordre, il la conjurait de ne pas y ajouter foi et de ne croire qu'à ce qu'il lui dirait luimême. Elle voulut donc entendre de la bouche même du Roi Tordre qu'elle venait de recevoir. « Elle étoît si bonne et si aimée de tout le monde, dit Thistoire de sa vie S que lorsqu'elle se présenta à la porte du Roi, les gardes, après lui avoir fait part de leur ordre, n'osèrent s'opposer à ce qu'elle entrât. La surprise du Roi fut extrême en la voyant avec un air de grandeur et de fierté tout ensemble, que le dépit lui donnoit et

1. Vie imprimée. — Montglat raconte la scène différemment : « Étant résolue de ne point partir qa*elle n'eût vu le Roi, elle baissa sa coiffe de peur d*être reconnue, et alla l'attendre dans la salle des gardes par où il devoit passer pour aller à la messe. Dès qu*elle Taperçut, elle approcha de lui, et, levant sa coiffe, lui dit que sur sa parole elle n'avoit pas ajouté foi à ceux qui lui avoient ordonné de sa part de se retirer, et qu'elle ne le pouvoit croire après les protestations qu'il lui avoit faites, s'il ne le lui disoit lui-même. Jamais homme ne fut si embarrassé que lui, car il ne s'attendoit point à une telle rencontre; il fut aussi tellement surpris que, tout honteux et décontenancé, il lui dit qu'il étoit vrai qu'il l'avoit commandé et qu'il avouoit celui qui lui portoit l'ordre; et sans lui donner le temps de répondre, il passa vite tout interdit. Elle se retira le même Jour, et la faveur demeura tout entière à Cinq-Mars. » Voici encore une autre relation, la moins vraisemblable des trois, celle du comte de Brienne, Mémoires, collection Petitot, t. XXXVI, p. 70 : « M™* de Hautefort, à qui le Roi avoit témoigné de la bonne, volonté, eut ordre de se retirer de la cour. Cette dame me pria de faire souvenir Sa Majesté qu'elle lui avoit souvent promis que sa disgrâce n'arriveroit point. l\ est vrai, disoit ce monarque; mais c'étoit h condition qu'elle seroit sage, et qu'elle ne me donneroit aucun sujet de me plaindre de sa conduite. S'est-elle imaginée qu'il suffisoit d'être reconnue pour une femme de vertu pour avoir part à moc amitié? 11 faut encore éviter d'entrer dans les cabales, et c'est ce que Je n'ai Jamais pu gagner sur elle. »

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