‹ Madame de HautefortChapitre 34 sur 182 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

ce fût le dernier qu'il voulût vous faire. Adieu pour la dernière fois, Madame ; je ne puis plus penser à ne vous voir jamais, et si cette mortelle imagination ne me donne relâche pour un moment, je ne vivrois même pas assez pour vous dire que je suis, Madame, de Votre Majesté, la très-fidèle, etc. »

Tous ceux qui, à la cour et à Paris, avaient connu M"*^ de Hautefort, sa vertu, son désintéressement, son obligeance, sa libéralité, ne la virent pas s'éloigner sans un extrême déplaisir. Les plus inconsolables furent ses amants, comme on disait alors. Un d'eux, le marquis de Noirmoutiers, de la maison de la Trémouille, ne pouvant résister à la violence de sa passion, s'échappa de Paris et courut au Mans pour la voir encore, dans l'espérance de la toucher. Mais M""* de Hautefort ne l'aimait point, et elle comprenait trop la dignité du malheur pour la compromettre en recevant des visites équivoques^ Elle s'ensevelit

1. La Porte, Mémotres, p. 391 et 392 : « J*aperças M. de Noirmoutiers, qui arrivoit à Thôtellerie voisine de celle où dévoient loger M™* de Hautefort et M^* deChémerault, lequel me dit aussitôt que M^^*' de Chémerault lui avoit mandé que M*"* de Hautefort et elle dévoient venir à Saumur. Il me déclara le sujet de son voyage, qui étoitune eitrôme passion pour M"^ de Hautefort, à laquelle il venait offrir 80D service, et que M^ de Chémerault lui avoit promis de le servir; qu'il croyoit Toccasion d'autant plus .favorable qu'on n'en sauroît rien. Mais lorsque je lui eus dit que M. de Villars (ami respecté de la famille, et qui plus tard négocia le mariage de M"**' de Hautefort), étoit avec elle, il en pensa mourir de douleur, et il chercha tous les moyens d'écarter M. de Villars, et de parler à M™^ de Hautefort et à sa confidente sans qu'il le sût ; ce que lui ayant fait connoltre être impossible, jamais homme ne fut plus afQigé. Il étoit résolu d'aller chez un orfèvre faire faire un cachet du Roi, puis de fabri-

dans une solitude profonde, ne recevant qu'un trèspetit nombre d'amis, entre autres le pauvre La Porte, qu'elle avait fort contribué, pendant le retour de son wédit, à tirer de la Bastille S et qui, exilé comme

4uer uDe lettre de cachet portant jordre à M. de ViUars de se rendre en diligence à Paris, et de le lui envoyer par un homme aposté. Mais il en fut dissuadé par un gentilhomme nommé Du Rossai, qui étoit à lui, M"** de Hautefort fut extrêmement surprise lorsque je lui dis cela, et crut bien d*abord que c'étoit M"* de Chômerault qui lui avoit fait cette pièce^ de quoi elle fut fort en colère contre elle; mais avec tout cela elle ne put se défendre de le voir (le marquis de Noirmoutiers), ce qui n*avanca pas ses affaires; et quoiqu'il voulût s*aller Jeter dans la rivière, ou en faire le semblant, on étoit fort résolu de le laisser boire sans lui en faire raison. Il fit tout ce que l'amour peut suggérer quand il est extrême et que le sujet est sans défaut ; mais il avoit affaire à une personne qui n'étoit pas aisée à toucher, et pour laquelle des têtes couronnées avoient souvent fait des vœux qui n*avoient jamais été exaucés. Elle le congédia plusieurs fois; mais comme elle vit qu*il ne se rebutoit pas, elle partit de grand matin et s'en retourna au Mans. H courut après; on ferma les portières du carrosse, et enfin on le traita de manière qu*il fat obligé de s'en retourner, etc. »

1. C'est La Porte qui nous apprend ce qu'il devait à M™* de Hautefort, et comment il fut accueilli par elle lorsqu'il alla la remercier, p. 387-388 : « J'allai chez M"™» de La Flotte pour rendre mes devoirs à M™« de Hautefort ; c'étoit là qu'il falloit faire des remerciements et des protestations de recpnnoissance ; mais elle m'arrêta tout court, et je crois qu'elle eut raison; car, outre que je les faisois mal, c'est à mon gré une méchante monnoie pour payer de véritables obligations. Bonne ou mauvaise cependant, c'étoit tout ce que je pouvois donner à la générosité si extraordinaire d'une personne qui avoit tant pris de peine à m'assister ; car, outre les choses qui regardent le service de la reine, elle m'avoit rendu tous les bons offices qu'elle avoit pu, et eut bien plus de soin de mes affaires qu'elle n'en a toujours eu des siennes. Ce n'étoit pas une générosité commune qui attende les occasions, elle les cberchoit continuellement; et ce qui est admirable c'est qu'elle a toujours été et qu'elle est encore à présent de la môme force. »

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