CHAPITRE QUATRIÈME
ffespërer le terme de ses longues épreuves, où elle va connaître enûn la faveur, la puissance, la grandeur, que sa jeune ambition avait rêvées, assurer son avenir et faire quelque grand établissement digne d'elle, foule aux pieds tous ces avantages, et sans aucune intrigue, sans aucune arrière-pensée, se précipite au-devant d'une nouvelle et irrévocable disgrâce plutôt que de manquer à ce que lui commandait rhonneur ?
Un autre motif encore, d'une puissance irrésistible sur un cœur tel que le sien, la jeta dans une opposition de plus en plus vive : nous voulons dire la liaison apparente ou réelle de la Reine et de Mazarin. Pure comme la lumière, en vain son incomparable beauté lui avait fait mille adorateurs, les plus hardis avaient à peine osé se déclarer, et l'amitié de la Reine, avec le commerce de leurs saintes amies du Val- de-Grâce et des Carmélites, lui avait suffi. Elle s'était attachée à Anne d'Autriche, parce qu'au charme du malheur Anne joignait à ses yeux celui d'une vertu méconnue; et maintenant elle la voyait, presque sur le déclin de r&ge, sacrifier au moins sa réputation à Mazarin ; or, nous Tavons vu, la réputation lui était chère presque à régal de la vertu, et elle tenait à celle de la Reine comme à la sienne. Elle soufirait impatiemment le bruit qui se répandait, comme s'il l'eût atteinte elle-même. Ajoutez que, pendant les trois années 4e solitude qu'elle venait de passer auprès du Mans, toute sa force contre les voix secrètes de son cœur, dans l'entier épanouissement de sa jeunesse et de sa beauté, avait été une piété sincère et sérieuse, portée
jusqu'à une austérité un peu exaltée; en un mot, M"« de Hautefort, à vingt-sept ans, était dévote. Elle rougissait donc à la fois et frémissait de l'injurieuse accusation qui s'élevait contre la Reine, et que semblaient autoriser ces conférences du soir, prolongées souvent jusqu'au milieu de la nuit, où Mazarin restait seul avec la Régente; sous prétexte de l'instruire des affaires de l'État. Pour M"« de Hautefort, les affaires de l'État étaient bien peu de chose devant le salut éternel de la Reine, et même devant l'opinion des hommes. Elle croyait la religion et la gloire, ces deux idoles de son cœur, intéressées dans là simple apparence, et l'apparence au moins était contre Anne d'Autriche.
Pour s'accommoder de ces mœurs nouvelles, il eût fallu que M"® de Hautefort eût été une dame d'atours ordinaire, faisant son service sans trop s'inquiéter de la conduite de sa maltresse, comme l'honnête et discrète M™** de Motteville, que le triomphe de Mazarin choqua d'abord presque autant que sa compagne, mais qui, avertie par la Reine, se soumit sans bassesse et finit par se condamner à un silence prudent. M"® de Hautefort pouvait-elle se réduire à ce rôle ? N'était-elle à Anne d'Autriche qu'une dame d'atours? N' était-elle pas son amie devant Dieu et devant les hommes, et n'avait-elle point envers elle les droits et les devoirs d'une amitié chrétienne? Les nobles religieuses du Val-de-Grâce, des Carmélites et des Filles- Sainte-Marie la pressaient de se joindre à elles, à M™'' deSénecé, à M"« de Maignelai, au père de Gondi, à l'évêque de Lisieux, au père Vincent. Tous ses
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