CHAPITRE TROISIÈME
auprès de l'aimable dame d'atours un rival bien plus redoutable dans le plus jeune et le plus brave capitaine de ses gardes, Potier, marquis de Gêvres, le fils aîné du comte de Trêmes. C'était un des jeunes seigneurs de là cour qui donnait les plus grandes espérances. Son service de capitaine des gardes lui faisant rencontrer souvent la belle Marie, il en était devenu éperdument amoureux, et sachant bien à qui il avait aflfaire, il avait soutenu ses ardents et respectueux hommages de propositions qui n'étaient pas faites pour être repoussées. M"* de Chémerault, pour qui M"»® de Hautefort n'avait pas de secret, en avertit Richelieu S qui en avertit le Roi, afin de lui montrer ([ue la belle dame n'était pas aussi insensible qu'elle le voulait faire accroire, et qu'elle répondait bien mal à sa royale affection. Louis XIII, transporté de courroux, envoya trois personnes à M"* de Hautefort lui demander une explication. Celle-ci ne trouva pas de sa dignité de s'expliquer par intermédiaires, et leur dit seulement que si le Roi voulait bien venir lui-même, elle ne lui cacherait rien. Louis XIII y
Tooloit parler encore une fois à M. le duc de Liancourt, il seroit Purement chassé. Mais la sagesse et la prudence de cette dame furent si admirables, que tous les troubles que cette conversation de M. de Liancourt avoit élevés dans le cœur du Roi et de ses deux grands ministres se calmèrent. Il n*y eut que M**** de Liancourt qui, étant guérie et ayant soupçonné quelque chose de cette IMttsioQ de M. son mari, en eut toujours depuis une étrange inquiétude. »
i. Lettres de M^^^ de Chémerault, dans le Journal de M. le cariiiiiAL DUC DE Richelieu : « Le Roi envoya M. de Metz, La Ghesnaye et Bourdonné pour la résoudre à ad vouer que le marquis de Gesvre ^Voitfait demander en mariage. »
courut sur-le-champ, et elle lui avoua sans détour qu'en effet le marquis de Gêvres la recherchait, et qu'il lui avait fait parler par un de leurs amis. Le Roi se montra satisfait de cette loyale déclaration, disant en même temps que, si elle avait usé du moindre déguisement, il l'aurait chassée de la cour. Mais il ne s'en tint pas là : il envoya* un exempt de
i. Nous tirons les détails qui suivent d*une pièce inédite, enfouie à la BiBuoTHÈQUE NATIONALE daus le fonds Du Puy, n°' 548, 549, 550. En tète de cette pièce, on lit : Hadtefort. Gesvres, 1639. « Le Roi ayant eu advis depuis dix ou onze mois en ça de divers endroits par différentes personnes, qu'il se traictoit secrètement de mariage entre le sieur marquis de Gesvres, capitaine des gardes de S. M., et la dame de Hautefort, dame d'atours de la Reine, S. M. a commandé au sieur de Riquetty, exempt des gardes du corps de S. M., d'aller trouver de sa part le sieur comte de Tresmes, père du sieur marquis de Gesvres, pour lui dire que S. M. avoit trouvé fort estrange que le sieur marquis de Gesvres, estant son domestique, eût osé entreprendre de rechercher ladite dame de Hautefort, aussi domestique de la Reine, sans la permission de LL. MM., et que ce n'estoit point la coustume de procéder de la sorte en telle manière d'affaires, et que S. M. ne trouvoit nullement bon tel procédé, et qu'elle avoit toute sorte de sujets d'estre mal satisfaite dudit sieur comte de Tresmes et de son fils. Néantmoins, que si ledit sieur marquis de Gesvres vouloit recoguoistre la faute quMl avoit commise et en demander pardon à S. M., qu'elle lui pardonneroit de bon cœur, et que s'il vouloit continuer dans le dessein d'espouser ladite dame, en faire la recherche et la demander par les voies ordinaires, S. M. y consentiroit volontiers, et de plus qu'il le souhaitoit, comme estant un mariage bien avantageux pour l'un et pour l'autre, disant que ledit sieur marquis ayant de grands biens il ne pouvoit mieux faire que d'espouser ladite dame, en cas qu'elle y voulût consentir, attendu que c'est une très belle, très sage et très vertueuse fille, de très bonne maison, et d'un aussi grand mérite que fille qui soit en France, et pour tesmoignage de cela que tout le monde avoit toujours cognu l'estime que S. M. en a faite et fait encore. S. M., de plus, a commandé audit sieur Riquetty de dire au sieur comte de Tresmes, qu'elle desiroit savoir sous peu la volonté de son fils,