‹ Madame de HautefortChapitre 47 sur 182 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

point à refuser*. Le duc de Ventadour, le chel de la maison de Leyis, ne cachait pas la yive et solide passion qu'elle lui avait inspirée : il la re* cherchait ouvertement et briguait son cœur et sa main *.

Quelle était donc cette beauté à laquelle nul ne résistait, et qui, sans la moindre coquetterie, soumettait les coeurs les plus dissemblables, les plus purs et les plus légers, les plus hardis comme les plus sages, et les vieillards comme les jeunes gens? Le moment est venu de la faire connaître d'après les témoignages les plus certains.

Sans nous arrêter à recueillir les divers éloges que les mémoires contemporains prodiguent en passant à M"® de Hautefort, nous nous en tiendrons à trois descriptions tracées par des mains différentes, et qui toutes les trois, par leur ressemblance, témoignent de leur commune exactitude.

1. TaUemant, t. I, p. 141 : « Après avoir été veuf quelque temps, il voulut épouser M™" d*Hautefort, qui a depuis épousé M. de Schomberg; elle n'en voulut point. »

2. ScaiTon, t. VU, p. 178, V<yyage de la Reine à La Barre, en août 1643 :

Est-il vrai qu'un pareil naufra^ Éprouva des ducs le courage, Et que le duc de Ventadour Y perdit tout, hors son amour Qui lui laissa force assez grande Pour, à beau pas de Sarabande»

Nonobstant son trebuchement, Aller s'offrir très humblement, Bcayer soumis et fidèle, A. votre sœur si bonne et belle, lion incomparable Hautefort, Seule maîtresse de son sort?

68 MADAME DE HADTEFORT.

M"® de Motteville fournit d'abord les traits essentiels*: « Ses yeux étaient bleus, dit-elle, grands et pleins de feu, ses dents blanches et égales, et son teint avoit le blanc et l'incarnat nécessaires à une beauté blonde. »

La pieuse amie qui nous a laissé une vie édifiante de M"** de Hautefort a cédé elle-même au plaisir de faire connaître en détail une si parfaite beauté. La chaste plume n'a rien oublié, et la peinture entière est d'une naïveté gracieuse qui répond assez de sa fidélité : « M™« de Hautefort est grande et d'une trèsbelle taille ; le front large en son contour, qui n'avance guère plus que les yeux, dont le fond est bleu et les coins bien fendus ; leur vivacité est surprenante et leurs regards modestes ; ses sourcils sont blonds, assez bien fournis, se séparant les uns des autres à l'endroit où se joint le front; le nez aquilin, la bouche ni trop grande ni trop resserrée, mais bien façonnée; les lèvres belles et d'un rouge vif et beau ; les dents blanches et bien rangées. Deux petits trous aux côtés de la bouche achèvent la perfection et lui rendent le rire fort agréable. Elle a les joues bien remplies : la nature s'est complue à y mêler le blanc et le vermeil avec tant de mignardise, que les roses semblent s'y jouer avec les lis. Elle a les cheveux du plus beau blond cendré du monde, en quantité et fort longs, et les tempes bien garnies. Elle a la gorge bien faite, assez formée et fort blanche, le cou rond et bien fait, le bras beau et bien rond, les doigts menus et la

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