CHAPITRE DEUXIÈME
elle, habitait dans le voisinage. Ces deux ftmes loyales et courageuses, bien séparées par leur rang dans le monde, s'étaient rapprochées dans leur fidélité à Anne d'Autriche et dans leur commune ardeur pour ses intérêts et pour sa gloire. La Porte avait yu M*« de Hâutefort si intrépide, et il la savait si pure, si désintéressée, si bienfaisante qu'il s'était donné à elle tout autant qu'à la Reine, et bien plus qu'à M"* de Chevreuse. Il n'était pas dupe de la feinte amitié de M"« de Chémerault, et plus d'une fois il tenta d'éclairer M"*® de Hâutefort; mais celle-ci rejetait bien loin ses soupçons, ne pouvant pas seulement, dit La Porte, soutenir la pensée d'un tel crime*, et elle
1. La Porte, p. 388 : « J*appris à Poitiers que ll!^* âe Chémerault avoit intelligence à la cour, et que même elle en receToit des bien* faits, ce qui paraissoit par la dépense qu'elle faisoit, à quoi elle n'eût pu fournir de son revenu particulier. Je Tobservai dans les entretiens, et coname je me défiois d'elle, il ne me fut pas difficile de connoltre que les soupçons que j'avois eus n'étoient pas mal fondés» J'ayertis M"'* de Hâutefort de ce que j'avois tu et entendu; mais comme elle est bonne et qu'elle a la conscience délicate, elle ne put croire qu'elle fût capable de faire une si l&che action; et comme de jour en jour je m'affermissois dans la croyance qu'elle trompoit son amie, je ne pouvois m'empêcher d'avertir M*"* de Hâutefort de pren- ^ garde à elle, et sa générosité naturelle l'empèchoit toujours d'ajouter foi à ce que je lui disois, ne pouvant s'imaginer qu'une personne qu'elle aimoit pût commettre un crime dont elle ne pouvoit pas seulement souffrir la pensée. Aussi, pour avoir jugé par ellemême, elle se trouva trompée, et n'en put jamais être persuadée ^'après la mort de son Éminence, dans le cabinet duquel il se trouva dix-sept lettres où, par le moyen de M"** de La Malaye, elle reodoit un compte fort exact à son Éminence de tout ce que M™* de Hâutefort lui avoit confié, tant de ce qui la concernoit en particulier, que de ce qui regardoit la reine, laquelle envoya ces lettres à )!■»• de Hâutefort au Mans, qui depuis ont été vues de toute la
ne fut désabusée qu'à la mort de Richelieu, lorsque la Reine lui envoya les lettres de M"® de Ghémerault, trouvées dans la cassette du cardinal.
C'est pendant ce séjour auprès du Mans qu'elle entendit parler de Scarron, de ses cruelles infirmités, et de la gaieté courageuse avec laquelle il les supportait. Scarron souffrait; c'était assez, elle s'intéressa au bouffon malade, et lui vint en aide de toutes les manières. De là, tant de vers adressés par Scarron à M"** de Hautefort et à sa sœur*. Un peu plus tard, le pauvre Loret, grâce à sa misère, trouva aussi en elle une protectrice fidèle, et lui consacra les premiers fruits de sa muse burlesque*.
France, et imprimées pendant les désordres de Paris. » Voyez 1*âp-
PENDICE.
1. Lorsque M°^* de Hautefort revint à la cour, elle présenta Scarron à la reine Anne, et elle lui fit obtenir une pension, avec un bénéfice au Mans. Les pièces fort nombreuses que Scarron lui a adressées, ainsi qu*à sa sœur, M^ d'Escars, à diverses époques, se trouvent au tome VII des OEuvres de Scarron, édition d'Amsterdam, 1752. Les principales sont : !<> La légende des eaux de Bourbon, de Tannée 1641, et la seconde légende de Bourbon; 2o ses vers à Tinfante d*Escars; ^^ à M°*^ de Hautefort, revenue à la cour, élégie; 40 2tM°*« de Hautefort, quand celle-ci le présenta à la Reine; 5^ à M^* d*Escars, sur le voyage de la Reine à la Barre, maison de plaisance de M^® du Vigean ; Q° à M'"^ de Hautefort tombée en disgrftce, et qui s*était retirée dans un couvent, ainsi que nous le verrons plus tard, ce qui la fait appeler par Scarron sainte Hautefort; 7° à M™' de Hautefort, Étrennes; 8° épithalame sur le mariage de M™« de Hautefort et du maréchal de Schomberg, etc. Voyez PAp-
PENDICE.
2. Loret, Poésies burlesques, in-4<^, 1647. L'ouvrage est dédié à M^® d'Escars, et presque toutes les pièces sont pour M™* de Hautefort, pour les personnes de sa famille et de sa société; pour sa sœur d'Escars, ses deux frères, le marquis de Hautefort et le comte