‹ Madame de HautefortChapitre 61 sur 182 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

fort se gouvernait par des pensées devant lesquelles échoua toute l'habileté de Mazarin, comme avait déjà fait celle de Richelieu. Elle demeura fidèle à ses amis et à sa cause. Anne d'Autriche aussi prit la peine de lui expliquer les raisons qui lui faisaient maintenir Mazarin au ministère, ses talents indubitables, Textréme difficulté d'un meilleur choix, et la dépendance forcée où il était d'elle, n'ayant en France ni famille, ni parti, ni aucun intérêt particulier ^ A toutes ces raisons, M""* de Hautefort ne manquait pas de réponses bonnes ou mauvaises : que la France n'était pas dépourvue d'hommes d'État, sans qu'on eût besoin d'avoir recours à un étranger; qu'elle n'avait pas essayé de M. de Chftteauneuf, dont la renommée était si grande; qu'on ne changeait pas honorablement de parti du jour au lendemain ; et qu'après s'être déclarée

gio Sua Maestà havrà un ayyiso di cinque cento mila lire, et io

deddero esser suo thesoriere segreto. Si potrà far per Otfort. » Il reconnut bientôt combien il s*était trompé. U* Carnet, p. 12 : « Otfort parlatomi con poca volontà. » *

1. M""' de Motteville, 1. 1, p. 167 : «U fit(le cardinal) tout son possible pour acquérir l*amitié de M°>* de Hautefort, comme la plus utile à son établissement, car elle paroissoit posséder fortement llncliaation de la Reine. Mais il ne put réussir dans son dessein. U Reine même en parla à cette dame et lui dit les raisons qu'elle aroit de le vouloir élever au premier rang du ministère, qui étoient l'opinion de sa capacité, son désintéressement étant étranger, et la croyance qu'elle avoit que n*ayant nulle cabale en France ni d'autres intérêts que ceux de l'État, elle en seroit mieux servie. Elle lui dit encore qu'elle croyoit qu'il soutiendroit mieux les siens entre Monsieur et M. le prince que ceux qui par leurs liaisons avoient en de raffection ou de Popposition pour l'un ou pour l'autre de ces deux princes. Ces bonnes raisons ne purent rien gagner sur un «prit aussi attaché à son sens qu'étoit le sien. •

contre Richelieu à la face du monde entier, elle ne pouvait, sans se condamner elle-même, continuer son système et maintenir ses créatures. Elle ne craignait pas d'ajouter, sous un air de badinage, que 1« cardinal était encore bien jeune, et dans les commencements, la Reine répondait sur le même ton qu'il était d'un pays où Ton n'aimait pas les femmes, et que de ce côté-là elle n'avait rien à craindre*.

Mais bientôt les badinages firent place à des discours sérieux. A mesure que la faveur de Mazario augmenta, et que les fameuses conférences du soir se prolongèrent et se multiplièrent. M™* de Hautefort s'engagea de plus en plus dans Tespëce de ligue qui se forma contre le cardinal. L'ancien parti de la reine Anne était devenu le parti des Importants*. Les Importants se divisaient en deux factions bien distinctes, momentanément réunies par un intérêt commun, les politiques et les dévots. Les dévots servaient d'instruments aux politiques. Ceux-ci, après quelques eflforts infructueux, s'étaient presque retirés de la scène, méditant dans l'ombre de redoutables projets, et laissant agir sur l'esprit et sur le cœur de la Reine les dévots et les dévotes. L'évêque de Beauvais, qui voulait succéder à Mazarin, et ne se doutait pas qu'il travaillait pour les Vendôme et pour Cbàteauneuf,

1. Mémoires de La Porte (CoUect. Petitot], p. 400 : « Un jour, comme M*"* de Hautefort lui disoit que le cardinal ôtoit encore biea jeune pour qu'il ne se fit point de mauvais discours d'elle et delui« Sa Majesté loi répondit qu'il n'aimoit point les femmes, qu'il étoit d'un pays à avoir des inclinations d'une autre nature. »

2. Sur les Importants, voyez La Jeunesse de M™* de LongdetiM cliap. III, et surtout M™« de Chbvheosb, oiu^, v et vi.

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