‹ Madame de HautefortChapitre 58 sur 182 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

I instincts d'honneur et de dignité, tous les principes du solide christianisme dont elle faisait profession, se réyoltaient à la seule idée de devoir sa fortune, les faveurs que lui voulaient prodiguer la Reine et Mazarin, à une connivence criminelle ou à un lâche silence. Elle préférait mille fois la pauvreté, la solitude, une cellule dans un couvent à côté de M"* de La Fayette, à la moindre complaisance de ce genre; en sorte que sa sincère affection, sa vertu, sa religion, loi inspirèrent d'avertir Anne d'Autriche, d'essayer de la sauver, dût-elle elle-même se perdre, et de disputer le cœur de sa royale amie au beau et heureux cardinal.

Enfin, nous n'écrivons pas ici un panégyrique ou

un roman, nous étudions l'humanité dans l'histoire;

nous cherchons à la voir et nous la présentons sans

fard et sans voile. Disons-le donc, Marie de Hautefort

est assurément une des femmes du xvii® siècle qui ont

porté le plus loin la grandeur des sentiments, encore

relevée par l'esprit et par la beauté; mais nous ne la

donnons pas pour une personne parfaite. Loin de là,

comme on dit, elle avait les défauts de ses qualités.

Le trait principal de son caractère était l'honneur, la

fierté, la générosité, le courage; mais, selon l'instinct

de sa race et l'humeur de son pays, au lieu d'attendre

te danger, elle se plaisait à le braver. Elle était d'une

sincérité et d'une droiture admirables, mais elle n'en

disait pas toujours l'usage le plus respectueux. Sa

^lité était inépuisable ; mais elle oubliait quelquefois

^Y joindre la douceur, quand il ne s'agissait point

malheureux et des faibles. Sa vivacité, si char-

mante dans les occasions ordinaires, pouvait dégénérer en une sorte de généreux emportement, lorsqu'elle croyait la justice ou Thonneur en jeu. Sa fine plaisanterie, si goûtée à Thôtel de Rambouillet, sî célébrée par tous les beaux esprits, pouvait avoir sa pointe d'amertume, si quelque irritation se glissait dans son âme, ainsi qu'il a paru dans la lettre qu'elle écrivit à la Reine, en 1639 ou 1640, en faveur de M"® de Ghémerault. C'était à la fois une glorieuse et une l;)récieuse, visant toujours au délicat et au grand, et tournant un peu à l'outré et au romanesque, comme M°® de Longueville et les héroïnes de Corneille.

Ainsi faite, Mazarin n'était pas l'homme qui la pouvait séduire. Jusqu'à un certain point, elle pouvait admirer Richelieu en le détestant, car sa tyrannie n'était assurément pas sans grandeur, même aux yeux les moins exercés, tandis que Mazarin n'avait aucune des qualités auxquelles M"® de Hautefort était sensible. Incapable d'apprécier son génie politique, sa profonde connaissance de toutes les cours de l'Europe et des intérêts des différents États, sa merveilleuse intelligence dans les petites comme dans les grandes choses, sa vigilance et son application infatigable, et ce qu'il y avait d'original dans la situation de cet étranger, arrivé au pouvoir par la faveur de l'implacable persécuteur de la Reine, s'y maintenant par la faveur inattendue de cette même reine et luttant presque seul contre une coalition formidable, M"' de Hautefort ne voyait guère dans Mazarin que ses défauts, comme firent plus tard M"® de Lon-

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