CHAPITRE TROISIÈME
an portrait de la belle dame perdu dans quelque galerie particulière ou dans le coin d'un château de province, nous avons porté nos recherches partout où pouvait nous conduire la moindre espérance, et nous avons eu enfin la bonne fortune de rencontrer ce que nous avions tant désiré dans une noble famille alliée de celle des Hautefort. Lorsque le second frère de Marie, le comte de Montignac, épousa Marthe d'Estourmel, il aura sans doute apporté dans la maison où il entrait un portrait de sa sœur, qui y est resté depuis le xvn« siècle jusqu'à nos jours. Nous l'avons eu entre les mains, nous l'avons longtemps examinés et nous pouvons nous flatter d'avoir vu Marie de Hautefort dans tout l'éclat de sa beauté, vers l'âge qu'elle avait à l'époque de son histoire où nous sommes arrivés. La peinture n'est assurément pas d'une grande finesse; mais la vie n'y manque point, et l'on croit volontiers à la ressemblance. Les traits les plus frappants des trois descriptions que nous avons reproduites s'y retrouvent relevés par le charme et la fraîcheur de la jeunesse. Marie de Hautefort est représentée en buste. Elle a d'abondants cheveux blonds agréablement bouclés, le front haut, les yeux bleus et grands, le nez légèrement aquilin,
i. Cadre ovale de deux pieds trois pouces de hauteur, et d^un pied neuf pouces de largeur, avec cette inscription derrière la toile : Marie d' Hautefort, duchesse de Schomberg, mareschalle de France^ dame d'atour de la reyne. Cette inscription d*une écriture du temps a été reproduite plus récemment autour de la partie supérieure du tableau. Ce portrait est celui qui a été gravé pour être mis en tète du présent ouvrage.
la bouche petite, les lèvres d'un rouge brillant, une petite fossette au menton, les joues pleines et colorées, royale du yisage parfait, le cou rond et assez fort, de belles épaules, le sein, que voile à demi une sorte d'écharpe en mousseline, ample et bien formé. Elle a des perles aux oreilles, un collier de perles et une agrafe de perles à la poitrine. Elle porte une sorte de cuirasse de fantaisie qui se termine aux épaules et à la ceinture par des ornements en or et des rubans. L'ensemble a plus de force et de noblesse que de légèreté et de grâce. Marie de Hautefort nous rappelle cet idéal de la vraie et grande beauté que nous avons autrefois retracé, au scandale des jolies femmes*; elle est de la famille de Charlotte Marguerite de Montmorenci, princesse de Gondé, de sa fille M^^de Longueville, de M"* de Montbazon et de M"« de Guyméné, de Marie de Gonzague et de sa sœur Anne la Palatine. Elle était faite pour figurer avec elles dans ce paradis de la beauté qui s'appelle la cour de Louis XIII et de la Régente. Elle en était une des étoiles les plus brillantes et certainement la plus pure.
1. La JsDiiEssE DB M"*" DB LoNODBYiLLB, Introductiou, p. 3, etc.
'^.'•Fr.