‹ Madame de HautefortChapitre 48 sur 182 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

maîû pleine. Elle a Tair libre et aisé, et quoiqu'elle n'affecte pas de certains airs que la plupart des belles veulent avoir pour faire remarquer leur beauté, elle ne laisse pas d'avoir un air de majesté dans tonte sa personne qui imprime à la fois le respect et Famitié*. »

Le portrait de M"* de Hautefort, sous le nom d'Olympe, qui se trouve dans la Galerie des Peintures à la suite des Divers Portraits de Mademoiselle, la représente vers cet âge de quarante ans, si redoutable à la beauté imparfaite et fragile, mais qui met la solide et vraie beauté dans tout son lustre, que va bientôt suivre un inévitable déclin. Ce n'est plus f Aurore des poètes de Louis XIII; c'est, pour continuer leur langage, l'astre lui-même à son coucher. Ses blonds cheveux ont à peine changé leur teinte

i. C'est à la Vie manuscrite qu'appartient ce passage trop abrégé dans la Vie imprimée. CeUe-ci, en retour, s'étend un peu plus sur le mélange de majesté et de douceur qui semble bien avoir été le caractère de la beauté de U*^* de Hautefort. « Elle a dans son visage et dans toute sa personne un certain air de bonté et de majesté tout ensemble si particulier, que tous ceux qui la connoissent assurent que Ton sent en la voyant de la joye, de la tendresse et du respect... Q s'est vu même bien de gens qui ne pouvant démêler les sentiments qu'elle faisoit naître, baissoient les yeux sans oser les lever joaqu'à elle, quoic[ue son abord honnête et engageant dût les ras- «Wfer. » — Loret, Poisiss, p. 102 et 103. A M""* de Hautefort :

Quand on pent regarder votre fftce sereine, Qui de tant de douceurs et de charmes est pleine, On sent une allégresse en tout temps, en tout lieu, Qui ravit tous nos sens, et nous fait louer Dieu D'avoir par ses bontés en vous, sa créature, Dedans an si beau corps mis une ame si pufel Ce mélange parfait d'incomparable prix Est la félicité des yeux et des esprits.

délicate pour celle du brun clair le plus agréable. Elle avait donc vaincu le temps ; mais nous doutons fort qu'elle pût résister à la description insipide et maniérée que nous épargnons au lecteur ^

Gomment admettre qu'une beauté pareille, deux fois favorite d'un Roi, l'objet de tant d'adorations, et qui plus tard devint la femme d'un des hommes les plus considérables de son temps, n'ait pas souvent exercé le pinceau et le burin des meilleurs artistes du xwu^ siècle? Et pourtant on chercherait en vain la belle Marie dans la riche galerie de Versailles, dans celle que Mademoiselle avait rassemblée au château d'Eu, et dans les diverses collections célèbres. On n'en a même d'autre portrait gravé que celui de la collection de Desrochers, si médiocre et si lourd. Il n'est pas aisé d'y reconnaître Olympe dégradée par un burin vulgaire. Cependant voilà bien encore ce grand front, ces grands yeux, cette abondante chevelure, flottant sur d'admirables épaules, ce cou bien fait, ce sein magnifique, qui, pour revivre dans toute leur beauté, demandaient le talent brillant et doux de Poilly ou de Nanteuil.

Bien convaincu qu'il devait se trouver quelque part

1. Les Dmrs Portraits parurent en 1659, et il y en eut cette même année deux autres éditions sous le titre de Recueil des Portraits et des Éloges en prose, dédiés à Son Altesse Royale Mademoiselle. C'est la seconde de ces éditions, plus ample que la première, qui donna pour la première fois le portrait de M"*" de Hautefort, qui de là a passé dans la Galerie des Peintures, 2 vol., 1663. Ce portrait, publié en 1659, et composé sans doute quelque temps auparavant, montre donc M"** de Hautefort entre quarante et quarante-trois ans. Voyez TAppendicb.

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