‹ Madame de HautefortChapitre 60 sur 182 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

que le respect, surtout en France, était la sauvegarde de Fautorité*. Son véritable objet était de séparer insensiblement la Reine d'amis et de confidents trop intimes, et de devenir lui-même son premier confident et son premier ami, sachant très-bien qu'il en faut toujours un à une femme, fût-elle assise sur un trône. Il se défiait beaucoup de cette belle et vive dame d'atours, qui avait tout fait pour sa maîtresse, et à qui celle-ci permettait tout. M"* de Hautefort avait l'habitude et le privilège de rester seule avec la Reine quand tout le monde s'était retiré, et qu'Anne d'Autriche était passée dans son oratoire ou même s'était mise au lit. Le soupçonneux et pénétrant Mazarin redoutait avec raison ces derniers et intimes entretiens où M"*' de Hautefort pouvait dire bien des choses à une maltresse bonne et facile pi l'aimait et qu'elle aimait. Il conjura la Reine de faire à la dignité royale le sacrifice de cette familiarité excessive, et peu à peu il réussit à la persuader.

i. Vie imprimée : « Le cardinal Mazarin persuada à la Reine qu*il falloit garder plus de gravité dans l'état de sa régence, et ôter, autant qu'elle pourroit, les airs de familiarité qu'elle avoit donnés auprès d'elle à ses amis et à ses créatures. » » IP Carnet, p. 10 : « Procuri cbe insensibilmente li Francesi non li perdino il rispetto.» JUd,, p. 35 : « La Regina si facci conservar il rispetto dà principio, ii Francesi facendo di natura loro questi passi, quando se li permette di metter un piede. Si ricordi con che yeneratione era trattata la regina madré. » Ibid*, p. 35 : « Ogniuno entra quando S. M. è in letto, e pure non dovrebbe entrarvi cbe tre o quatro persone. S. M* facendo generalmente le grazie farà che nessuno la stimerà, puol prender qualche côsa in ci6 dell' uso e ministri di Spagna. »

Un soir*, M"® de Hautefort restait comme à son ordinaire auprès de la Reine, qui s'était couchée ; toutes les personnes admises aux dernières heures de la soirée se retiraient; une femme de service Tint lui dire : « Madame, il faut sortir aussi, s'il vous plaît, n M"® de Hautefort se mit à rire, croyant qu'elle se trompait, et lui dit : a Cet ordre n'est pas donné pour moi. » La femnie de chambre lui répondit que personne n'était excepté ; et M°® de Hautefort, Toyant que la Reine entendait de son lit tout cela sans dire un mot, comprit que les anciens jours étaient passés, et qu'un autre était plus puissant qu'elle sur le cœur d'Anne d'Autriche. Ici commença la lutte ouverte de l'ancienne favorite et du favori nouveau, où l'un et l'autre employèrent toutes leurs armes et les qualités les plus différentes, celui-ci l'insinuation, l'adresse, la patience, la raison d'État, ne se précipitant jamais, mais avançant toujours; celle-là une droiture inflexible, la séduction d'une amitié vraie et désintéressée, la tendresse tour à tour et l'énergie, l'opinion des gens de bien, la voix de la religion, admirable jusque dans ses fautes et emportant dans sa défaite le respect universel.

Selon sa coutume, avant de faire la guerre à M"* de Hautefort, Mazarin s'efforça de la gagner : il savait l'affection que lui portait la Reine, et combien elle pouvait le servir ou lui nuire*. Mais M"^ de Haute-

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