‹ Madame de HautefortChapitre 31 sur 182 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qui augmentoit sa beauté. Elle lai dit qu'avant de partir de la cour par son ordre, elle avoit voulu connoître quel crime elle avoit commis pour mériter d'être exilée. Le Roi lui dit que son exil n*étoit que pour quinze jours, qu'il l'avoit accordé avec une violence extrême aux raisons d'État, à cause des intrigues qui troubloient toute la cour, et que l'on faisoit sous son nom ; qu'elle le devoit plaindre de la violence qu'on avoit faite à son inclination, et de la douleur qu'il en souflfriroit pendant ce temps. Elle lui répondit que ces quinze jours dureroient le reste de sa vie ; qu'ainsi elle prenoit congé de lui pour toujours. Le Roi l'assura, comme il le croyoit, que rien au monde ne pourroit l'obliger à se priver de la voir un jour de plus. »

On comprend quelle dut être la douleur d'Anne d'Autriche en perdant une pareille amie, dont elle sentait bien qu'elle causait elle-même l'infortune. Elle pleura, sanglota, l'embrassa plusieurs fois, et dans le trouble où elle était, ne sachant que lui offrir, elle défit ses pendants d'oreilles, qui valaient bien dix ou douze mille écus, et les lui donna, en la priant de les garder pour l'amour d'elle*.

M°® de Hautefort se retira près du Mans, dans une terre qui appartenait à sa grand'mère, emmenant avec elle son jeune frère, M. de Montignac, et sa sœur M"* d'Escars, sans oublier celle qu'elle croyait sa meilleure amie, M"« de Chémerault, que Richelieu avait aussi mise en disgrâce pour couvrir sa trahison,

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