‹ Madame de HautefortChapitre 56 sur 182 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Sans poursuivre cette discussion délicate, revenons à 1643 et à M"* de Hautefort.

M"** de Hautefort aurait pu se résigner au changement politique de la Reine; elle ne se résigna point à l'abandon de leurs anciennes et communes amitiés. Nous l'avons déjà dit : elle n'avait point de système sur les affaires d'État; toute sa politique était dans son cœur, dans sa fierté, dans sa délicatesse. En se donnant à la Reine aux jours du malheur, elle

d'Anne d'Autriche, qui sont bien fortes aossi et qui semblent emporter la balance. On en pourra juger par les passages suivants (BiBuoTHÈQUE NATIONALE, Boîtes du Saint-Esprit, lettres inédites et utographes d'Anne à Mazarin) t « Dimanche au soir (yraisemblablement de la fin de Tannée 1652). Je n'ai garde de vous rien demander (pour le retour du cardinal), puisque vous savez bien que k service du Iloi m'est bien plus cher que ma satisfaction ; mais je ne puis m'empescher de vous dire que je croîs que, quand on a de l'amitié, la vue de ceux que l'on aime n'est pas désagréable, quand ce ne seroit que pour quelques heures. J'ai bien peur que l'amitié de l'armée (où était alors Mazarin) ne soit plus grande que toutes les aatres. Tout cela ne m'empeschera pas de vous prier d'embrasser de ma part notre ancien ami (Louis XIV) et de croire que je wrai toujours celle que je dois, quoi qui arrive. » — Lettre du ^ janvier 1653 : « Je ne sais plus quand je dois attendre votre i^tour, puisqu'il se présente tous les jours des obstacles pour l'empescher. Tout ce que je vous puis dire est que je m'ennuie fort, et supporte ce retardement avec beaucoup d'impatience, et si 16 (Mazarinl savoit tout ce que je souffre sur ce sujet, je suis assuré qu'il en seroit toucté. Je le suis si fort en ce moment que je n'ai pas la force d'escrire longtemps ni ne sais pas trop bien ce que je dis. J'ai 'eçu de vos lettres tous les jours, et sans cela je ne sais ce qui arriveroit. Continuez à m'en escrire aussi souvent, puisque vous me doQoez du soulagement dans l'état où je suis. (Ici deux chiffres que nous traduisons par ces mots z Je serai à vous) jusques au dernier *oapir. Adieu, je n'en puis plus. » — Lettre du 29 janvier 1653 : * •••(Anne) est plus que jamais môme chose que.«« (Mazarin). » Voyez

tCB.

s'était liée avec tous ceux qui avaient souflfert pour la même cause ; il était donc bien naturel qu'en revenant à la cour, en 1643, elle entrât dans leurs intérêt* et s^imaginât qu'ils allaient recevoir comme elle U prix de leur dévouement. Comment aurait-elle rompu avec eux? C'eût été rompre avec tout le passé de sa vie, avec toutes ses habitudes, avec tous ses sentiments, et pour ainsi dire avec elle-même. L'honneur lui en interdisait la seule pensée, et l'honneur était tout pour M"® de Hautefort. Elle aimait la cour, l'éclat, la magniâcen'ce ; mais elle aimait encore plus la gloire; elle avait cô soin passionné de la considération qui fait fuir la moindre apparence d'une lâcheté et d'une bassesse. Et quand la généreuse fille vit peu à peu, non-seulement tous les anciens plans de la Reine abandonnés, mais ses plus vieux, ses plus fidèles amis tenus dans l'ombre, puis disgraciés, puis proscrits et contraints de reprendre le chemin de la prison et de l'exil, elle ne consentit point à passer du côté de la fortune ; elle prit parti encore une fois pour les opprimés du jour, parla leur langage, accepta leurs, dangers, et regarda en face le nouveau Richelieu triomphant. Elle eut tort sans doute aux yeux de la raison d'État; mais quelle femme, si ce nom est encore celui de la générosité et de la délicatesse, quel honnête homme même osera la blâmer? Qui ne s'inclinera avec respect devant cette belle et noble créature qui, après avoir pendant douze années servi héroïquement sa maîtresse, et pour elle dédaigné l'amour d'un roi et les brillantes promesses d'un ministre tout-puissant, au moment où elle a droit

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