CHAPITRE TROISIÈME
ses gardes se plaindre au comte de Trêmes de la conduite de son fils, qui, étant à son service et recherchant une personne du service de la Reine, osait le faire par des voies secrètes et sans en avoir obtenu la permission de Leurs Majestés. Il déclarait d'ailleurs qu'il ne s'opposait pas à ce mariage, mais sur un ton que le comte de Trêmes comprit fort bien. Se prô-
d'aatant que toat le monde sait la recherche qu*il a faîte de ladite dame, bien qu*il croye que cela soit tenu très secret, disant que cela lui pourroit nuire ; ce qui oblige S. M., pour Tamitié qu'il porte il ladite dame, de vouloir absolument que ledit sieur marquis se résolve dans caresme prenant de Tespouser, en cas qu'elle y consente, ou bien de se marier à une autre fille qu'il voudra choisir ; aussi que S. M. a esté asseurée depuis peu que ladite dame de Hautefort est dans le dessein de se marier. Ce qui estant, S. M. Beroitblea fâchée qu'on crût qu'elle eût dessein de l'en empêcher; mais qu'au contraire elle s'est offerte par plusieurs fois de contribuer tout ce qu'elle pourroit pour la marier lorsqu'elle lui tesmoigneroit en avoir dessein, pourvu que ce fust un parti advantageux, comme S. M. juge que pourroit estre celui dudit aiecT niarquis. ^
« Je certifie avoir dit à M. le comte de Tresmes, de la part de S* H.f les choses contenues au présent escrit. Fait à Villeroy, le 8 janTier 1639. Signé : Christophe Riquetty.
« Je recognois que M. de Riquetty m'a dit tout ce qui est escrit
ci-dessus de la part du Roi. Sur quoi Je suis venu trouver S. M. pour
la supplier très humblement de croire que je n'ai jamais eu encore
cognoissance directement ni indirectement de l'intelligence qui a
peu estre entre M<"* de Hautefort et mon fils aisné sur le sujet de
niariage. Et, quant à mon particulier, je supplie très humblement
le Koi de trouver bon que je ne consente point audit mariage en
aucune façon du monde, et que je traite mon dit fils comme un
père peut traiter un fils qui est désobéissant en cas qu'il passe outre
audit mariage. Je supplie encore S. M. en ce cas de lui ester toutes
les charges qu'il peut espérer de moi, S. M. m'ayant promis de me
les conserver en sa personne. Je demande aussi à S. M., en grâce
particulière, de ne me point obliger à marier mon dit fils aisné dans
tant, en fin courtisan, à cette comédie, c'est lui qui s'éleva couire ce mariage, et le jeune capitaine des gardes dut signer une déclaration où librement il renonçait au dessein qu'il avait eu. Cette belle déclaration est des premiers jours de 1639. Gêvres s'y serait-il arrêté après la mort de Louis XIII, s'il avait eu le temps de revoir à la cour Marie de Hautefort plus brillante que jamais, et si une mort glorieuse ne l'avait pas emporté au siège de Thionville, quand il allait devenir maréchal de France*?
Parmi tant d'autres adorateurs de la belle dame qui paraîtront successivement, mettons ici, à côté du jeune et héroïque marquis de Gêvres, le vieux duc d'Angoulême, gouverneur de Provence, le fils de Charles IX et de Marie Touchet. Resté veuf de Charlotte de Montmorenci, il mit aux pieds de M"** de Hautefort sa fortune et son nom qu'elle n'hésita
caresme prenant, promettant à S. M. faire tout mon possible ponr le marier le plustost que je pourrai quand j'aurai trouvé son advantage et celai de ma maison. Ce que S. M. m*a accordé et remis entièrement à moi, dont je la remercie très humblement, cotnme aussi de la grâce qu'elle m'a faite de ne me rendre point garant de la personne de mon fils aisné, et de tous événements qui pourroient en arriver. Fait à Villeroy, ce 8 janvier 1639. Signé : Tresmes.
« Le Aoi m'ayant fait l'honneur de me laisser la liberté de continuer le dessein que j'ai ci-devant eu de rechercher en mariage M°^« de Hautefort, je déclare *à présent que je n'ai aucnue intention de parachever ledit mariage. Fait à Fontainebleau, le 10 janvier 1639. Signé : Gesvres. »
1. Il y a du marquis de Gêvres une belle statue par Michel Ânguier à Versailles, ainsi qu'un portrait frappant peint par Champagne et gravé par Morin. Voyez notre ouvrage dd Vrai, du Beau et DU Bien, dixième le^on, de VArt français^