CHAPITRE QUATRIÈME
gaeville, Retz et Condé lui-même. Cette qualité d'étranger, qui sonnait mal à des oreilles françaises, l*appui même de la Reine, qui rappelait le maréchal d'Ancre, ce jargon italien, cette politesse exagérée et sans dignité, le perpétuel mensonge de ses promesses, les artifices auxquels il était bien foi'cé d'avoir recours, le trafic de tous les emplois même les plus saints, ses manœuvres souterraines, sa police partout présente , les sacrifices même qu'il savait faire aux circonstances, et qui semblaient trahir une &me médiocre, avant qu'on l'eût vu inébranlable dans le danger et tout aussi ferme à soutenir les tempêtes qu'habile à les conjurer, tout cela repoussait au lieu d'attirer W de Hautefort, et Mazarin n'était pour elle qu'un continuateur adroit de Richelieu. Le premier cardinal avait gouverné par la terreur, le second entreprenait de gouverner par la corruption. Ce n'était point là le héros que sa noble imagination avait rêvé et qu'elle eût pu pardonner à la Reine.
Pour toutes ces raisons, M"' de Hautefort se déclara d'assez bonne heure contre Mazarin, et elle employa contre lui tout ce qu'elle avait retenu d'ascendant sur Anne d'Autriche, les droits d'un dévouement éprouvé, le crédit que lui donnait sa charge, l'autorité de sa vertu, les ressources de son esprit, le prestige de sa beauté, la fermeté et la hardiesse de son caractère.
Rappelée à la cour le 17 mai 1643, M"* de Hautefort y trouva d'abord les proscrits de la veille devenus les tavoris du jour. Anne d'Autriche n'était pas encore
changée, elle appartenait encore à son ancien parti : elle lui avait ouvert le conseil, livré la cour, le parlement, rÉglise; elle lui prodiguait tous les emplois; elle avait seulement gardé Mazarin à cause de sa capacité incontestée, et, pour ainsi dire, en attendant que celui qui possédait alors toute sa confiance, son grand aumônier. Potier, évéque de Beauvais*, eût appris Fart de gouverner; elle ne se doutait pas qu'un seul homme, à grand'peine maintenu, prévaudrait peu à peu sur tout le reste, et avec le temps lui ferait oublier tous ses desseins et tous ses amis. M"® de Hautefort fut quelque temps tout aussi bien avec la Reine qu'elle l'avait jamais été. Elle reprit l'ancienne familiarité et cette liberté de langage qu'autrefois Anne tolérait, encourageait même. Mais Anne n'était plus une reine disgraciée, reléguée dans un coin de Louvre, à peine entourée de quelques serviteurs fidèles auxquels elle confiait toutes ses pensées, et qui vivaient avec elle dans le commerce le plus intime. Elle était souveraine et régente, en spectacle à la France et à l'JSurope, et le premier ministre ne tarda pas à lui dire que, sa situation étant changée, il lui fallait aussi changer de manières, faire un peu sentir la majesté royale, et mettre doucement un terme à des habitudes incompatibles avec sa condition présente. Sans cesse il lui représentait qu'en souffrant la familiarité elle ôtait le respect, et
1. Frère du président de Noyion. Il avait été très-fidèle à Anne d'Autriche pendant les mauvais jours, et elle avait d'abord pensé à kii pour en faire un cardinal et un premier ministre. Voyez M"* de Motteville, 1. 1, etc.