‹ Madame de HautefortChapitre 32 sur 182 · Vie imprimée · texte numérisé non relu

Vie imprimée

et qui, SOUS le masque du dévouement, avait accepté l'odieuse mission de surveiller l'exilée comme elle avait fait la favorite. Tel était à son égard l'aveuglement de M"*® de Hautefort qu'avant de quitter Paris, ayant appris que la Reine s'était bornée . à donner &,000 écus à M^*^ de Chémerault, sans aucune autre marque d'attact^ement et d'estime, elle se sentit blessée dans l'opinion qu'elle s'était faite de sa générosité, et lui écrivit une dernière fois pour lui rappeler, dans les termes les plus vifs, ce qu'elle devait à M"® de Chémerault, oubliant sa propre infortune et le rang de celle à laquelle elle écrivait pour ne songer qu'à la jeune fille. Elle avait appris aussi qu'Anne d'Autriche n'avait pas témoigné une assez haute indignation de l'outrage qui lui était fait à elle-même en sa personne, et qu'elle avait trop paru se résigner au triomphe de Richelieu. Cette conduite avait été un coup douloureux à sa fierté et à sa tendresse ; elle en souffrait plus que de l'exil, et la façon dont elle en parle à la Reine se ressent du trouble et de l'amertume de son cœur. La lettre où elle exhale ses chagrins, pleine à la fois d'aflfection, de hauteur et de dépit, exprime admirablement son caractère, et montre en elle, à vingt-quatre ans, à cet âge heureux des grands sentiments portés jusqu'à l'exagération, une sorte d'Emilie outrée et sublime. Voici quelques passages de cette lettre à la Corneille. On y sent que la plus grande douleur de M""® de Hautefort est de voir sa royale amie au-dessous de l'idéal de générosité et de noblesse qu'elle s'était formé, et la hardiesse de son langage en cette occasion marque déjà jusqu'où elle

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