‹ Madame de HautefortChapitre 33 sur 182 · I CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

I CHAPITRE DEUXIÈME

j pourra se porter plus tard, lorsqu'elle croira la réputation de la Reine bien autrement compromise.

« Madame*, s'il m'étoit permis de juger des sentiments de Votre Majesté par les miens, je n'oserois TOUS dire adieu pour jamais, de crainte que cette Darole ne mît votre vie au même péril où elle met la mienne en vous l'écrivant. Mais puisque Dieu vous fait avoir en cet accident la résignation que vous avez eue en tant d'autres, je ferois injure à la Providence et à votre courage si je croyois que mes disgrâces et mes déplaisirs pussent donner quelque atteinte à votre santé et à votre repos. C'est donc pour jamais. Madame, que je dis adieu à Votre Majesté, et je vous supplie très-humblement de croire qu'en quelqu'endroit du monde que la persécution me puisse jeter, j'y passerai mes jours dans la fidélité et dans l'attachement qui sont les véritables causes qu'on me persécute, et n'aurai de regret, parmi les ennuis qui m'accablent, que de n'en pouvoir pas souffrir davantage pour l'amour de vous. Ma douleur me feroit ici achever ma lettre si le zèle que j'ai pour votre gloire ne me défendoit de taire une chose qui la peut ternir, et de dissimuler l'étonnement que chacun témoigne de Fétat où vous laissez M\'« de Chémerault. On sait cpie vous connoissez aussi bien son cœur que sa misère, et on ne croit pas même que vous lui deviez faire acheter le bien qu'elle peut recevoir de vous par une demande qui lui sortiroit de la bouche avec

i. Cette lettre n*est pas dans la Vie imprimée; nous la tirons de la Vie manuscrite.

plus de peine que sa propre vie. Cependant on lui a commandé de se retirer avec quatre mille écus, qu'il faut qu'elle emploie à payer ses dettes; on parle de la renvoyer de la même sorte qu'on renverroit Michelette ^, si l'on s'étoit avisé des grandes cabales qu'elle fait dans la cour aussi bien que nous... On dit que si une reine n'a pas d'argent pour fournir aux nécessités d'une fille qu'elle a fort aimée, elle peut bien au moins lui envoyer un présent qui témoigne qu'elle ne l'oublie pas, et lui donner après cela une pension qui assure sa subsistance, avec une lettre qui fasse connoltre à sa mère l'entière satisfaction que vous avez d'elle... Je suis si délicate en ce qui regarde l'opinion que toute la terre doit avoir de vous que, si M"® de Chémerault n'avoit pas su le présent que vous m'avez fait, je n'eusse pu m'empêcher de le lui donner de votre part. Encore que j'aie appris avec dépit la peur que vous avez de déplaire à celui qui m'arrache d'auprès de vous, je proteste que vos timidités et vos complaisances me piquent beaucoup plus pour vous que pour moi, et que je me consolerois du mal qu'il m'a fait, si j'étois bien certaine que

1. Femme de service de la Reine, qui avait la garde de ses petit» chiens. Loret, la Muse historique, livre II, lettre xxvi :

Michelette, cette semaine, Humble servante'chez la reioe, Est morte, à ce que dit la cour, De dépit, de honte et d'amour.

Elle mourut le 26 juin 1651. Voyez son Épitaphe dans Les Poésies DE Jules de la Mesnardière, de TAcadémie française, 1656, in-fol.,' p. 71-86.

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