CHAPITRE QUATfilÈMË
Bourbon reparut parmi nous, elle ramenait de l'exil avec elle tout un monde de préjugés et d'inimitiés contre tout ce qui s'était passé en France depuis Yîngt-cînq années. Le roi Louis XVIII revenait avec on parti qui lui ayait aussi prodigué les sacrifices, et qui comptait dans ses rangs des noms illustres, des vertus et même des talents. Quelles lumières supérieures ne lui fallait-ll pas pour reconnaître que le triomphe de ce parti était la perte de la monarchie, pour comprendre Feicellence de Tordre nouyeau, pour en yenir à préféra* à des amis éprouvés d'anciens adversaire, des généraux de la république et de rempire, pour accepter les principes et les résultats de la réyolution française, et deyenir un Toi constitutionnel, oomme Henri IV, après la Ligue, s'était fait un roi catholique ! De m^e en iùkS il fallut à la reine Anne une intelligence ^ une fermeté peu communes pour se s^arer de ceux qui jusque-là l'avaient fidèlement servie , et emlx^asser la politique de celui qui l'avait tant persécutée. Ge grand changenwnt s'opéra presque insensiblement, et sans qu'Anne d'Autriche elle-même en ait d'abord eu conscience ; il ue parut à découvert qu'après deux, ou trois ^is d'incertitudes et de luttes intérieures. Deux causes principales expliquent ce changement : avant tout, l'instinct de la royauté, puis le talent de Ma- 2^, la confiance et l'afiection qu'il sut inspirer à la RégeutCo
La royauté a son génie et sa vertu, comme ses préî^«és et ses périls, et dès qu'Anne d'Autriche, d' épouse délais6éi5 ^ sans puissance, fut deyenue vraiment
reine et layestie de rautorité souveraine, par cela seul elle dut prendre d'autres pensées et voir les choses d'un autre œil. Il ne lui pouvait déplaire d*ôtrc maltresse absolue en France, de disposer à son gré des commandements et de toutes les grandes charges, au lieu de les remettre aux mains de grands seigneurs indépendants, ingrats, souvent rebelles. Et d'ailleurs, mère encore plus que sœur, elle devait aimer à voir la couronne de son flis s'accroître, même aux dépens de celle de son frère le roi d'Espagne. Voilà les soutiens naturels que Hazarin rencontra auprès de la Reine, et qu'il sut développer avec un art merveilleux. Il eut l'air de mettre tout à ses pieds, et il opposa cette soumission empressée et dévouée aux exigences altières de ses prétendus amis, qui réclamaient sa faveur comme une dette et l'opprimaient de leur ancien dévouement. Les qualités inférieures du ministre, son adresse, sa douceur, sa parole insinuante, les agréments de son esprit et de sa personne vinrent encore en aide à ses hautes qualités; on dit même qu'il acheva la conversion de la reine en s' adressant au cœur de la femme. Ce bruit, mollement repoussé par M"* de Motteville, était fort répandu et trèsaccrédité au xvii* siècle. Et en vérité, si Anne d'Autriche n'a point aimé Mazarin, si elle a su le comprendre par les seules lumières de sa raison, si elle lui a sacrifié tous ses amis sans nul dédommagement de cœur, si en 1643 elle l'a défendu contre les Importants, et en 1648 et 1649 contre la Fronde, si elle lui est restée fidèle pendant son exil en 1G51; si pour lui en 1652 et 1653 elle a bravé une guerre civile